Exubérance irrationnelle sur le rouble

La Russie, ce membre contesté des «?Bric?», n'a pas fini de nous surprendre. Alors qu'il y a à peine plus d'un an, le Kremlin se lançait à corps perdu dans une bataille pour sauver son rouble en perdition et éviter le désastre de la grande crise de 1998, elle mène aujourd'hui un combat tout aussi acharné pour prévenir l'emballement de sa monnaie. Mercredi le rouble s'est hissé à son plus haut niveau depuis quatorze mois face au panier de monnaies composé de 45?% d'euros et de 55?% de dollars, surveillé par la Banque Rossii, la banque centrale de Moscou. Il s'est retrouvé propulsé à 29,65 pour un dollar et 40,31 pour un euro, soit un regain de vigueur de 22,5?% face au premier et de 13,5 vis-à-vis du second depuis un an. Hier, l'institut d'émission russe aurait encore engrangé plus d'un milliard de dollars, après en avoir acquis 2 la veille pour calmer la fièvre sur le rouble. Et elle s'est trouvée acculée à abaisser à deux reprises en une seule séance, la marge de fluctuations dans laquelle elle tente de l'enserrer pour dissuader la spéculation. Cette marge, qui n'est pas rendue publique, aurait été portée à 34,40 - 37,40 contre 34,60 - 37,50 la veille, au terme de douze réajustements en trois semaines. Mais rien n'y fait?: autant le rouble brûlait les doigts à l'automne 2008 après le déclenchement des hostilités entre la Russie et la Géorgie, autant aujourd'hui il attire comme un aimant les investisseurs qui ont mis l'euro et la livre sterling en pénitence. Ce brutal retour de balancier trouve au moins deux explications. La première découle de la reprise des cours du pétrole, le principal produit d'exportation et de très loin, de la Russie, qui dépassait 81 dollars le baril mercredi. La deuxième tient aux rendements extrêmement séduisants offerts sur le rouble. En dépit de onze abaissements depuis avril dernier, le taux directeur de la Banque Rossii s'élève encore à 8,5?%, contre 13% au début du cycle, alors que les grandes monnaies mondiales sont assorties de rémunérations voisines de zéro. Le double statut de monnaie matières-premières et de monnaie à hauts rendements confère aujourd'hui au rouble une aura dont personne n'aurait imaginé qu'elle puisse lui être restaurée aussi rapidement. Au grand dam du Kremlin, à la tête d'un pays qui ne semble émerger qu'à pas comptés d'une des plus sévères récessions de l'histoire récente. Son PIB s'est contracté de 8,9?% en rythme annualisé au troisième trimestre, après 10,9?% au deuxième. On peut gager que les autorités russes n'en resteront pas là. Il ne faut donc pas exclure dans les semaines qui viennent des interventions plus musclées sur le marché des changes, de nouvelles ouvertures plus agressives du robinet monétaire, voire une hausse du coefficient de réserves obligatoires des banques. nLe rouble attire comme un aimant les investisseurs qui ont mis l'euro et la livre sterling en pénitence.

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