La folle semaine de l'or
La Tribune
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Et si l'origine de la flambée des cours cette semaine de la « relique barbare », selon l'expression de l'économiste Keynes, venait tout simplement des mines d'or elles-mêmes. Depuis plus de dix ans, les ventes à terme des grandes mines +? qui s'assurent ainsi les recettes liées à leur production future ? agissent comme une chape de plomb sur le marché de l'or. Avec plus de 400 tonnes par an, les groupes miniers vendaient à terme un montant d'or aussi important que les cessions de leurs réserves par les banques centrales. Mais ces dernières ont progressivement coupé le robinet d'or, et les groupes miniers ne veulent plus vendre leur précieux métal à terme : ils préfèrent tirer parti de la flambée actuelle des cours. Selon Jean-Philippe Roos, gérant de fonds chez Natixis AM, les ventes à terme devraient retomber à près de 60 tonnes seulement en 2009. Le producteur canadien Barrick, qui extrait 10 % de l'or mondial, a annoncé qu'il allait consacrer 2 milliards de dollars pour sortir du piège des ventes à terme, en rachetant des contrats qu'il avait vendus.Ces annonces interviennent dans un contexte particulièrement favorable au retour en force de l'or comme mère de toutes les valeurs refuges. Les sommes injectées par les États pour sauver la planète face à la pire crise depuis 80 ans sont équivalentes à 150.000 tonnes d'or (5.000 milliards de dollars), ce qui dépasse le stock d'or accumulé depuis la préhistoire. Et, même si des éclaircies pointent, le monde a peur ! L'environnement était donc idéal pour que le drôle de scoop de « The independant » publié lundi dernier « révélant » une conspiration contre la toute-puissance du dollar, mêlant les monarchies pétrolières à la Russie, la Chine et même la France (qui ont largement démenti?), mette le feu. Sur le Comex, le marché à terme américain devenu la place de référence des cours de l'or, l'once a bondi de près de 60 dollars pour culminer dans la nuit de jeudi à 1.062,70 dollars, détrônant le record de mars 2008 (1.060 dollars). Ben Bernanke, le patron de la Réserve fédérale américaine, a ensuite calmé le jeu en affirmant que la Fed mettrait en ?uvre sans retard sa stratégie de sortie de crise dès la confirmation de la reprise économique. Le dollar a retrouvé quelques couleurs, mais l'once d'or n'a reperdu qu'une dizaine de dollars, cotant hier soir 1.051,5 dollars. Il faut remonter à mars dernier pour constater un tel mouvement. L'once avait alors gagné 70 dollars en quelques jours après que la Fed a annoncé vouloir racheter massivement des emprunts du Trésor. marché étroitLes mouvements sur les cours de l'or sont d'autant plus nerveux que le marché physique, le London Bullion Market, installé depuis près de trois siècles à la City, est étroit. Il s'y est échangé mensuellement depuis le début de l'année entre 500 et 600 tonnes d'or. Moins de la moitié des volumes de 1996, alors qu'aujourd'hui il faut satisfaire l'appétit des fameux fonds ETF (voir ci-dessous) qui offrent à leurs souscripteurs de répliquer fidèlement les cours de l'or en l'achetant à leur place. n(Lire également page 14 et 15)
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