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Thales : les cinq défis du nouveau PDG, Jean-Bernard Lévy

La Tribune

Publié le 07 janvier 2013 à 22:03 - Mis à jour le 07 janvier 2013 à 22:03

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Nouvelle année, nouveau patron, nouvel état d\'esprit pour Thales. La nomination de Jean-Bernard Lévy à la tête du groupe électronique semble avoir redonné le moral en interne, selon des sources concordantes. D\'autant que la présence de Patrice Caine à ses côtés et dont la fonction reste à définir, rassure les équipes de Thales. Très bon connaisseur de la maison et très respecté partout où il est passé en interne, il est le garant de l\'esprit du groupe d\'électronique, selon plusieurs sources contactées. Jean-Bernard Lévy a eu plutôt le nez creux en faisant appel à lui. Dès lors, son arrivée à la tête de Thales n\'a suscité ni tollé, ni rejet mais plutôt un accueil favorable après le long bras de fer entre l\'Etat et Dassault Aviation pour trouver un successeur à Luc Vigneron. Ainsi, les Thalésiens, qui ont approché Jean-Bernard Lévy depuis sa prise de fonction le 20 décembre, ont été plutôt séduits par le personnage.Dans cet esprit, la nouvelle équipe dirigeante du groupe veut aller vite pour apaiser définitivement les tensions au sein de Thales. Elle devrait annoncer un train de mesures d\'ici à la fin du mois de février, notamment la nomination très rapide d\'un nouveau directeur des ressources humaines. Jean-Bernard Lévy semble également vouloir marquer sa différence avec la politique suivie par Luc Vigneron en remettant au centre du jeu les divisions et non plus les pays. Puis en septembre - même si juin peut être possible -, le PDG devrait présenter un plan stratégique pour relancer l\'électronicien. Voici les cinq défis de Jean-Bernard Lévy.1. Apaiser les tensionsC\'est le défi numéro un. Il y a du pain sur la planche. La nouvelle équipe dirigeante, qui a été accueillie favorablement, doit rétablir le dialogue social pour rétablir le calme dans le groupe. D\'autant que le PDG de Dassault Aviation, Charles Edelstenne, jusqu\'au 9 janvier a affirmé que le nouveau PDG de Thales devra faire le tour du groupe et ensuite \"il faudra ramener le calme\". Cela passe par la nomination rapide d\'un directeur des ressources humaines, demandée par l\'intersyndicale. Plusieurs personnes insistent en interne pour un retour de Loïc Mahé, l\'ancien DRH débarqué par Luc Vigneron. \"Ce qui serait la solution la plus apaisante\", indique-t-on. Mais son retour apparait finalement peu probable car il serait immédiatement interprété de manière trop symbolique par rapport à l\'ère Vigneron mais aussi par rapport aux revendications des organisations syndicales. Dans un communiqué publié le 20 décembre, elle réclame \"la nomination rapide d\'un nouveau directeur des ressources humaines\" pour que ce service puisse \"retrouver pleinement sa place\" et prévient que \"dans le contexte, la politique salariale 2013, sera un signe important\".Dans un communiqué, les syndicats CFDT, CFE-CGC et CGT, qui réclamaient depuis plusieurs semaines le départ de leur patron Luc Vigneron et avaient rompu toute relation avec lui et sa direction, appellent également à \"un moratoire sur l\'ensemble des programmes de transformation initiés et mis en oeuvre par la direction sortante\". Notamment la \"réorganisation du groupe\", les cessions ou encore le plan de transformation et de performance \"Probasis\" mis en place en 2009. Ce moratoire doit permettre d\'\"établir un diagnostic, notamment sur l\'emploi et les conditions de travail\". Les syndicats indiquent que la nomination de Jean-Bernard Lévy, \"qui signe l\'éviction\" de l\'ex-patron \"doit avoir pour objectif de restaurer la confiance entamée depuis trois ans et un dialogue social constructif\".2. Rééquiliber les relations entre les divisions et les pays Là aussi, la nouvelle équipe dirigeante semble vouloir aller vite. Clairement, Jean-Bernard Lévy semble vouloir remettre au centre du jeu les divisions au détriment des grands pays. C\'est l\'une des ruptures par rapport à l\'époque de Luc Vigneron, qui avait souhaité donner le pouvoir aux pays en vue de générer de la croissance. Au final cela a été l\'une de ses réformes les plus contestées en interne et surtout elle n\'a pas atteint ses objectifs en termes de chiffre d\'affaires, qui a piétiné pendant trois ans et demi. \"Rééquiliber est une bonne idée pour remotiver les divisions mais sans pour autant revenir au point de départ d\'avant la réorganisation de Luc Vigneron, explique-t-on à \"La Tribune\". Car qui d\'autre que l\'équipe autralienne de Thales peut gagner un contrat en Australie ?