Trousse de survie
La Tribune
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Ce matin, vous aviez besoin d'un crayon. Direction l'armoire à fournitures. C'est un panier garni, un porte-monnaie qui tintinnabule, une corne d'abondance. Tout le monde sait où l'assistante planque la clé?: dans le pot à crayons. Mais sur les étagères, c'est la désolation. Il ne reste que quelques malheureuses chemises en carton, cinq ou six cahiers et quelques blocs. Seules les agrafes ont échappé à la razzia. Septembre, c'est aussi la rentrée des classes et la folle course aux fournitures scolaires. Vous l'aviez oublié. Normal, vous êtes célibataire. Vous griffonnez une liste de fournitures absolument nécessaires et urgentes. Vous la remettez à l'assistante. Vous devrez attendre la prochaine commande, à la Toussaint, avertit-elle. Elle a des consignes des services généraux en lutte contre le gaspillage. La dernière livraison remonte au 20 août. Elle brandit les deux pages de sa commande?: des crayons à papier comme s'il en pleuvait, un tombereau de gommes, des stylos bille à gogo, des feutres à foison, rouges, verts, bleus, noirs, à pointes fines ou moyennes, des palanquées de bâtons de colle, des tonnes de surligneurs? Il y avait de quoi nourrir une classe de trente élèves. Vous croisez votre voisin de bureau, il a deux pleines poignées de stylos Bic multicolores. Vous lui en demandez quatre gentiment, il vous les refuse méchamment. C'est un père de famille nombreuse. Les temps sont durs.un petit magot de valeurIl ne vous reste plus qu'à dresser l'inventaire de votre tiroir. Quelques stylos feutres à pointe fine, quatre gommes neuves, trois tubes de colle et une boîte d'agrafes? C'est votre trousse de survie. Vous devez tenir avec jusqu'à la Toussaint. N'oubliez plus de fermer votre tiroir à clé car votre petit magot va prendre de la valeur. Chacun troque ce qu'il peut contre ce dont il a besoin. Le service manque déjà de feutres rouges. On vous parle aussi d'une pénurie de gommes à la compta. Au service paie, la situation est critique pour les tubes de colle. Les cours vont vite monter. Vos feutres rouges vaudront bientôt au moins quatre ou cinq crayons chacun. Le prix de la gomme vous donne le tournis et le tube de colle, c'est le jackpot. Il faut jouer serré. Il y a deux ans, la situation était devenue si tendue que les services généraux avaient dû lâcher du lest. Ces idiots avaient cassé le marché. n
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