Le succès de la Corée du Sud déstabilise le Japon

Le monde à l'envers ! « Il y a un an, un grand groupe japonais m'a demandé une conférence sur l'exemple de la Corée du Sud », s'exclame T.W. Kang. Ce consultant sud- coréen né au Japon avait vécu depuis toujours dans l'idée que son pays d'origine se développerait à l'ombre de l'archipel nippon. Le Japon a incarné jusqu'à présent la figure de référence en Asie notamment en économie. Aujourd'hui, à bien des égards, l'élève a supplanté le maître. Si le Japon s'est installé dans la stagnation économique, la Corée du Sud n'a rien perdu de son dynamisme. Sa croissance devrait approcher les 10 % cette année selon le FMI, tandis que celle du Japon sera de 1 %. La crise mondiale a porté un coup sévère aux champions de l'exportation nippons, dont les produits, de très haute qualité, sont perçus comme trop chers par les consommateurs ; mais elle a propulsé les concurrents sud-coréens sur le devant de la scène. Dans l'électronique, Samsung a distancé les Sony et les Panasonic ; Hyundai Motors affiche clairement l'ambition d'être numéro un mondial automobile, devant Toyota, dans quelques années, etc. Ce mouvement vient de loin. Les industries de pointe sud-coréennes sont en concurrence directe avec les japonaises sur les marchés mondiaux. « La hausse de la part des exportations sud-coréennes depuis trente ans correspond à la baisse des exportations japonaises. Le Won relativement basEn 1980, la part de marché des entreprises japonaises dans le volume total des exportations japonaises était de 10 % ; elle est aujourd'hui de 5 %. Celle des sud-coréennes est passée de 1 % à 3 %, mais elle représente aujourd'hui 56 % des exportations japonaises, contre 15 % il y a trente ans. Les géants sud-coréens type LG et Samsung concurrencent désormais les japonais non plus seulement sur le prix mais aussi sur la qualité et sur le marketing », rappelle l'économiste Richard Katz. Les exportateurs sud-coréens bénéficient par ailleurs d'un won relativement bas face au dollar, tandis que le yen demeure élevé. Le gouvernement japonais prétend que cet avantage de change est décisif. En réalité, le secret du dynamisme de la Corée du Sud est politique. Cette dernière a embrassé la mondialisation quand le Japon lui tournait le dos. Séoul a négocié parallèlement deux traités de libre-échange avec les États-Unis et l'Europe qui entreront en vigueur dans les années à venir. À Tokyo, le pouvoir, prisonnier de ses intérêts corporatistes (en particulier agricoles), a tourné le dos à toute ambition de ce genre et apparaît isolé. « Les diplomates sud-coréens font leurs points de presse directement en anglais. Les patrons sud-coréens parlent anglais. En résumé, le 1 % ?supérieur? sud-coréen est cosmopolite. Pas au Japon », résume T.W. Kang. Selon les calculs de Gerhard Fasol, d'Eurotechnology, le PIB de la Corée du Sud aura dépassé celui du Japon en 2020.

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