La vie des morts selon Christian Boltanski
La Tribune
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Après l'Allemand Anselm Kiefer et l'Américain Richard Serra, c'est le Français Christian Boltanski qui a été choisi pour occuper les 13.500 m2 de la nef du Grand Palais à l'occasion de la manifestation « Monumenta ». Pour cette troisième édition, le lieu ? non chauffé à la demande de l'artiste et envahi d'un grand vacarme sonore ? abrite une immense grue. Régulièrement et inexorablement, son bras mécanique vient piocher au hasard dans un tas de vêtements comme pour y arracher une vie enfouie.Au même moment, une autre ?uvre de l'artiste est proposée au Mac/Val (musée d'art contemporain du Val-de-Marne) de Vitry-sur-Seine. Ici, l'atmosphère est très différente. Point de bruits assourdissants, ni de froideur saisissante, mais une ambiance feutrée et chaleureuse. L'installation qui s'intitule « Après » fait défiler sur de vastes rideaux des ombres errantes. Au fur et à mesure que le visiteur avance, les fantômes s'immobilisent et lui parlent. « Et toi, comment es-tu mort ? », « As-tu beaucoup souffert ? », les entend-on nous murmurer à l'oreille. Les deux ?uvres fonctionnent en diptyque. Dans la première ? intitulée « Personnes » ?, Christian Boltanski nous parle du destin et de l'appréhension d'une mort inévitable. Dans la seconde, c'est l'apaisement de la délivrance et le regard que nous portons sur notre passé.L'ombre de la ShoahDécès, souvenirs, souffrance, hasard? Toute l'?uvre de Christian Boltanski s'est construite autour de ces thèmes. Le plasticien qui a débuté par la photographie et la peinture dans les années 1960 continue à utiliser ces médiums mais en les intégrant à des installations afin de construire une narration. Il expose régulièrement dans des vitrines des collections d'objets anodins, symboles fragiles de vies qui se refusent à l'oubli et sur lesquels plane souvent l'ombre de la Shoah.S'il est l'un des artistes français les mieux cotés, Boltanski n'a pas pour autant échappé à la crise qui a frappé le marché de l'art. Entre 2005 et 2006, l'indice des prix de ses ?uvres grimpait de 111 % selon Artprice mais chutait de 60 % en 2008. Le marché se stabilisant, il remonte depuis le début d'année. Le mois dernier, une installation photographique estimée à 40.000 euros s'est vendue 58.000 euros à Sotheby's Paris. On reste malgré tout assez loin de certains records passés. En 2006, une installation similaire avait été adjugée à près de 110.000 euros et en 2000, une autre, réalisée à partir de boîtes de biscuits, s'était envolée à presque 140.000 euros. Olivier Le Floc'h
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