Pays émergents : après les BRICS, l'essor des BENIVM

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Lors du forum de Davos, le Nigeria, traditionnellement décrié pour son instabilité, sa corruption et ses conflits ethniques violents, est apparu comme le prochain Eldorado de la mondialisation. Le président du Nigeria, Goodluck Jonathan, a expliqué son principal objectif pour la décennie à venir : être la Chine de demain avec une croissance durable à deux chiffres. Il n’a pas été contredit. Le gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, Sanusi Lamido Sanusi, un économiste réputé et influent, et la ministre des finances, Ngozi Okonjo Iweala, ancienne directrice générale de la Banque mondiale, ont également abondé en ce sens en souhaitant que le Nigeria devienne le nouvel « atelier du monde ».Cette révélation de l’émergence nigériane recouvre un phénomène d’une ampleur beaucoup plus large et puissante, celui de l’émergence, en ce début du XXIe siècle, de continents entiers drainés, après la croissance à deux chiffres des BRICS, par une nouvelle vague.En effet, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) ont émergé. Ils produisent désormais des biens à haute valeur ajoutée qui concurrencent directement les pays développés. De plus, les BRICS doivent désormais affronter les défis liés au développement : équilibre des retraites, mise en œuvre d’une protection sociale efficace, atterrissage de leur modèle de croissance, diversification de leurs économies.Parallèlement, l’émergence s’est déplacée vers de nouveaux pays, présentant une croissance démographique puissante et les fondements d’une croissance économique dynamique. Nouriel Roubini, professeur à la Stern School of Business, a ainsi proposé de remplacer, parmi les BRICS, la Russie par l’Indonésie (BIICS).Cependant, la proposition de Nouriel Roubini est insuffisante car la notion de pays émergents doit être fondamentalement révisée. Il convient ainsi d’établir une classification des nouveaux pays émergents, afin d’identifier les potentiels de croissance et de développement les plus importants. A ce titre, cinq critères peuvent être retenus pour identifier les prochains grands pays émergents : une population d’au moins 100 millions d’habitants (suffisamment nombreuse pour constituer un marché domestique et en forte croissance) ; un sentier de croissance à 10 ans oscillant autour de 5% ; une urbanisation fortement dynamique ; des besoins en infrastructures permettant d’accompagner le décollage économique (facilité de déplacement, équilibre du mix énergétique pour atténuer la dépendance, accès à l’eau potable et courante) ; une stabilité politique, indépendamment du type de régime, qui permet de mettre en œuvre des projets à long terme. Ces cinq critères cumulatifs sont absolument structurants pour l’émergence.En vertu de ces critères, et à quelques exceptions (un taux d’urbanisation de 33% au Bangladesh, mais avec la première densité de population au monde, et de 17% en Ethiopie, mais en très forte croissance), les prochains pays émergents sont les BENIVM (Bangladesh, Ethiopie, Nigeria, Indonésie, Vietnam, Mexique).Les BENIVM représentent un ensemble démographique d’un milliard d’habitants qui se partage principalement en Asie et en Afrique. Le Vietnam, le Nigeria, le Mexique et l’Indonésie figurent régulièrement dans les classements des nouveaux pays émergents établi par le BCG (Boston Consulting Group) ou les banques. Ils présentent une croissance économique soutenue, une industrie manufacturière dynamique et des perspectives de développement très significatives. Le Bangladesh et l’Ethiopie sont les deux entrants dans cette nouvelle catégorie des pays émergents, éloignés de l’image traditionnelle d’une Ethiopie pauvre ou d’un Bangladesh inondé par les moussons du delta du Gange et du Brahmapoutre. En réalité, ces pays ont une forte croissance démographique accompagné d’une urbanisation accélérée, un potentiel de croissance élevé et des économies déjà diversifiées et industrielles. Ces deux pays ont également un potentiel énergétique important, notamment avec l’hydroélectricité.Sur le continent asiatique, la croissance chinoise devrait atterrir progressivement. Le trio « Bangladesh, Indonésie et Vietnam » prendra le relais, alors que plusieurs productions manufacturières sont déjà délocalisées de la Chine vers ces pays. Concernant l’Afrique, le Nigeria et l’Ethiopie seront les grands relais de croissance, après l’émergence de l’Afrique du Sud. Mais d’autres pays, démographiquement moins nombreux, seront des relais régionaux dynamiques, notamment l’Angola, le Ghana, la Côte d’Ivoire ou le Mozambique. Les BENIVM seront la figure de proue, dans l’économie mondiale des dix prochaines années, de l’émergence du Sud. 

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