LA MAIN DE FER DE BRUXELLES

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Le 15 décembre, de profonds soupirs de soulagement ont dû monter de l'avenue de Wagram. Les juges de Luxembourg ont ce jour-là validé l'injection dans le bilan d'EDF quelque 889 millions d'euros que la Commission européenne menaçait de soustraire. Un joli cadeau de fin d'année. L'affaire est emblématique des relations périlleuses entre l'Etat français et les autorités européennes. 1997 : l'Europe est à l'heure de la libéralisation du marché de l'électricité. On scinde, on fusionne, on recompose. EDF après avoir combattu l'ouverture des marchés nationaux veut partir à la conquête de l'Europe. Bercy lui fait alors un gros cadeau fiscal en l'autorisant à reclasser en capital les provisions constituées pour renouveler son réseau de transport. 2003 : l'autorité européenne de la concurrence, qui n'oublie jamais de comptabiliser les intérêts, fait de ce coup de pouce une aide illégale et demande la restitution de 1,217 milliard d'euros. Six ans plus tard, les juges donnent finalement raison au groupe français. Une fois n'est pas coutume.Le choc entre le goût des gouvernements français pour le Meccano industriel et l'approche libérale de la Commission jalonnent l'histoire des relations périlleuses entre l'Etat et l'Union. En 1994, Bercy avait conçu le premier plan de sauvetage du Crédit Lyonnais dans son coin. Mais en 1996, le socialiste flamand Karel Van Miert, alors chargé de la concurrence dans la Commission Santer, y met son nez. Il ne lâchera plus le dossier pendant trois ans jusqu'à devenir un acteur clé de la dissolution de la banque. Un autre bras de fer historique a opposé Nicolas Sarkozy à Mario Monti, successeur de Karel Van Miert, au sujet d'Alstom. Bruxelles muscla l'ordonnance à administrer au groupe malade. La politique industrielle n'est pas le seul champ où l'autonomie nationale entre en conflit avec la loyauté européenne. Les ministres des Finances en savent quelque chose. Depuis qu'elle est arrivée à Bercy, Christine Lagarde doit batailler pour préserver ses marges de man?uvre budgétaire. Quitte à ne pas toujours entendre la musique espérée. Le 2 décembre, le conseil Ecofin a demandé à la France de revenir sous la barre des 3 % de PIB de déficit budgétaire « d'ici 2013 ». Le délai cadre mal avec le calendrier de la prochaine élection présidentielle, en 2012. Et avec le vraisemblable.Mais Paris sait aussi que le transfert d'autorité à Bruxelles, tout comme l'exercice conjoint du pouvoir avec ses partenaires européens, peuvent lui être bénéfiques. L'euro le protège des conséquences de son indiscipline budgétaire. Quant aux règles du marché intérieur, appliquées aux autres, elles sont souvent une excellente opportunité pour les groupes français. Quand la Commission taille dans le vif d'ING ou de Commerzbank, on n'entend pas les autorités françaises râler.

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