Nicolas Sarkozy et "l'affaire Karachi" en 10 dates

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Des accusations verbales, un nom cité dans des kilos de dossiers, des proches mis en cause, des plaintes déposées... mais, jusqu\'à récemment, aucune enquête ne visait directement Nicolas Sarkozy dans l\'affaire Karachi. Mais, comme l\'indique l\'AFP ce jeudi, trois juges ont décidé de se pencher sur son implication. Motif de l\'enquête: \"violation du secret de l\'instruction\". Elle vise particulièrement la publication d\'un communiqué de l\'Elysée en septembre 2011 qui niait toute implication de l\'ancien chef de l\'Etat dans cette affaire dont les ramifications remontent à plus de 20 ans. Voici une chronologie rapide pour tenter d\'en débrouiller l\'écheveau.• Septembre 1992Des négociations débutent pour la vente de trois sous-marins Agosta au Pakistan. Le contrat est signé deux ans plus tard. A la fin des négociations, un intermédiaire intervient. Il s\'agit de l\'homme d\'affaires Ziad Takieddine, qui, bien plus tard et sur un tout autre dossier, a affirmé que Nicolas Sarkozy avait bénéficié d\'un soutien financier de la part de Muammar Kadhafi pour sa campagne de 2007.• 8 mai 2002A Karachi, au Pakistan, quinze personnes meurent et douze personnes sont blessées dans un attentat à la voiture piégée contre un car transportant des employés de la Direction des constructions navales (DCN). L\'enquête remonte d\'abord la piste d\'Al-Qaïda avant de s\'intéresser au possible financement occulte d\'un contrat pour la vente de sous-marins au Pakistan.• Septembre 2008Un article du site d\'information Mediapart révèle l\'existence d\'une enquête menée par le pôle financier du tribunal de Paris. Dans le dossier apparaissent les noms Nicolas Sarkozy et d\'autres personnalités politiques. Parmi les pièces versées à la procédure figurent des documents selon lesquels des rétrocommissions sur le contrat d\'armement au Pakistan auraient contribué au financement de la campagne d\'Edouard Balladur pour l\'Elysée en 1995.• Décembre 2009Me Olivier Morice, l\'avocat des familles de victimes de l\'attentat de Karachi accuse Nicolas Sarkozy d\'être \"au cœur\" de cette affaire de corruption\". Le principal intéressé répond qu\'il s\'agit d\'une \"fable\".• Juin 2010Un rapport de la police luxembourgeoise mettant en cause Nicolas Sarkozy est publié par Mediapart. Selon cette enquête, il aurait participé à la création de la société Heine en créé 1994 au moment de la signature du contrat Agosta et alors qu\'il était ministre du Budget. Cette entreprise aurait obtenu des millions d\'euros en marge des négociations sur la vente d\'armement avec le Pakistan.• 22 septembre 2011L\'Elysée diffuse un communiqué qui nie toute implication de Nicolas Sarkozy dans l\'affaire Karachi. \"S\'agissant de l\'affaire dite de \'Karachi\', le nom du chef de l\'Etat n\'apparaît dans aucun des éléments du dossier\", est-il notamment écrit. Le texte faisait référence au dossier d\'instruction, alors que la procédure judiciaire était en cours. \"Il n\'a été cité par aucun témoin ou acteur de ce dossier. Il y est donc totalement étranger\", est-il encore écrit.La veille, deux proches de l\'ex-président, Nicolas Bazire et Thierry Gaubert étaient placés en garde à vue dans le cadre de cette enquête. Le premier est un ancien directeur de cabinet d\'Edouard Balladur et le second fut conseiller de Nicolas Sarkozy lorsque celui-ci état ministre du Budget entre 1993 et 1995.• Janvier 2012Selon un procès-verbal d\'audition publié par Libération, un ancien haut-fonctionnaire, Gérard-Philippe Menayas, a affirmé au juge Renaud Van Ruymbeke, chargé du dossier, que Nicolas Sarkozy était au courant des rétrocommissions en marge du dossier d\'armement avec le Pakistan. Pour lui, la décision de créer la société luxembourgeoise Heine passait forcément par le cabinet du ministre du Budget de l\'époque. Pour mémoire, Gérard-Philippe Menayas est également l\'auteur de l\'un des mémorandums sur lequel s\'appuyait Mediapart pour ses révélations de 2008.Toutefois, quelques mois plus tard, en septembre, un autre témoin, une ancienne chargée de mission au ministère du Budget, dédouane Nicolas Sarkozy en affirmant auprès du juge qu\'il était défavorable à la signature du contrat Agosta.• 18 juin 2012Des familles de victimes de l\'attentat portent plainte contre l\'ancien président ainsi que on conseiller chargé de la communication, Franck Louvrier, et son ex-ministre de l\'intérieur, Brice Hortefeux. Le 26 septembre 2011, Me Oliver Morice avait déposé une plainte visant les conseillers de la présidence de la République. Elle avait été classée sans suite par le parquet de Paris le 22 décembre 2011 au motif que le communiqué avait été publié au nom du président de la République.Le procureur de Paris s\'appuyait notamment cela sur l\'article 67 de la constitution qui dispose que \"le Président de la République n\'est pas responsable des actes accomplis en cette qualité\". Il faudra donc notamment déterminer si l\'immunité présidentielle peut, ou non être utilisée par Nicolas Sarkozy pour se défendre.• Novembre 2012Les juges Sylvia Zimmermann, Sabine Kheris et Camille Palluel démarrent discrètement une enquête se fondant sur le communiqué de l\'Elysée. Elles estiment que \"la réforme constitutionnelle du 23 février 2007 a institué, non pas l\'inviolabilité de la personne du chef de l\'Etat, mais celle de sa fonction\".

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