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Le sort de l'Europe passe par la Rhénanie du Nord Westphalie

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Publié le 07 mai 2010 à 22:08 - Mis à jour le 07 mai 2010 à 22:08

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Jamais peut-être une élection régionale allemande n'aura autant pesé sur le sort de l'Europe. Ce dimanche, 13 millions d'électeurs du Land de Rhénanie du Nord Westphalie votent pour renouveler leur Landtag, le parlement régional. Si le spectre de ce scrutin a hanté les négociations sur le soutien financier à la Grèce au cours de ces dernières semaines, c'est bien parce qu'il est crucial pour Angela Merkel. Et pas seulement parce que, compte tenu de l'importance de ce Land, le plus peuplé de la République fédérale, ces élections ont une valeur de test électoral majeur pour la coalition libérale conservatrice au pouvoir à Berlin depuis septembre. Si la coalition perd le contrôle de ce Land, elle perdra également celui du Bundesrat, la chambre qui représente les Länder à Berlin (voir ci-dessous) et dont l'accord est indispensable en plusieurs domaines cruciaux, notamment la politique budgétaire. « Si la coalition venait à changer en Rhénanie du Nord Westphalie, le processus de décision à Berlin deviendrait plus difficile », explique ainsi Gerd Langguth, politologue à l'Université de Bonn. CoalitionsEn réalité, tout dépendra de la coalition qui sortira des urnes et des négociations qui suivront. Le scrutin devrait être marqué par la lourde chute de la CDU, qui perdrait, selon les sondages 10 points par rapport aux 45 % de 2005, l'envolée des Verts qui pourraient doubler leur score à 12 % et l'entrée au parlement régional du parti de gauche Die Linke. Trois faits qui laissent ouvertes différentes combinaisons. Selon les sondages les plus récents, les deux coalitions « traditionnelles », CDU-FDP d'une part et Verts-SPD d'autre part, seraient au coude-à-coude, mais elles seraient également assez loin de disposer de la majorité absolue au Landtag. Par ailleurs, si une majorité de gauche semble certaine, Heinrich Oberreuter, politologue à l'académie des sciences politiques de Tutzing, en Bavière, estime que Die Linke n'est pas, au plan régional, encore prêt à entrer dans une coalition, car il reste trop marqué en Rhénanie du Nord Westphalie par l'idéologie marxiste-léniniste. Du coup, ajoute-t-il, « la première alternative à une majorité « classique » sera sans doute une alliance entre les Verts et la CDU, à condition que les deux partis se mettent d'accord sur les questions énergétiques et d'éducation ». Viendrait ensuite une « grande coalition » entre le SPD et la CDU. Verts et noirsSi l'hypothèse d'une majorité « verte et noire » devenait réalité, « ce serait une révolution qui pourrait ouvrir la voie à une alliance similaire au niveau fédéral en 2013 », conclut l'expert. Cette option est prise progressivement au sérieux en Allemagne. Les Verts gouvernent déjà deux Länder avec les conservateurs : Hambourg et la Sarre (cette dernière de surcroît avec les Libéraux). Mais il s'agit de Länder peuplés d'un peu plus d'un million d'habitants. Avec la gigantesque Rhénanie du Nord Westphalie, le poids d'une telle coalition au niveau fédéral sera évidemment d'une autre dimension. D'autant que, comme le rappelle Gerd Langguth, le Land a souvent servi de chambre d'expérimentation pour l'Etat fédéral. En 1966, le SPD y avait formé sa première alliance avec le FDP, coalition qui régnera en Allemagne de 1969 à 1982. En 1995, Verts et SPD avaient scellé une alliance qui arrivera au pouvoir fédéral trois ans plus tard. Bref, La coalition verte et noire de Düsseldorf pourrait être un précédent important avant les élections au Bundestag de 2013. Cette option reste cependant incertaine, car les Verts ont annoncé récemment qu'ils refusaient une telle coalition sous la conduite de l'actuel ministre président CDU Jürgen Rüttgers. L'ange déchuCe dernier est un peu l'ange déchu de la CDU locale. En 2005, il a réussi ce que nul n'osait espérer : renverser le pouvoir SPD à Düsseldorf, la capitale régionale, après près de 40 ans de règne. Evidemment, le mécontentement vis-à-vis des réformes Schröder avait beaucoup joué en sa faveur, mais il est vite devenu un personnage clé au sein du parti d'Angela Merkel, incarnant un nouveau visage de ce parti, plus social, plus moderne. Voici encore un an, nul n'aurait douté de sa réélection à la tête du Land. Mais ce beau scénario s'est effondré. Jürgen Rüttgers a d'abord été victime d'un scandale. La presse a révélé que la CDU faisait payer les entretiens de certains chefs d'entreprise avec le ministre président. Un de ses collaborateurs y a perdu sa place, et Jürgen Rüttgers, quoique se défendant de connaître l'affaire, y a perdu beaucoup d'intentions de vote. Surtout, l'élection régionale s'est vite transformée en test national. Premier scrutin depuis les élections fédérales de septembre, il est aussi l'occasion de sanctionner une coalition berlinoise bien mal en point. Les exigences des Libéraux, notamment en termes de baisses d'impôts, et les hésitations d'Angela Merkel ont fini par lasser. Jürgen Rüttgers paie directement ce mécontentement. Dans ce cadre, la crise grecque a pu encore faire grandir le mécontentement. « La crise européenne va renforcer le sentiment d'insatisfaction vis-à-vis du gouvernement de Berlin qui a été un aspect important de la campagne », résume Heinrich Oberreuter. Finalement, Jürgen Rüttgers va payer le caractère national de l'élection locale. Peur sur BerlinCette élection a donc toutes les raisons d'inquiéter Angela Merkel. Notamment parce qu'elle risque de radicaliser encore le FDP. Gerd Langguth estime ainsi que, si le FDP sort de la coalition régionale, les relations à Berlin entre son président et ministre des affaires régionales Guido Westerwelle et Angela Merkel pourrait encore « se refroidir ». Les Libéraux pourraient durcir le ton sur la question des baisses d'impôts, baisses qui seront doublement impossibles, en raison de l'absence de majorité au Bundesrat et en raison de la situation budgétaire. Mais pour le FDP, il faudra s'imposer afin de contenir la concurrence des Verts lors des prochaines élections régionales et fédérales. Cela va compliquer la tâche de la chancelière. Voilà pourquoi Angela Merkel avait tout intérêt à sauver cette coalition de Düsseldorf. Quitte à faire trembler l'Europe à son tour. Le Bundesrat est le représentant des Länder dans la politique fédérale. Les conseillers élus dans cette chambre ne votent cependant pas en fonction de leur appartenance politique propre, mais en fonction de leur Land. Chaque coalition au pouvoir dans les Länder décide donc sur chaque vote. Souvent, lorsque la coalition regroupe des partis qui s'opposent au niveau national, le Land concerné s'abstient. Or, la constitution allemande oblige le gouvernement à disposer d'une majorité des conseillers au Bundesrat sur les sujets qui concernent les Länder, notamment l'ensemble des sujets budgétaires et fiscaux. Jusqu'ici, les Länder dirigés par une coalition FDP-CDU (ou CSU) disposait de 37 des 69 sièges du Bundesrat. Mais si la coalition de Rhénanie du Nord Westphalie tombe, les coalitions FDP-CDU ne disposeront plus que de 31 sièges. Il faudra donc que le gouvernement fédéral fasse des concessions pour obtenir un accord.

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