Une collection d'art pour mémoire

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Un jour, Edmund de Waal a hérité d'une collection de 264 minuscules statuettes japonaises appelées « netsukes ». Comment avaient-elles atterri dans la famille ? C'est ce que notre homme, céramiste britannique dont les oeuvres sont accrochées au Victoria and Albert Museum de Londres, a voulu savoir. De son enquête, minutieuse, il a tiré un livre passionnant, haletant - « la Mémoire retrouvée » -, écrit d'une plume alerte et pleine d'humour entraînant de lecteur d'Odessa à Tokyo en passant par Vienne. Car l'artiste est un descendant direct des Ephrussi, dont les représentants étaient jadis considérés comme « les rois du blé » avant de se reconvertir dans la finance.Les recherches entamées par Edmund de Waal l'ont d'abord mené à Paris, plus exactement au coeur de la Plaine-Monceau dans les années 1870. C'est là que vivait Charles Ephrussi, critique d'art reconnu, ami des plus grands peintres comme Manet ou Renoir. Gagné par la vague de japonisme de la fin du XIXe, Charles est le premier à avoir acheté les netsukes avant de les offrir en 1899 à son cousin Viktor de Vienne, en guise de cadeau de mariage.À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Ignace, fils de Viktor, récupère les statuettes sauvées des nazis par Anna, la domestique de ses parents. Il les ramène alors au Japon où il décide de s'installer et où l'auteur les découvre dans les années 1990.Comme il le dit lui-même, Edmund de Waal ne s'est pas attelé à travers ce livre au « récit élégiaque d'un monde perdu dans la Mitteleuropa ». Bien au contraire. Il croise son histoire avec l'histoire de l'art, l'histoire de l'antisémitisme en Europe, l'histoire des villes aussi, dévoilant comment Paris et Vienne ont pris le tournant de la modernité architecturale à la fin du XIXe.Et c'est d'autant plus agréable à lire qu'il le fait sans jamais tomber dans l'hagiographie, n'hésitant pas à superposer ses propres visions aux faits, ce qui créé une réelle intimité avec le lecteur. Yasmine Youssi« La Mémoire retrouvée », éditions Albin Michel, 416 pages, 23 euros.

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