Une révolution silencieuse, d'abord

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- - - -Éducation : les femmes étudient plus, et plus longtempsSavoir lire et écrire : tel est le B.A.-Ba de la libération des femmes. C'est souvent pour faire plaisir à leurs bailleurs de fonds occidentaux que les hommes forts des gouvernements de la région se sont pliés à cette injonction. Mais les progrès n'en sont pas moins évidents. La révolution est bien en marche aujourd'hui, même si 50 % des femmes sont encore, dans le monde arabe, analphabètes (contre un quart seulement des femmes dans le monde). Les Libyennes sont ainsi 81 % à savoir lire et écrire et étudient en moyenne pendant 17 ans - soit le même nombre d'années que... les Françaises ! En Tunisie, du primaire au supérieur, les femmes étudient plus longtemps que les hommes : 15 ans pour elles, contre 14 pour eux. Même chose pour les Iraniennes (15 ans contre 13) et les Libanaises (14 ans contre 13). Mieux, les femmes sont de plus en plus nombreuses à accéder aux études supérieures - ne serait-ce que pour retarder le mariage. Conséquence, la tendance, déjà affirmée ailleurs dans le monde, se fait jour dans la région aussi, le nombre des étudiantes commençant à dépasser celui des étudiants, comme c'est déjà le cas au Liban et en Libye.- - - -Travail : elles travaillent de plus en plus, et hors de la maison...Couturière au Caire, avocate à Alger, banquière au Bahreïn, dentiste à Dubai : il suffit de visiter ces villes pour y voir des femmes au travail. Par goût, parce qu'elles ont étudié et veulent rentabiliser l'investissement, ou par nécessité, puisque les conditions économiques - qu'elles soient dues à la crise, à l'inflation ou à la mauvaise gestion du pays - exigent un salaire supplémentaire au foyer. C'est particulièrement le cas en Algérie. À la fin des années 1980, sur la population active, le pays comptait 22 % de femmes. En 1990, elles étaient 30 %, puis 37 % en 2008, l'une des participations au marché du travail parmi les plus élevées de la région. De nombreux progrès ont également été enregistrés dans d'autres pays. Aujourd'hui, en Libye ou en Jordanie, un quart du total des actifs est féminin. Seule exception, l'Égypte. La tendance historique est identique à celle constatée ailleurs dans la région, mais elle s'est essoufflée ces dernières années. Pas étonnant dans ces conditions que, face à la cherté de la vie, les Égyptiennes se soient largement associées aux revendications - salariales, entre autres - exprimées place al-Tahrir.- - - -Société : les femmes revendiquent naturellement leur place au sein de la sociétéVoilées ou tête nue, blogueuses ou grands-mères, seules ou en famille, les femmes, de Tunis au Caire en passant par Manama, n'ont jamais été autant photographiées pour faire la une des journaux. Plus question en effet pour elles de n'exister qu'à travers mari et enfants. D'ailleurs des enfants, elles en font de moins de moins, et ce, à travers toute la région. C'est vrai pour les Tunisiennes (voir ci-dessus), mais aussi pour les Saoudiennes. En dix ans, le nombre d'enfants par femme dans le royaume a quasiment été divisé par deux, passant de 4,2 en 2000 à 2,3 en 2010. Moins d'enfants, plus d'études (voir ci-contre) et plus d'activités professionnelles : il ne reste plus aux femmes qu'à obtenir la représentation politique - dans des pays qui ne se distinguent pas par leur fonctionnement démocratique. Bref, elles veulent plus - et autant que les hommes. Paradoxe, leur présence dans les instances législatives n'est pas toujours négligeable : ainsi, en 2009, le Parlement tunisien comptait 23 % de femmes, dépassant largement la France (18 %)... Et leur progression dans ce domaine est notable : alors qu'elles étaient absentes du Parlement marocain en 1990, vingt ans plus tard, elles représentent 11 % des élus.

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