L'Allemagne regrette son deutsche mark

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« Une atmosphère inquiétante s'étend sur l'Allemagne, comme le calme avant la tempête. » C'est ainsi que, vendredi, l'éditorial de la « Süddeutsche Zeitung » décrivait le sentiment qui règne autour de la question de l'euro outre-Rhin. Pas encore de panique, ni de vrai rejet populaire massif, la plupart des Allemands ont l'esprit ailleurs. Mais une sourde inquiétude monte, attisée par l'actualité et une nostalgie tenace du mark. Jeudi dernier, un sondage affirmait ainsi que 57 % des Allemands pensent qu'il aurait fallu conserver le mark. Ce lundi, Wolfgang Schäuble affirmait, dans une interview à la « Bild Zeitung », que « le danger d'un parti anti-euro doit être pris au sérieux ». Et le ministre fédéral des Finances, de répéter ce qui est encore le credo du monde politique et économique allemand : « L'euro nous a mieux protégé des turbulences de la mondialisation que l'aurait fait une monnaie nationale. » Un discours qui semble pourtant aujourd'hui moins efficace du fait de la divergence économique entre une Allemagne dynamique et un reste du continent à la traîne, de la progression croissante des exportations germaniques vers l'Asie et, enfin, de l'appel répété aux contribuables allemands pour renflouer la périphérie de la zone euro. « Convaincre les allemands »Lundi, la prestigieuse « Frankfurter Allgemeine Zeitung » rappelait ainsi que « l'appréciation du deutsche mark n'a pas nui à l'économie allemande, mais lui a été utile ». Selon le quotidien conservateur, « l'abandon du mark a été le prix que les Français ont exigé pour la Réunification et les arguments économiques ont suivi ». Et de conclure : « On aura de plus en plus de mal à convaincre les Allemands qu'ils en sont les grands bénéficiaires. » Quel est, pour autant, le danger réel ? « Malgré la situation actuelle, et sauf crise majeure, il est peu probable qu'un parti anti-euro ait aujourd'hui du succès en Allemagne », considère Heinrich Oberreuter, directeur de l'Académie de sciences politiques de Tutzing, en Bavière. Mais la question de l'euro est désormais ancrée dans le débat politique et, pour ne pas laisser trop de terrain aux arguments anti-euro, le gouvernement va devoir convaincre que la zone euro devient une « zone de stabilité » digne de l'ancienne zone mark. Lundi, Wolfgang Schäuble a ainsi envoyé un message clair à ses partenaires : « Faites donc comme nous ! » C'est peut-être le nouveau dilemme de la zone : ou elle devient plus allemande, ou l'Allemagne sera moins européenne. Romaric Godin, à Francfort

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