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La contribution climat-énergie : un enjeu social majeur

La Tribune

Publié le 08 septembre 2009 à 23:45 - Mis à jour le 08 septembre 2009 à 23:45

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Le débat sur la contribution climat-énergie divise les Français et les familles politiques. Mais résumer ce débat à une opposition entre une écologie punitive et antisociale d'un côté et des principes d'équité et solidarité de l'autre constitue une erreur profonde. Soutenir une contribution climat-énergie ambitieuse, c'est lutter contre une précarité énergétique en pleine croissance.Être précaire, c'est dépenser trop pour se chauffer et se déplacer. Chaque hiver, près de 5 millions de familles ont des difficultés à chauffer leur logement ou s'endettent pour faire face à leur facture énergétique. Au moins 300.000 d'entre elles sollicitent une aide sociale. Et plus les prix de l'énergie vont augmenter, plus leur situation va devenir difficile. Les ménages les plus modestes consacraient 10 % de leur revenu à l'énergie il y a cinq ans. Ils en consacrent aujourd'hui 15 %, et l'écart avec les plus aisés ne cesse de se creuser. Tout indique que ce tableau devrait encore se noircir avec l'augmentation des prix de l'énergie. Devons-nous attendre la prochaine flambée du prix du baril de pétrole pour enfin agir ?Aider ces ménages précaires à sortir du piège énergétique est un enjeu social majeur. La contribution climat-énergie permettra d'éviter que la fluctuation des prix de l'énergie voire leur faiblesse passagère ne fasse oublier une réalité : nous vivrons demain dans un monde où l'énergie coûtera cher. La contribution climat-énergie est un lubrifiant indispensable à la transition vers ce monde, une transition anticipée et choisie démocratiquement.La contribution climat-énergie n'est pas un outil unique, un remède miracle. Elle devra aller de pair avec l'instauration de normes énergétiques, de crédits d'impôts, de plans d'investissements massifs dans les économies d'énergie. Surtout, elle doit devenir un levier pour repenser notre urbanisme et lutter contre l'éloignement des centres urbains des plus démunis, pour transformer nos schémas d'aménagement des transports qui continuent de faire la part belle au tout-routier, pour accélérer la construction de logements à énergie passive, pour diviser par quatre la consommation d'énergie des logements existants.À ses bénéfices économiques et sociaux demain, certains opposent le coût social dès aujourd'hui d'une contribution climat-énergie. Mais cela dépendra de ce que nous ferons de l'argent qui en est tiré. Avec la mise en place d'un « chèque vert », les ménages les plus modestes recevraient en moyenne plus que ce qu'ils auraient à payer. En effet, s'ils consacrent une part plus importante de leur revenu à leurs dépenses énergétiques, ils dépensent cependant en moyenne quasiment deux fois moins que les ménages les plus aisés. Les craintes de l'impact à court terme de la contribution climat-énergie ne concernent donc pas les ménages modestes en général. Mais ceux qui, poussés par les prix de l'immobilier, vivent en périphérie des grandes villes, n'ont pas accès à un système de transport public efficace, et se chauffent bien souvent au fioul. Pour ceux-là, des compensations supplémentaires devront être définies, et l'aide à leur apporter pour sortir de cette dépendance énergétique devra être plus importante.Pour que la contribution climat-énergie soit efficace écologiquement et socialement, il est tout aussi indispensable que l'électricité soit pleinement prise en compte. Le recours au chauffage électrique, qui équipe aujourd'hui 80 % des nouveaux logements, s'accélère. La France est la championne d'Europe de ce moyen de chauffage quand d'autres pays l'interdisent parce qu'il est une aberration aussi bien écologique qu'économique.Son développement nous oblige à construire de nombreuses centrales électriques fonctionnant au gaz, car le nucléaire ne peut fournir l'électricité aux heures où les Français allument leur chauffage. Nous brûlons du gaz pour en faire de la chaleur puis de l'électricité, que nous transportons dans les foyers avant? de la retransformer en chaleur. Au total, le chauffage électrique émet deux fois plus de CO2 que si nous brûlions directement le gaz dans des chaudières performantes dans nos logements.Erreur écologique, mais aussi risque social. Séduits par son faible coût d'installation, les Français se précipitent sur le chauffage électrique, mais doivent ensuite supporter des factures deux fois plus élevées qu'avec un autre système de chauffage. C'est déjà le cas aujourd'hui mais qu'en sera-t-il demain ? Continuera-t-on à subventionner implicitement le chauffage électrique grâce au prix régulé ? Le piège du chauffage électrique pourrait bien se refermer sur les Français si la contribution climat-énergie ne s'applique pas à l'électricité.La contribution climat-énergie est une véritable opportunité pour engager la transition énergétique de notre pays. La proposition « Fillon » n'est ni environnementale ni sociale, et la polémique politicienne engagée par certains est indigente. À quatre-vingt-dix jours de la conférence de Copenhague, le climat et l'injustice sociale nous imposent d'autres pratiques politiques. n point de vue Yannick Jadot et Daniel Cohn-Bendit

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