Retour de manivelle
La Tribune
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quinze septembre 2008. Lehman Brothers est lâché par la Réserve fédérale américaine. La nouvelle fait prendre conscience au monde de l'ampleur de la crise financière. Loin de Wall Street, à Fontenay-le-Comte, dans le Sud vendéen, Stéphane Soulard est soucieux. Pour l'entreprise qu'il dirige et dont il est l'actionnaire principal, le vent commence à tourner. Au retour des congés estivaux, Samro, premier constructeur français de châssis de remorques et semi-remorques, enregistre les premiers signaux de la crise. « Nous constatons alors l'annulation de commandes qui avaient été passées. Plusieurs clients transporteurs nous font état de refus bancaires pour financer leurs acquisitions de matériel », raconte Stéphane Soulard. Le jeune patron n'est pourtant pas plus surpris que cela. Déjà, en juillet, son importateur russe avait cessé de lui passer des commandes. Idem pour les autres implantations européennes de Samro, en Hongrie, en Serbie, en Italie ou au Portugal. Le retournement est rude. « À la fin juin 2008, nous avions réalisé un premier semestre exceptionnel?: 95 millions d'euros de chiffre d'affaires », rappelle Stéphane Soulard. Sur l'ensemble de l'exercice 2008, Samro enregistrera un chiffre d'affaires de 150 millions d'euros. Du jamais-vu pour cette entreprise de 770 salariés. Sans tarder, Samro opte pour une gestion de crise. L'arrêt des commandes de kits « boulonn頻 (lire encadré) contraint Stéphane Soulard à faire passer la base logistique de livraisons de 24 à 8 personnes. « Je passais mon temps au téléphone à convaincre mes fournisseurs de ne pas me livrer, j'avais déjà trop de stock. » Très vite, l'entreprise rencontre des difficultés de trésorerie. Les besoins sont évalués à 9 millions d'euros.Octobre 2008. À la recherche de soutien financier, Stéphane Soulard se tourne vers ses banquiers, qui lui opposent une fin de non-recevoir. À cette époque, le médiateur du crédit est à peine nommé, Oséo a une capacité d'intervention limitée aux entreprises de moins de 250 salariés. Pour forcer la médiation, l'entrepreneur entame une procédure de conciliation au tribunal de commerce de La Roche-sur-Yon. « À partir de ce moment, on nous a orientés vers Bercy et plus précisément vers le Ciri, le Comité interministériel de restructuration industrielle. » L'organisme a, dans ce dossier, la charge de convaincre les banques de suivre la société. Novembre 2008. Bonne nouvelle. Les 9 millions d'euros dont Samro a besoin sont enfin réunis. Les banques ont accepté de mettre 7,5 millions d'euros sur la table. Le solde est apporté par trois actionnaires privés, dont Stéphane Soulard. « Ça fait partie des choses qu'on vous pousse à faire, ce qui est logique car c'est une façon de faire voir qu'on y croit soi-même. » Pourtant, Stéphane Soulard est loin d'être soulagé. Entre le début des négociations et leur aboutissement, la situation s'est encore dégradée. Le soutien bancaire est calculé sur la prévision d'un chiffre d'affaires 2009 de 134 millions d'euros, qui sera difficile à atteindre. Décembre 2008. À la veille de Noël, Stéphane Soulard est de nouveau à Paris. Cette fois-ci il a besoin de 15 millions d'euros. Il est reçu à la Caisse des dépôts et consignations. Le mois précédent, Nicolas Sarkozy a annoncé la création d'un fonds, le Fonds stratégique d'investissement (FSI), dont l'objectif est de venir en aide aux entreprises stratégiques pendant la crise. Ce 23 décembre, Stéphane Soulard propose d'ouvrir son capital au FSI. Ticket d'entrée proposé?: entre 12 et 15 millions d'euros. Le fonds n'étant pas encore opérationnel, ses interlocuteurs lui demandent un peu de patience. Dans l'attente, ils lui promettent d'instruire son dossier. Février 2009. Geodis fait sortir Stéphane Soulard de ses gonds. La filiale de la SNCF communique le résultat d'un appel d'offres pour la construction de 250 semi-remorques. Deux entreprises allemandes et une espagnole sont retenues. « Ce n'est pas tant le fait que nous n'y soyons pas