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Les sociaux-démocrates allemands représentent-ils un espoir pour François Hollande ?

La Tribune

Publié le 07 avril 2013 à 21:04 - Mis à jour le 07 avril 2013 à 21:04

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La visite parisienne ce vendredi du candidat à la chancellerie social-démocrate Peer Steinbrück relance l\'espoir d\'une renaissance de l\'axe franco-allemand une fois le SPD à nouveau installé au pouvoir à Berlin. Cet espoir n\'a jamais été vraiment caché. On se souvient qu\'en juin 2012, alors que le tout nouveau gouvernement français tentait de montrer ses muscles face à Angela Merkel pour « renégocier le pacte budgétaire », les trois poids lourds du SPD, Sigmar Gabriel, Peer Steinbrück et Frank-Walter Steinmeier, avaient été reçus en grande pompe à Matignon et à l\'Elysée.Austérité ou croissance ?Il est vrai que, en cette année qui marque le cinquantenaire du traité de l\'Elysée, le « moteur franco-allemand » de l\'Europe est plus que jamais en panne. Il est, du reste, presque au rebut. Mercredi encore, le ministre fédéral allemand des Finances Wolfgang Schäuble a mis encore une fois en évidence cette rupture en exigeant de « faire taire » le débat sur l\'austérité ou la croissance qui avait été pourtant développé par François Hollande dans son intervention télévisée lorsqu\'il avait affirmé que « l\'austérité risquait de faire exploser l\'Europe. » la France et l\'Allemagne ne se comprennent plus guère et chacun regarde dans des directions opposées.La France isolée, l\'Allemagne se recentre sur le nordLa crise chypriote, dernier avatar de la crise européenne, a montré que Berlin se concentrait de plus en plus sur ses alliés « stables », Pays-Bas, Finlande, Autriche. Au point qu\'un député chrétien-démocrate allemand a pu songer à la création d\'un « club des pays notés triple A » pour « défendre la culture de la stabilité dans la zone euro. » Un peu plus tôt, le débat sur le budget européen avait permis de mettre en évidence l\'isolement français et la rupture entre Paris et Berlin qui, du reste, ne proposent plus rien ensemble.Rien d\'étonnant alors qu\'à l\'Elysée, on puisse espérer un changement de majorité outre-Rhin ou même l\'entrée dans le gouvernement du SPD dans le cadre d\'une « grande coalition » afin « d\'infléchir » la politique allemande. Avec le SPD, Paris peut espérer relancer les Euro-obligations, faire pression sur la BCE et obtenir plus de clémence pour sa situation budgétaire de Berlin.Le SPD ou le mauvais chevalPourtant, une stratégie de soutien, même implicite, de l\'Elysée au SPD, est extrêmement risquée. Pour plusieurs raisons. D\'abord, c\'est sans doute miser sur le mauvais cheval. Le SPD va mal. Peer Steinbrück n\'a pas su donner l\'impulsion nécessaire pour devenir un rival crédible d\'Angela Merkel. Ancien ministre des Finances qui avait soutenu la retraite à 67 ans et rêvé d\'un équilibre budgétaire, il défend aujourd\'hui un programme très à gauche. Sa crédibilité, déjà entachée par ses larges émoluments perçus lors de ses conférences entre 2009 et 2011, n\'y a pas gagné. Selon un sondage publié ce vendredi par le quotidien Die Welt, seulement 57 % des sympathisants du SPD soutiennent Peer Steinbrück. A l\'inverse, 98 % des sympathisants chrétiens-démocrates soutiennent Angela Merkel. La conséquence, c\'est que le SPD perd des plumes dans sa propre base électorale. Le sondage de la chaîne ARD indique que 25 % des Allemands seulement voteraient directement pour le candidat SPD contre 60 % pour la chancelière. Globalement, le SPD, qui compte 14 points de retard sur la CDU, a peu de chance de diriger le prochain gouvernement allemand après les élections du 22 septembre prochain. Il pourrait certes espérer dépasser, avec ses alliés Verts, la CDU si les