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Cécile Duflot : « Les écologistes sont les seuls à défendre une vraie politique industrielle »

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Publié le 07 mars 2010 à 22:18 - Mis à jour le 07 mars 2010 à 22:18

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Bernard Crespin. En matière de transports, quelles sont vos priorités?? En quoi diffèrent-elles de celles de vos concurrents ?Pour nous, plus que les infrastructures, c'est la réduction des temps de transport qui est prioritaire. Aujourd'hui, les Franciliens passent en moyenne 50 % de temps en plus dans les transports que les habitants des autres régions de France. La réponse à ce problème passe d'abord par une réflexion sur l'aménagement du territoire : les quartiers d'habitation sont globalement trop éloignés des lieux où sont implantées les entreprises. Il faut aussi lutter contre la logique de spécialisation qui est actuellement à l'oeuvre en Île-de-France. Je trouve par exemple aberrant d'accroître le nombre de bureaux à La Défense alors que la ligne A du RER est déjà saturée. Aucune ligne de transport au monde n'accueille autant de voyageurs. Rapprocher domicile et lieu de travail, c'est tout à fait possible. On peut notamment favoriser la création de « télécentres », des immeubles de bureaux que se partagent plusieurs entreprises pour éviter à leurs salariés de passer des heures à se déplacer...Luc Laloum. Le télétravail peine à percer en France...Ce n'est pas la piste que nous défendons. Travailler chez soi, ce n'est pas idéal. Mieux vaut disposer d'un environnement professionnel, être entouré de collègues, même s'ils ne travaillent pas pour le même employeur. Rapprocher lieu de travail et domicile, c'est aussi l'intérêt bien compris des entreprises. Un rapport récent a montré que le stress dans les transports générait un véritable mal-être au travail. Cela dit, cette préoccupation pose aussi une question plus large, qui sort des compétences de la région : ne faudrait-il pas intégrer temps de transport dans le temps de travail ? Nous y sommes favorables.Quelles infrastructures de transports souhaitez-vous privilégier ?Le vrai problème qui se pose en Île-de-France, c'est le transport de banlieue à banlieue. Nous devons, au plus vite, améliorer le maillage du réseau qui, pour le moment, est exclusivement radial. L'essentiel des lignes convergent vers Paris. Et la bonne réponse n'est sûrement pas celle du « grand huit » de Christian Blanc qui est conçu pour desservir des pôles qui n'existent pas encore. Il faut privilégier des solutions simples qui permettront aussi de désengorger les lignes existantes. Prenons l'exemple de la ligne 13 du métro. Un cinquième des voyageurs utilisent cette ligne pour aller de Saint-Denis à La Défense. On doit leur donner la possibilité de ne plus passer par Paris en créant une liaison directe. On peut le faire avec une voie réservée pour les bus sur l'A86 et la création d'une navette fluviale. C'est facile à mettre en oeuvre. Tout ceci n'exclut pas de procéder à des investissements plus lourds, notamment pour relier entre elles les infrastructures existantes.Jean-Louis Angelini. À chaque fois qu'on améliore l'offre de transports, on augmente leur fréquentation. Aujourd'hui, on vient d'Orléans, de Dreux pour travailler à Paris. L'Île-de-France va devenir une mégapole cernée par des « déserts »...Vous avez raison. Mais le problème francilien tient au fait que pendant trente ans, l'agglomération la plus dense d'Europe a pâti d'un sous-investissement en matière de transports en commun. Il suffit de regarder la carte des transports en commun en 1950 pour s'en convaincre. Il y avait alors bien plus de lignes. Les réseaux de transport, y compris ferrés, étaient plus denses. Là où passe aujourd'hui le RER A, il y avait par exemple la ligne de Vincennes, qui allait jusqu'au milieu du plateau de la Brie, bien au-delà donc de Boissy-Saint-Léger. La création du RER en Île-de-France a donc raccourci les lignes existantes. Cela s'est traduit par une division par deux du kilométrage parcouru ! Idem pour le tramway. En 1936, Paris était la ville qui avait le réseau de tram le plus dense au monde. Il faut dire la vérité : l'État a privilégié, dans les années 1970 et 1980, la création des lignes à grande vitesse. Un choix cynique. Les utilisateurs des transports en Île-de-France sont des usagers contraints. Ils n'ont pas le choix.Jacqueline Théault. Quelles sont vos priorités pour la région en matière de développement économique ?Nous souhaitons organiser, de manière concertée, la conversion écologique de l'économie. Travailler filière par filière, pour assurer la création d'emplois durables, non délocalisables, développer de nouveaux secteurs tels que l'isolation des bâtiments ou les énergies renouvelables. Je vous rappelle que 1 kW/h produit par l'énergie renouvelable vaut en moyenne trois emplois là où 1 kW/h produit par l'énergie nucléaire vaut un emploi. Il faudrait aussi travailler sur une sidérurgie européenne. Les écologistes aujourd'hui sont les seuls à défendre une vraie politique industrielle. Toujours avec la même logique. D'abord maintenir des lieux de production à proximité des lieux de consommation. Ensuite faire évoluer les règles du commerce mondial. L'Union européenne peut décider que, pour vendre des produits, aussi bien en Europe que hors de ses frontières, les entreprises doivent respecter des normes sociales et environnementales. Cela me semblerait plus utile qu'une taxe carbone aux frontières, qui conduirait à comprimer encore les coûts et la qualité dans les pays qui exportent leurs produits dans l'Union.Philippe Curt. À quoi attribuez-vous votre succès au sein d'Europe Écologie ?C'est très difficile d'avoir un jugement pertinent sur soi-même ! Je pense que mon engagement politique est basé sur des convictions et une vraie volonté d'agir. Négocier des trucs avec les socialistes, faire des petites phrases qui seront reprises par les journaux... Je ne trouve pas ça rigolo ! Ce qui m'intéresse, c'est de mettre en oeuvre tout ce dont je parle. J'ai été formée à l'Essec, j'ai participé à la création d'une structure qui pèse plusieurs millions d'euros de chiffre d'affaires et emploie une dizaine de personnes. Développer, agir, peser... Voilà ce que j'aime. Mon objectif dans la vie n'est pas d'être élue, puis réélue, mais de défendre une cause à laquelle je crois. Si on ne commence pas à engager des réformes en profondeur pour changer notre mode de développement, le monde qu'on va laisser à nos enfants - j'en ai quatre - sera bien plus dur, plus violent que celui que l'on connaît aujourd'hui. Je ne pourrai pas assumer de ne pas avoir essayé de peser sur la marche du monde à proportion de mes modestes moyens parce que je crois que c'est une nécessité urgente.

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