qui me fait réagir, c'est surtout que en période de crise, une filiale de la SNCF puisse retenir des constructeurs étrangers », explique le PDG. Une réaction qui trouve également son origine dans la situation de Samro?: depuis le début du mois de janvier, les salariés des trois sites de production sont en chômage partiel deux jours par semaine. L'agitation médiatique de Stéphane Soulard porte ses fruits?: une semaine plus tard, l'entreprise de fret fait machine arrière et suspend son appel d'offres. Avril 2009. Colère, amertume, incompréhension. Ces trois sentiments mêlés amènent Stéphane Soulard à sortir une nouvelle fois de sa réserve. Le FSI a donné une réponse définitive à sa demande?: il n'apportera pas son soutien à Samro. « On prend les patrons des petites et moyennes entreprises pour des billes », s'exclame alors le PDG dans la presse. Le 19 mars, l'entrepreneur avait reçu un premier courrier du FSI l'informant d'une décision négative. « La capacité de votre société à contribuer à la compétitivité du secteur d'activité dans lequel elle opère reste en deçà des critères d'investissement du FSI », écrit notamment le fonds, qui évoque également des questions de taille et de rentabilité. Dans son secteur, Samro est le numéro cinq européen. Sa rentabilité augmente régulièrement. Stéphane Soulard se dit qu'il n'a pas été compris. Il renvoie un courrier au FSI. Quelques jours plus tard, il est reçu par des représentants du fonds. Là, on lui suggère de favoriser une solution de reprise. Puis, devant le refus du PDG, on lui demande de patienter?: l'idée de la création d'un fonds pour les entreprises du type de Samro est alors évoquée. Fin avril, l'espoir cède la place à l'énervement. « J'ai perdu un mois supplémentaire soit un total de quatre mois et j'ai bouffé toutes mes réserves de trésorerie », se lamente le PDG. Juin 2009. Samro reçoit une petite bouffée d'oxygène. Après la fin de non-recevoir du FSI, Stéphane Soulard s'est de nouveau tourné vers le local pour mobiliser des fonds?: actionnaires, banquiers, collectivités locales et Oséo. Depuis mars, l'établissement public peut apporter sa garantie aux entreprises de taille intermédiaire. La région des Pays de la Loire décide de débloquer 1 million d'euros sous forme de prêt remboursable. De son côté, IPO et Sodero, deux fonds régionaux d'investissement actionnaires de Samro, remettent 600.000 euros supplémentaires. Oséo apporte sa garantie sur deux enveloppes?: la renégociation d'un échéancier avec les banques et l'octroi d'un nouveau prêt d'un montant de 2,9 millions d'euros. La demande initiale était de 6 millions d'euros. Septembre 2009. Les chiffres confirment les pires prévisions. À la fin juin, le chiffre d'affaires de Samro s'est élevé à 35 millions d'euros. Pour l'ensemble de l'année, le CA prévisionnel est attendu à 70 millions d'euros. Lorsqu'il regarde l'année écoulée, Stéphane Soulard est amer. « Je suis mis dans le même lot que tous les entrepreneurs qui opèrent dans des secteurs qu'on estime non stratégiques, constate-t-il. Et aujourd'hui, à moins d'une nouvelle mobilisation financière, Samro va finir dans les bras d'un repreneur, lâche, fataliste, Stéphane Soulard. Or, c'est la pire des solutions d'un point de vue social et je veux tout faire pour sauver un maximum d'emplois. »Pour éviter ce pire, Samro vient de se déclarer en cessation de paiements auprès du tribunal de commerce de La Roche-sur-Yon. L'entreprise espère pouvoir mettre en place un plan de continuation de l'activité, qui exclut l'arrivée d'un repreneur. Mais il signifie également l'imminence d'un inévitable plan social. n« On prend les patrons des petites et moyennes entreprises pour des billes », s'exclame Stéphane Soulard. 150 millions d'euros. C'est le chiffre d'affaires de Samro pour l'exercice 2008. Du jamais vu pour cette entreprise vendéenne.Fin juin 2009, les ventes sont tombées à 35 millions. Le numéro cinq européen des remorques s'attend à une activité divisée par deux sur l'ensemble de l'année.
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