Libéraux ne rentrent pas au Bundestag. Mais la coalition SPD-Verts n\'aura pas alors la majorité absolue. A moins - alternative encore improbable - d\'une alliance des trois partis de gauche, on aurait alors une \"grande coalition\" SPD-CDU, mais elle serait encore dominée par les conservateurs et dirigée par Angela Merkel...Un soutien de mauvais aloiMais encore plus : compte tenu de la très mauvaise réputation de François Hollande outre-Rhin, un soutien affiché à Peer Steinbrück ne constituerait pas un atout pour le candidat social-démocrate. Bien au contraire. La très grande popularité d\'Angela Merkel est largement liée à sa capacité à se présenter comme la garante des intérêts allemands en Europe. L\'opposition avec François Hollande, caricaturé allègrement dans la presse allemande la plus sérieuse comme un keynésien dispendieux, joue en sa faveur. Et la CDU aura beau jeu de fustiger Peer Steinbrück comme un ami de François Hollande et de conclure que « voter Steinbrück, c\'est voter Hollande. » Dans ce cas, le SPD n\'y gagnerait guère et l\'apport du président français serait plus nuisible qu\'utile. Déjà, ce vendredi, le quotidien conservateur FAZ explique que l\'Elysée « place ses espoirs dans Steinbrück. » Rien de mieux pour agir comme un repoussoir sur ses lecteurs.Steinbrück, orthodoxe budgétaireReste enfin la question de la fiabilité d\'une alliance avec le SPD. Historiquement, jusqu\'au début des années 2000, le PS et le SPD s\'entendaient fort mal. Helmut Schmidt préférait Valéry Giscard d\'Estaing à François Mitterrand et ce dernier était plus proche de Helmut Kohl que de son prédécesseur SPD. Idem pour Gerhard Schröder, plus adepte de Jacques Chirac que de Lionel Jospin... La situation a été modifiée avec l\'alliance entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel et les tensions entre la chancelière et l\'actuel hôte de l\'Elysée. Pour autant, la position du SPD n\'est pas aussi claire qu\'on pourrait le croire. Le programme très à gauche proposé par Peer Steinbrück est une concession faite à l\'aile gauche qui lui a permis de s\'imposer comme chancelier. Mais lui-même est un centriste très orthodoxe sur le plan budgétaire. En juillet 2007, on se souvient qu\'il avait ouvertement tancé Nicolas Sarkozy qui refusait alors de poursuivre la trajectoire de consolidation budgétaire pour mettre en place son « bouclier fiscal. » Ministre des Finances de 2005 à 2009, il avait, avant la crise de 2008, pour ambition de rétablir l\'équilibre du budget fédéral, même s\'il avait consenti à lancer un plan de relance début 2009 de 85 milliards d\'euros. Du reste, la majorité du parti reste très centriste et attachée à la rigueur budgétaire. Il n\'est donc pas certain que l\'entrée du SPD dans la coalition gouvernementale modifie sensiblement la position de Berlin.Le SPD a déjà lâché François HollandePour bien mesurer la fiabilité du SPD, il faut se souvenir que ce parti avait, quelques jours à peine après l\'arrivée de ses trois leaders à l\'Elysée, accepté de voter le pacte budgétaire en juin 2012 moyennant quelques concessions sur les finances des Länder. Dès lors, la stratégie de François Hollande qui comptait sur la majorité de gauche du Bundesrat pour « peser » sur Angela Merkel et renégocier ce pacte s\'effondrait. Le président français avait dû faire amende honorable devant le gouvernement allemand et avait été contraint de faire voter à son tour ce pacte, malgré ses promesses, par le parlement français. L\'affaire chypriote a également montré que le SPD vise avant tout ses intérêts propres, quitte à saigner à blanc une économie de la zone euro si cela lui est utile en politique allemande. Un avant-goût de ce qui pourrait se passer après les élections allemandes de septembre prochain.

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