Grippe A et PIB

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Le réchauffement climatique joue des tours à nos ministres de la Santé. En 2003, la canicule des deux premières semaines d'août avait provoqué la mort d'environ 15.000 personnes âgées, prenant par surprise Jean-François Mattei, en vacances chez lui dans le Var et dont la décontraction avait été considérée comme une faute politique. En 2009, la chaleur inhabituelle du début octobre a contribué à ralentir l'épidémie de grippe A, au moment précis où la campagne de vaccination s'apprête à démarrer. Du coup, Roselyne Bachelot doit gérer politiquement plusieurs problèmes. D'abord, il y a tous les cafouillages sur les mesures prophylactiques, avec la question des fermetures ou non de classes, d'écoles, de crèches : chacun fait ce qu'il veut ou ce qu'il peut, dans le plus grand désordre. Plus ennuyeux, la peur monte autour de l'innocuité des vaccins, et risque de dépasser le seul cas de la grippe A. Les « populations à risque » s'angoissent : faut-il se faire vacciner lorsqu'on est enceinte, si oui faut-il chercher un vaccin sans adjuvant, et en trouvera-t-on ? Dernier registre, la grogne sur le coût de toute cette mobilisation ? on parle de 1,5 milliard d'argent public, au moment où les déficits explosent. Le gouvernement peut très bien voir sa politique de prévention justifiée dans les semaines qui viennent par un nouveau pic épidémique, mais le moment présent est délicat. Patrick Devedjian, le ministre de la Relance, devrait venir au secours de sa cons?ur de la Santé. Après tout, la grippe A est à ce stade excellente pour le PIB. Rien que pour les vaccins, tenez. Il a fallu de la recherche en accéléré pour isoler la souche et la transformer en vaccins. Il a fallu un effort de production gigantesque pour parvenir à livrer en quelques semaines 94 millions de doses (dont un petit tiers fabriqué en France), qu'il faudra bien sûr acheminer et administrer. Le même discours vaut pour les 45 millions de masques achetés en pharmacie et les millions de bouteilles de solution hydroalcoolique. Si avec ça la grippe A n'arrive pas à « créer ou préserver des emplois », comme on dit désormais, c'est à n'y rien comprendre. Dans sa communication, le gouvernement n'aura qu'à ajouter les coûts de la campagne anti-H1N1 aux 26 milliards du plan de relance, à qui beaucoup reprochaient d'être trop riquiqui. Keynes, lui-même, n'a-t-il pas écrit qu'en cas de récession, un gouvernement avait intérêt à « payer un homme à creuser un trou puis à le reboucher » ? CQFD : la lutte contre la grippe A est keynésienne.sgherardi@latribune.fr Sophie Gherard

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