« La Banque centrale européenne a une grande marge de manoeuvre »

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Comment jugez-vous les mesures prises par les dirigeants européens ce week-end??Les mesures de soutien et de garantie qui pourraient être apportées aux États en difficulté sont assez banales, du type Fonds monétaire international. Ce qui est nouveau c'est l'initiative de la Banque centrale européenne (BCE) qui s'autorise à acheter de la dette publique sur les marchés alors que, selon le traité de Maastricht, elle n'a pas le droit de prêter aux États. Bien sûr il y aura toujours de fins juristes à la BCE pour affirmer qu'il ne s'agit pas de rachats de dette primaire. Mais la décision de la BCE revient à faire un trait sur l'interdiction du traité de Maastricht. Peut-être que c'est le traité de Maastricht qui n'était pas adapté. Ce que voulaient les dirigeants de l'eurozone, c'est disposer d'un paquet qui permette potentiellement d'aider des pays de la taille de l'Espagne ou du Portugal en cas de besoin. Le programme de la BCE peut permettre de ne pas utiliser les autres mesures.N'y a-t-il pas un risque pour la crédibilité de la BCE??Techniquement, la capacité d'achat de dette publique par la BCE n'a pas de limite. Elle peut créer toute la monnaie qu'elle souhaite. Techniquement. Car il y a des limites institutionnelles et politiques à ces rachats. La théorie monétaire considère qu'une banque centrale qui améliore la qualité de la dette publique en la rachetant finit par dégrader la qualité de sa monnaie. Mais les montants qui sont en jeu dans le cas de la BCE ne sont pas si importants que cela. À ce stade, elle dispose d'une grande marge de manoeuvre. Le bilan de la Fed est bien plus dégradé.La crise est-elle résolue??On a traité la crise de liquidités. Il reste la question de la solvabilité des pays vulnérables à plus long terme. Leurs perspectives de croissance sont faibles et cela pose la question de leur capacité à redresser leurs finances publiques dans un ou deux ans. D'autant qu'on les pousse à effectuer des réductions de déficits pratiquement irréalisables. Soit ces pays s'obstinent à essayer de les réduire au prix d'une récession et d'une crise politique et sociale. Soit on va s'apercevoir qu'ils ne parviennent pas à les réduire, et ils auront de nouveau des difficultés sur les marchés financiers. Mais la BCE ne pourra alors plus rien pour eux.Où est la solution??Ces pays doivent améliorer leur modèle économique, investir dans des secteurs à valeur ajoutée, créer des emplois qualifiés et mieux payés. L'Europe peut les aider. Mais cela représente cinq à dix ans d'efforts. Propos recueillis par Laurent ChemineauPatrick Artus, directeur de la recherche chez natix

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