La Banque de France sort de sa torpeur

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Fin octobre, Christian Noyer était reconduit à la tête de la Banque de France. Sans surprise. Son pilotage de l'institution et son indéfectible soutien aux banques françaises depuis le début de la crise se voyaient ainsi récompensés. Cet homme discret a, malgré lui, été placé sous le feu de l'actualité depuis deux ans. La Banque de France (BdF) a été mobilisée sur tous les fronts, du sauvetage des banques (supervisant la création de la Société des prises de participation de l'État), à la mise en place d'une nouvelle régulation financière internationale en passant par le soutien au crédit des entreprises.Sommeillant sous ses dorures, l'institution n'avait pas connu pareille agitation depuis les années 1990. Et a priori, la crise ne lui a pas trop mal réussi. « C'est dans les années 1980 et 1990, alors qu'elle se trouvait régulièrement dans la position de la citadelle assiégée, que la Banque de France a appris à gérer les crises et à coordonner ses réponses avec les autres banques centrales », explique un bon connaisseur de l'institution.Alors que d'autres banques centrales ont été fragilisées par les déboires de leur système financier, la résistance des établissements français a au contraire renforcé le crédit et l'influence de la BdF. « Une vraie revanche pour l'école de pensée française en matière de régulation et de supervision », commente un observateur. En 2005-2006, la méfiance de l'institution face à la dérégulation à outrance et son hostilité à la créativité débridée des opérateurs de marchés en faisaient sourire plus d'un...La crise a aussi validé le modèle de supervision à la française qui donne un rôle essentiel à la banque centrale. Disposant d'un accès privilégié aux données prudentielles des banques, cette dernière a pu conserver une vision très précise de l'état de santé du système financier, tout au long de la crise, et notamment pendant les périodes de tension sur la liquidité. Depuis, ce « modèle » a encore été renforcé avec la création, en mars 2010, de l'Autorité de contrôle prudentiel, résultat de la fusion entre les quatre autorités de la banque et de l'assurance (Commission bancaire, ACAM, CEA et CECEI), et directement placée sous la présidence du gouverneur de la BdF.Confortée, la Banque de France a considérablement renforcé son influence à l'international. L'objectif, « asseoir la position européenne et internationale de la Banque », est assumé. Il figure noir sur blanc parmi ses trois priorités pour 2010. Concrètement, la BdF dépêche ses experts - elle n'en manque pas - dans toutes les grandes institutions internationales. À la BCE, plus de cent de ses représentants siègent dans les différents comités ou groupes de travail qui préparent les décisions du Conseil des gouverneurs. Et à la Banque des règlements internationaux, un coup d'oeil à l'organigramme montre l'influence de « l'école française ». Le directeur général délégué de la « banque centrale des banques centrales », Hervé Hannoun, est un Français et, en mars, c'est Christian Noyer qui a remplacé Guillermo Ortiz à la présidence de l'institution. Enfin, la Banque de France participe activement aux travaux du G7, du G20, du Conseil de stabilité financière et du Comité de Bâle.Cette influence renforcée a permis l'adoption, fin 2009, d'un cadre européen de supervision en ligne avec « la vision de la Banque de France ». Au niveau du Comité de Bâle, si le gros du travail est fait - en particulier la définition du minimum de fonds propres dont devront disposer les banques sous Bâle III - toutes les décisions n'ont pas encore abouti. Christian Noyer tentait dernièrement de s'opposer à un supplément de capital réglementaire pour les établissements « systémiques ». Pour lui, c'est à chaque pays, en fonction de son expérience de la supervision, de décider si ces banques - en France, BNP Paribas et Société Généralecute; Générale en feraient sans doute partie - doivent ou non disposer de plus de capital.Plus visible à l'international, la Banque de France a gardé sa légendaire discrétion, en revanche. Contrairement à certains de ses pairs, Christian Noyer ne dévie jamais ouvertement du discours officiel de la BCE. Et certaines études menées au sein de la BdF, jugées trop en contradiction avec le discours officiel, ne seraient jamais publiées.Une chose est sûre : les banques françaises peuvent compter sur son soutien. Depuis le début de la crise, Christian Noyer, dont le discours est toujours étudié au millimètre, a fréquemment insisté sur leur « solidité », leur « résistance » et leur « faible exposition » aux crises grecque et irlandaise. La BdF participe par ailleurs à différents projets d'infrastructures européens, essentiels pour l'industrie financière. Dernier exemple en date : elle dirige et coordonne le projet T2S (Target2-Securities) destiné à créer une plate-forme européenne de règlement-livraison. Nul doute que les besoins des utilisateurs français seront pris en considération.

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