\" Autre évolution possible à l\'étude, la réduction du nombre de divisions, actuellement au nombre de sept. La réflexion n\'est pas achevée.3. Renouveler le comité exécutifThales, un groupe très présent à l\'international, n\'avait à la fin de l\'ère Vigneron plus aucun étranger dans son comité exécutif depuis la retraite d\'Alex Dorrian. Un comble. Le défi pour Jean-Bernard Lévy sera de faire une place à une ou plusieurs personnalités étrangères, notamment à des Britanniques. Car la Grande-Bretagne reste l\'un des pays clés pour Thales. \"Ce serait la preuve que le nationalisme de retour dans de nombreux pays n\'est pas d\'actualité chez Thales, un groupe multidomestique\", estime-t-on en interne. Jean-Bernard Lévy étudie également un resserrement de son comité exécutif, composé de quatorze membres. Enfin, que vont faire faire Pascale Sourisse et Reynald Seznec, tous les deux candidats malheureux à la succession de Luc Vigneron ? Il semblerait qu\'ils n\'ont pas encore pris de décision, attendant les propositions de Jean-Bernard Lévy. Tous ces choix sont cruciaux pour le nouveau patron de Thales, qui doit pouvoir s\'appuyer sur une nouvelle équipe de direction loyale et sans état d\'âme. Et pouvoir compter sur elle sur la durée.4. Relancer Thales vers la croissanceRetrouver le goût d\'entreprendre semble être le maître mot des Thalésiens depuis le départ de Luc Vigneron, qui avait interdit toute prise de risques. \"Et non le goût du risque\", précise-t-on. Thales, sclérosé par tout un arsenal de procédures (programme Chorus), doit maintenant retrouver le chemin de la croissance. Car le chiffre d\'affaires stagne depuis quatre ans, aux alentours de 13 milliards d\'euros, malgré chaque année, une ou deux très grosses commandes. Il était passé de 6 milliards à 12 milliards au cours des huit dernières années pendant la période Ranque. Et que dire du résultat net qui s\'est élevé à 500 millions d\'euros en 2011 après deux années de pertes (200 millions en 2009 et 100 millions en 2010). En 2007, il s\'élevait à plus de 800 millions d\'euros. Le choix des prochains patrons à l\'international - zone A et B - sera stratégique. Les équipes de Thales attendent un vrai professionnel du commerce et de l\'international. Qui plus est, il devra être un fin connaisseur des pays émergents et du Golfe où Thales a quelques campagnes commerciales cruciales pour certaines de ces activités. C\'est notamment le cas en Arabie saoudite où Thales tente d\'obtenir depuis plusieurs années un énorme contrat, Mark III portant sur la modernisation de la défense aérienne du Royaume. Et ce contrat représente la dernière chance pour Thales de reprendre le dessus sur MBDA. Ce sera du quitte ou double...5. Clarifier les relations avec l\'actionnaire Dassault Aviation Au-delà des liens qui l\'unit à Dassault Aviation, qui n\'a jamais dévoilé sa stratégie à l\'égard de Thales, l\'électronicien doit retrouver un cap. \"Quelle place veut le groupe dans la restructuration française et européenne de l\'industrie de la défense sans subir les enjeux du ministère de la Défense et de Safran ?\", interroge-t-on. Thales doit effectivement mener cette réflexion. Une telle initiative l\'amènera forcément à repenser ses liens avec son actionnaire privé et... public. Car Chez Thales, la nouvelle gouvernance d\'EADS, libéré du poids des Etats, n\'est pas passée inaperçue. \"Et pourquoi pas nous\", suggère-t-on en interne. Mais avant d\'y songer, le groupe doit retrouver une capitalisation digne de ce nom. Car la valeur de l\'action est passée de plus de 40 euros il y a cinq ans à 27 euros (- 30 %), soit une capitalisation passant de 8 milliards d\'euros à 5 milliards d\'euros.

La Tribune

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