La revanche de Natixis sur BPCE

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Le petit coup de pouce du destin. Il y a deux mois, la Bourse de Paris annonçait, à la surprise générale, l'entrée de Natixis au CAC 40. Si l'événement n'a pas eu d'impact fort sur le titre, le changement est bien plus structurel pour l'ensemble du groupe BPCE. Il encourage son patron François Pérol à revoir sa réflexion globale sur l'articulation entre Natixis et son actionnaire BPCE. Depuis sa création en 2009, le groupe - résultant du mariage entre les Banques Populaires et les Caisses d'Épargne - souhaitait davantage intégrer sa filiale Natixis. En toile de fond subsistait l'idée de fusionner, un jour, les deux banques.Cette opération aurait le mérite de coter directement BPCE tout en augmentant la part flottante de son capital. Elle viserait à copier le modèle du Crédit Agricolegricole dont les caisses régionales contrôlent la structure cotée. L'idée de son président François Pérol était de donner davantage de visibilité au titre Natixis que les investisseurs délaissaient. Il espérait surtout une remontée du titre pour réconforter des petits actionnaires lésés.Mais l'entrée de Natixis au CAC 40 a changé la donne. Depuis la cotation dans l'indice phare de la Bourse de Paris, la valeur est devenue mécaniquement plus suivie par les investisseurs institutionnels du monde entier. La vitrine du CAC 40 lui offre une plus grande liquidité et donc une meilleure visibilité. Cette problématique étant résolue, la fusion de BPCE et de Natixis n'est plus nécessaire. Au contraire, elle devient déconseillée.Cette réflexion se justifiait pour des raisons financières et boursières. Mais la gouvernance, toujours complexe dans les groupes mutualistes, ne plaide pas pour une union des deux banques. Une entité unique viserait à rendre les réseaux des Caisses d'Épargne et des Banques Populaires actionnaires directs d'un BPCE coté en Bourse. Et François Pérol veut éviter le mélange des genres entre les réseaux mutualistes et les capitalistes de Natixis. La tâche serait d'autant plus rude qu'il faudrait que les Caisses d'Épargne et les Banques Populaires cohabitent alors qu'elles ne se sont jamais entendues.Cette solution fait d'autant plus peur qu'elle répliquerait exactement la gouvernance qui existait chez Natixis entre 2006 et 2009. La prise directe des « barons locaux » sur la banque cotée l'avait totalement paralysée pendant la crise. L'expérience du Crédit Agricolegricole milite aussi pour ne pas rapprocher les deux banques. Au sein de la structure cotée, Crédit Agricolegricole SA, les actionnaires mutualistes (54 %), ont eu du mal à cohabiter avec la logique plus financière de la direction.L'objectif non avoué, car très politiquement incorrect, revient à tenir à distance les Caisses d'Épargne et les Banques Populaires de Natixis pour la protéger. La gouvernance étant plus fluide, BPCE reste seul actionnaire de Natixis et parle d'une seule voix. Surtout, l'organe central et son président François Pérol jouent son rôle d'intermédiaire entre les deux banques, entre le monde mutualiste et capitaliste. C'est d'ailleurs ce rôle de représentant des actionnaires mutualistes que devrait endosser l'organe BPCE. À terme, ses quelques participations Foncia, Banque Palatine, Nexity ou Meilleurtaux devraient être vendues comme l'a déjà été la Société Marseillaise de Crédit. BPCE deviendrait ainsi une « coquille vide » dont la mission serait un mélange entre la gestion commerciale des Caisses d'Épargne et des Banques Populaires et un rôle très politique. En Italie, les banques coopératives appartiennent à des fondations dont le rôle consiste à asseoir leur influence régionale et à peser dans l'économie locale. En comparant toujours ce schéma à celui du Crédit Agricolegricole, BPCE aurait vocation à devenir en quelque sorte l'équivalent de la Fédération nationale du Crédit Agricolegricole qui regroupe les intérêts des caisses régionales.En contrepartie, BPCE accélérera la transformation de Natixis visant à lui confier un rôle de plus en plus central dans le groupe. Elle en deviendra « l'organe industriel » et centralisant aussi des fonctions dites « régaliennes » comme la trésorerie ; BPCE restera alors « l'organe politique ». À deux doigts de la faillite, il y a deux ans, Natixis redevient le pivot du groupe.Par Matthieu Pechberty, journaliste au service Finance

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