Les vertus cachées des « stress tests » bancaires

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À la suite du flop des « stress tests » de l'été 2010, l'Union européenne s'est engagée à procéder à de nouveaux tests de résistance des banques européennes, « plus rigoureux et plus crédibles », selon l'expression de Michel Barnier, commissaire européen chargé du marché intérieur, et dont les résultats sont attendus pour la mi-juin. Chacun se souvient que, à l'issue de la première batterie de tests seules sept banques européennes avaient été pointées du doigt pour insuffisance de fonds propres dont... aucune en Irlande. Après cet échec cuisant, il a donc été décidé de durcir les conditions de l'examen à tous les étages sauf... au rez-de-chaussée. En clair, les autorités européennes, notamment la toute nouvelle Autorité des banques européennes, se refusent toujours à envisager le défaut d'un État de la zone euro. Par conséquent, dans les portefeuilles bancaires (« banking book »), les obligations d'État sont considérées comme sans risque, au motif que ces dettes sont détenues jusqu'à l'échéance (comme le classement comptable l'indique) et ne feront donc l'objet d'aucune vente sur le marché. Cela tombe bien car les banques ont fortement réduit leur exposition dans leur portefeuille de négociation (« trading book ») pour concentrer désormais plus de 80 % de leurs encours de dette souveraine dans leurs portefeuilles d'investissement (« banking book »). Pour les marchés, qui ont déjà « pricé » les décotes sur les dettes irlandaises, grecques ou portugaises, cette subtilité comptable ne permettra pas d'éviter l'inévitable, à savoir une restructuration aussi certaine que prochaine des dettes des pays les plus fragiles.Pour autant, la position des autorités européennes n'est pas dénuée de fondement. Tout d'abord, on ne peut pas leur demander de considérer le défaut d'un État de la zone euro qu'elles refusent justement d'envisager ! Le plan de secours de 80 milliards d'euros accordé en urgence au Portugal confirme bien cette farouche volonté de ne pas céder. Ensuite, la prise en compte du risque souverain dans les portefeuilles bancaires conforterait mécaniquement les anticipations du marché quant à la possibilité d'un défaut d'un ou plusieurs États. C'est ce que résume la fameuse formule : « Nous n'organisons pas des ?stress tests? pour les spéculateurs. » Enfin, il ne faut pas sous-estimer les conséquences comptables des tests. Retenir l'hypothèse d'un défaut, c'est l'accepter et donc contraindre les banques à provisionner massivement leur exposition sur la dette souveraine et, in fine, à les affaiblir un peu plus. À cet égard, les dernières statistiques de la Banque des règlements internationaux (BRI) font peur : l'exposition des banques européennes aux pays de la zone euro en difficulté a globalement augmenté en 2010. Sur la seule Grèce, les banques françaises détiennent ainsi 66 milliards d'euros de dette publique et parapublique au troisième trimestre 2010. Imaginez donc s'il fallait ajouter le Portugal, l'Irlande, l'Espagne !Bien évidemment, le refus de prendre en compte le risque souverain dans les portefeuilles bancaires va entacher ces nouveaux tests du même péché originel que ceux de juillet 2010 : leur niveau de crédibilité sera proche de zéro auprès des marchés. Mais faut-il pour autant les condamner ? Certainement pas. Leur existence même a le mérite de forcer les banques à se plier plus rapidement que prévu aux nouvelles exigences prudentielles du Comité de Bâle, qui reste la véritable pierre angulaire de la solidité du système bancaire. Car les résultats financiers des banques européennes, plutôt globalement flatteurs, ne doivent pas faire illusion. Les banques restent fragiles, et pas seulement en Irlande, en Espagne ou en Grèce où elles sont en pleine restructuration, mais aussi en Allemagne - qui tente d'obtenir des assouplissements des tests - voire en Italie. Certes, il ne faut pas compter sur les tests de résistance pour dévoiler les vraies insuffisances des banques, mais ils les poussent néanmoins à agir. Ce qu'elles font d'ailleurs, comme en témoigne la multiplication d'annonces de levées de fonds ces dernières semaines. Au passage, ces dernières ne pourront se réaliser que si les « stress tests » ne se montrent pas trop catastrophiques ! Aiguillonner, oui ; faire peur, non. Présentés comme des « caricatures », les « stress tests » ont au moins une vertu : celle de nous rappeler que le secteur bancaire est par nature exposé aux crises et que les crises ont de fortes chances de se produire à nouveau. Les banques doivent donc à tout prix renforcer leurs capitaux propres, au-delà même des exigences de Bâle III, et les « stress tests » participent finalement à cette prise de conscience.L'analyse

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