à Washington, le deuil de la guerre froide

États-UnisSigne des temps, il y a plus de vingt ans, quand elle était étudiante en physique en RDA, Angela Merkel aurait été considérée comme l'« ennemie communiste ». Devenue chancelière de l'Allemagne réunifiée, elle vient d'être reçue avec les honneurs par le Congrès américain. Si l'Amérique de Reagan avait intimé l'ordre à Mikhaïl Gorbatchev de « faire tomber le Mur », et si celle de Bush père s'était félicitée des événements de novembre 1989, hommes politiques et citoyens américains ne se sont pas moins retrouvés « orphelins » avec la chute du mur de Berlin. « Même si nous avions des débats sur la guerre du Vietnam, les choses étaient plus simples à l'époque de la guerre froide », confirme James Goldgeier, chercheur au Council on Foreign Relations, à Washington. Orpheline, l'Amérique le serait encore pour ce spécialiste de politique étrangère. Difficile en effet d'élaborer une nouvelle doctrine qui soit aussi simple et aussi facile d'accès que la précédente. « En forçant un peu le trait, on peut dire que l'enthousiasme de Berlin a été recyclé en diplomatie transformationnelle par les États-Unis », explique de son côté Michel Foucher, ancien ambassadeur de France en Lettonie et membre du comité scientifique de la Fondation Robert-Schuman. Autrement dit, ce sont les éléments médiatiques liés à la chute du Mur qui ont été déclinés en diplomatie. On exporterait ainsi la démocratie en s'appuyant sur l'enthousiasme manifesté par les populations, le tout à coup d'images médiatiques, comme la chute de la statue de Saddam Hussein à Bagdad. Difficile, donc, de changer de référence?cafouillages« D'ailleurs, la lutte contre le terrorisme, décrétée après les attentats du 11 septembre 2001, n'a fait son effet que pendant le premier mandat de George W. Bush », estime James Goldgeier. D'autant qu'au sein du Parti républicain, deux écoles de pensée s'affrontaient à l'époque : celle des conservateurs traditionnels, qui souhaitaient maintenir l'emprise des États-Unis sur le monde, et celle des néoconservateurs, plus enclins à l'unilatéralisme. Aujourd'hui, les Démocrates semblent eux aussi en mal de doctrine. « Si Obama a réussi à redorer quelque peu le blason des États-Unis à travers la planète, il a encore du mal à agir, », relève encore le spécialiste du Council on Foreign Relations. Il en veut pour preuve les difficultés, pour ne pas dire les récents cafouillages, de l'actuelle administration au Proche Orient? Seule exception : la lutte contre la prolifération des armes nucléaires. « C'est le seul élément concret, associé à une série de mesures et de réflexions, vis-à-vis de l'Iran, notamment, que le président a su mettre en place pour l'instant », estiment aussi bien Michel Foucher que James Goldgeier. Le reste est encore à élaborer? Lysiane J. Baudu

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