Voyager  : voilà bien une activité plus ardue qu'il n'y paraî...

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Voyager : voilà bien une activité plus ardue qu'il n'y paraît. Difficile d'échapper à l'encombrant statut de « touriste occidental » qui se soustrait difficilement à l'insipide circuit aéroport-hôtel-musée-souk. Le visiteur reviendra plus souvent enflammé par les brûlures des coups de soleil que par l'émotion d'une aventure. Fort de ce constat, un voyagiste a développé un nouveau concept basé sur une suite de challenges ludiques qui poussent le participant à sortir de sa passivité pour aller au contact de la population et s'imprégner du pays.Course en rickshawUne banquette ferme mais confortable, un ralenti qui n'est pas sans rappeler celui d'un chalutier sortant du port, un klaxon un peu plus sourd et enroué que celui de ses concurrentes, et puis dehors, dans l'encadrement arrondi de la fenêtre, le Rajasthan qui défile, avec ses campagnes, ses palais et son foisonnement de saris bigarrés. Quoi de mieux qu'une Ambassador, voiture mythique de la classe moyenne indienne pour se déplacer local et en style ? Les trois équipes réparties sur six véhicules s'élancent sur le tarmac chargé de Jaipur. La légère déception de ne pouvoir conduire soi-même l'élégant véhicule s'estompe très vite au vu de l'extraordinaire barnum de la chaussée indienne : rickshaws aux trajectoires désinvoltes, nids-de-poule abyssaux, camions forcenés dont les chauffeurs vous lancent dans un rugissement de bielles et de pistons d'affreux rictus rougis par le bétel, carrioles tractées par des chameaux indolents ou piétons suicidaires ayant recommandé leur âme à Vishnu. « Business as usual » pour Ashok, le chauffeur de la deuxième voiture, qui tient le volant d'une main, pouce en permanence sur le bouton du klaxon et utilise l'autre pour le téléphone portable, collé à son oreille.La première épreuve commence près d'une station de rickshaws. Chaque équipe prend possession d'un de ces énormes tricycles sous l'?il amusé du propriétaire (rickshaw-wallah), qui, pour la première fois de sa vie, part s'installer à l'arrière sur la banquette. Contrairement aux apparences, l'engin n'est guère facile à manier. L'inertie de l'appareil est telle qu'il est facile de se laisser entraîner dans des orbites très approximatives. Le plus drôle de l'affaire, outre les grimaces des cyclistes en herbe, balançant entre effroi et douleur, reste sans doute le regard ahuri des Râjasthânis qui découvrent bouche bée le rickshaw-wallah se faisant tracter en toute quiétude par des touristes en sueur. L'expérience n'est pas pour déplaire à Horua, 28 ans, qui depuis trois ans se fortifie les cuisses sur le pédalier de son engin 12 heures par jour dans les rues de Jaipur pour 150 roupies. Retour au parking où Horua retrouve ses collègues pour noter les nouveaux Poulidor du bitume indien : nous décrochons un 15/20 plutôt décevant au vu de notre performance enthousiaste et énergique tandis que l'équipe n° 5 se voit décerner un douteux 20/20 qui nous rappelle que l'Inde souffre hélas d'une longue tradition de corruption et de pots-de-vin.éléphant-poloLes épreuves se succèdent dans le murmure indistinct de la ville : approche de la religion hindoue à l'occasion d'une pûjâ (rituel de vénération) en l'honneur de Ganesh dans un temple craquelé de lézardes triomphales, chasse au trésor permettant de se familiariser avec le très touffu panthéon local? Puis nous quittons Jaipur pour gagner le calme et la fraîcheur relative de Kukas, à une vingtaine de kilomètres. Là, le camp de Dera Amer nous souhaite la bienvenue avec tout le faste et l'apparat de la tradition rajpoute : une demi-douzaine d'éléphants décorés forment une imposante haie d'honneur, trompes dressées, tandis qu'un laquais au turban safran s'époumone dans une trompette. Une partie d'éléphant-polo nous attend, rien de moins. À l'aide d'une petite échelle, chacun prend position avec plus ou moins de souplesse sur le dos du bestiau. Le mahout juché juste sur la nuque dirige l'équipage sur les indications du joueur. Une main empoigne fermement le harnais tandis que l'autre fait ce qu'elle peut avec l'encombrante crosse de plus de deux mètres. La partie se déroule au rythme alangui du pachyderme, pas vraiment de quoi être décoiffé, même lors des « sprints » vers le but adverse. À noter que la suspension de l'éléphant est bien meilleure que celle de l'Ambassador.La journée s'achève en beauté dans la salle de réception officielle du Chandra Mahal, le palais du maharadjah de Jaipur. Entre cocktails et petits fours, on en viendrait presque à oublier les impératifs de la compétition, si Mohebt Singh, enturbanneur officiel de Sa Majesté depuis trente ans, ne faisait soudain irruption pour nous lancer le dernier défi du jour : élaborer le traditionnel turban rajpoute de presque 5 mètres de long. Et c'est encore l'équipe n° 5 qui l'emporte. Décidément, ces gens-là ont des relations?Christophe Migeon Le Rajasthan en s'amusant

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