Le modèle français de protection sociale sur la sellette

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« On est allé aussi loin que l'on pouvait dans la remise en cause de notre modèle social. » Cette petite phrase d'un conseiller élyséen reflète les hésitations de l'exécutif sur l'approfondissement de la rigueur et des réformes. Jusqu'où peut-on aller, en France, dans la réduction du périmètre de l'intervention publique ? Rien qui ressemble, ici, aux mesures drastiques annoncées dans le reste de l'Europe, qu'il s'agisse de réductions d'emplois publics (330.000 fonctionnaires en moins outre-Manche) ou de coupes claires dans les prestations sociales. Pour autant, l'idée d'un État français gaspilleur et incapable de se réformer ne correspond pas à la réalité. Si l'on se penche sur des ministères régaliens, comme la Défense, force est de constater que des modernisations ont déjà eu lieu.Pourquoi la France affiche-t-elle, alors, quasiment le taux de dépense publique le plus élevé au monde (56 % du PIB) ? Seul, le Danemark « fait mieux » avec 58,5 %. À entendre les responsables politiques de droite, la France serait « droguée » à la dépense publique. Cela n'est pas complètement faux, tant toute remise cause d'un crédit public est mal vécue. Ce constat lapidaire n'épuise pas, toutefois, le sujet. Si cette dépense atteint de tels niveaux, c'est surtout parce que la France est, avec le Danemark et la Suède, le pays où les fonctions d'assurance, notamment sociale, sont le plus assumées par la sphère publique. En raison des projets de convergence fiscale, des comparaisons sont souvent faites avec l'Allemagne, où la dépense publique est limitée à 47,5 % du PIB. Mais, outre-Rhin, les entreprises assument elles-mêmes de nombreuses aides sociales, cotisant à des régimes privés.Ce n'est pas pour rien que François Fillon a annoncé sa volonté de revoir le périmètre de l'assurance-maladie, sans aucun doute pour le réviser à la baisse. Car c'est dans ce domaine, celui de la protection sociale (30 % du PIB), que les remises en cause peuvent être source d'économies à l'avenir. Le hic, c'est que les Français tiennent à leur Sécu comme à la prunelle de leurs yeux. Le moindre projet de réforme de la prise en charge des affections de longue durée (ALD), qui sont à l'origine de l'essentiel de la hausse des dépenses maladie, provoque un tollé, contraignant les pouvoirs publics à reculer. Même quand, croyant jouer sur du velours, le gouvernement demande une légère contribution pour les soins donnés aux sans-papiers, il fait face à une opposition au... Sénat. Évidemment, l'approche de l'élection présidentielle n'incite pas à frapper fort. Mais, à moins d'augmenter les impôts, les révisions déchirantes sont à venir. Ivan Best

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