La crise en Europe, pilule amère pour la pharmacie

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Après Barack Obama, Jean-Claude Trichet va-t-il devenir la bête noire des industriels de la pharmacie ? Le secteur a longtemps agité le spectre de la réforme de la santé américaine, synonyme de baisse de prix et donc de rentabilité. A présent que celle-ci a été votée, c'est sur l'Europe que se concentrent les inquiétudes.La crise financière qui frappe le Vieux Continent oblige les Etats à réduire leurs budgets et devrait avoir des répercussions sur l'un des principaux postes de dépenses publics : la santé. En Grèce, des rabais jusqu'à 27 %Le processus est engagé. La semaine passée, la Grèce, première victime des difficultés financières européennes, a abaissé de 21,5 % en moyenne le prix de ses médicaments, avec des rabais demandés aux industriels pouvant aller jusqu'à 27 %. En Allemagne, un des seuls pays où l'industrie fixe librement le prix de ses produits, le ministère de la Santé a indiqué en mars qu'il envisage de mettre un coup de frein aux dépenses de médicaments.Le projet instaurerait un prix maximum aux produits à défaut d'accord avec les caisses de Sécurité sociale. Il vise à économiser 2 milliards d'euros par an. En suspens en raison des élections de ce week-end, le projet suscite l'ire de l'association patronale du secteur, mais devrait revenir à l'ordre du jour dans les semaines à venir.Se diversifierLes industriels, encore discrets sur le sujet, en sont pourtant bien conscients. Andrew Witty, le patron de GSK, expérimente des baisses de prix moyennes de 3 % par an en Europe. Interrogé à l'occasion du Club Entreprises « La Tribune »-CCIP le mois dernier, Chris Viehbacher, directeur général de Sanofi-Aventis, a rappelé que, « en Europe, les systèmes de santé dépendent de gouvernements en déficit. Cette région est déjà la plus difficile pour notre industrie, d'où la nécessité de nous diversifier », a-t-il expliqué. De son côté, Ipsen soulignait en mars des difficultés en Europe de l'Est (Ukraine, Roumanie) dues aux dévaluations de certaines monnaies et évoquait déjà le cas des baisses de prix en Grèce. Effet décaléEt en France ? Le Leem, syndicat de l'industrie pharmaceutique, rappelle régulièrement que, avec moins de 20 % des dépenses de santé, le médicament est loin de représenter l'essentiel du fameux « trou » de la Sécu.« L'an dernier, la France a eu la plus faible croissance des dépenses pharmaceutiques en Europe : 1 % contre une moyenne de 5 à 6 % chez nos voisins. C'est la conséquence des pressions sur les prescripteurs (médecins généralistes), mais cela nous place déjà quasiment au niveau de l'objectif annoncé ces jours-ci de stabilisation des dépenses publiques », indique l'économiste de la santé Claude Le Pen.Pour autant, estime-t-il, les laboratoires ne seront pas épargnés par les plans de rigueur. « Le secteur va souffrir de la crise avec un effet décalé, non pas en rapport avec les difficultés de la dette privée mais avec celles de la dette publique », souligne l'économiste. Reste à savoir quelle sera l'ampleur de ces répercussions pour les industriels.

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