C'est Solidarnosc qui a ouvert la brèche

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Pensez-vous que le mur de Berlin ne serait pas tombé sans le mouvement que vous avez lancé en Pologne ?Absolument. Les gens disent que la plus grande victoire, c'est novembre 1989. Je crois pour ma part que la plus grande victoire, c'est 1980, et le mouvement Solidarnosc. La chute du mur de Berlin n'en est que la conséquence. Car avant les années 1980, la dissidence était individuelle et cachée. Ce que notre syndicat ouvrier a fait, c'est, pour la première fois, de rendre la dissidence collective, et ouverte. Pour la première fois, nous avons pu dire au Parti communiste : « Nous ne voulons pas de vous. » Et nous le leur avons dit en face ! Ce qui, franchement, a été un véritable choc pour le Parti !Mais pensiez-vous réellement que l'Union soviétique allait tomber quand les premières grèves ont débuté à Gdansk ?Oui, j'ai eu cette intuition, c'est bizarre, mais c'est comme cela. D'ailleurs, l'histoire du lancement de la grève aux chantiers navals est étrange. J'étais en retard le matin où la grève a été déclenchée. Trois heures de retard. Du coup, quand les autorités communistes ont appelé la direction des chantiers pour demander ce qui allait se passer, la direction a répondu que, sans doute, la grève ne prendrait pas et que tout rentrerait vite dans l'ordre. Aussi, les gens qui me surveillaient ont reçu pour consigne évidemment de continuer à le faire, mais de ne pas m'arrêter pour m'emmener en prison. J'ai donc pu rapidement échapper à leur surveillance. Et la grève n'a pas faibli, au contraire. Je vois d'ailleurs dans tout cela un signe de la providence?Aujourd'hui, certains pays dont la Pologne sont membres de l'Union européenne. Pensez-vous que d'autres pays peuvent la suivre ?Du temps de ma présidence, j'ai tenté d'encourager la Biélorussie et l'Ukraine à poser les jalons pour entrer dans l'Union européenne. Maintenant, ce serait irresponsable de le faire, pour la bonne raison que l'Europe n'est pas en mesure, ni politiquement ni économiquement, d'opérer un tel rapprochement. Je crois pourtant que c'est nécessaire. Sinon, la Biélorussie, en particulier, retournera dans le giron russe, en raison de sa dépendance à l'égard de Moscou. Autrement dit, la Russie aura la possibilité de tenter de reconstruire son empire. Cela dit, j'espère que cela ne sera pas le cas ! Je n'ai jamais voulu de frontière entre la Pologne, l'Ukraine et la Biélorussie. Ne serait-ce que parce que j'aime aller à la pêche là-bas ! Alors, aujourd'hui, assurons-nous au moins qu'il n'y ait pas de frontière à la solidarité avec ces deux pays.Pensez-vous que la crise économique actuelle est le résultat d'un capitalisme débridé ?La question n'est pas de savoir si le système capitaliste a été poussé trop loin. Il n'y a clairement qu'un seul modèle qui marche, et c'est celui-là. Cela ne sert donc à rien de le combattre. Au contraire, d'ailleurs, ce qu'il faut, ce n'est pas moins de capitalisme, mais plus de capitalisme !Propos recueillis par Lysiane J. Baudu, à Krynica, Pologne

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