Même aux Etats-Unis, les grosses fortunes en prennent pour leur grade

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Sale temps pour les riches ! L'explosion des déficits contraint les pays industrialisés à chercher désespérément de nouvelles des recettes fiscales. Et, les hauts revenus sont un peu partout dans la ligne de mire des gouvernements. Le président Barack Obama et l'ancien premier ministre Gordon Brown ont ouvert le bal dès l'an dernier. Le premier en portant le taux marginal d'imposition sur les revenus de 35% à 39,6%, le second en portant à 50% le taux d'imposition sur les revenus dépassant 150.000 livres sterling à partir de 2010. Même à droiteRien de très surprenant à ce que la gauche augmente les impôts sur les plus riches. Mais les partis conservateurs abondent dans le même sens. Le nouveau premier ministre britannique David Cameron, par exemple, n'a pas remis en cause les hausses d'impôts décidées par Gordon Brown jugeant que cela ne serait pas acceptable au moment où le Royaune-Uni sabre dans les dépenses publiques. En Allemagne, le président CDU (conservateur) du Bundestag Norbert Lämmert, a jeté un pavé dans la mare cette semaine en proposant de porter le taux marginal de l'impôt sur les revenus de 42% à 44%. Un appel soutenu par le ministre président de la Sarre Peter Müller. Les libéraux, membre de la coalition d'Angela Merkel, ne voulant pas entendre parler de hausse d'impôt, la chancelière a néanmoins préféré botter en touche. Hausse généralisée« Nous sommes à un moment charnière en matière de fiscalité », estime Philippe Durand, associé au cabinet Landwell. « Chaque fois que le gâteau ? le PIB ? n'augmente plus, il y a évidemment des tensions sur la répartition de la charge », poursuit cet ancien chef du service juridique de la direction générale des impôts. Même si Nicolas Sarkozy répète qu'il n'a pas été élu pour augmenter les impôts, les appels à droite se multiplient pour que les français les plus aisés soient davantage mis à contribution. Est-on à l'aube d'une hausse généralisée de la pression fiscale sur les plus riches ? La fiscalité semble en effet suivre des cycles longs au même titre que l'activité économique. La période actuelle pourrait correspondre à la fin du cycle de baisse de la pression fiscale initié par Ronald Reagan et Margaret Thatcher au début des années 1980. Lorsque Ronald Reagan arrive à la Maison Blanche, le taux d'imposition marginal est encore de 77%. Il est retombé à 35% avec George W. Bush. En France, le taux d'imposition marginal est passé de 53% en 1998 à 40% aujourd'hui. DisparitésMais les trois dernières décennies sont marquées par un creusement des inégalités. En raison de la paupérisation d'une partie de la population mais plus encore par une très forte progression des hauts revenus. Une récente étude de Camille Landais a ainsi montré que les revenus des Français ont globalement augmenté de 5,9% entre 1998 et 2006. Mais cette moyenne masque des disparités importantes. Les revenus des 1% les plus riches ont augmenté de 19%, ceux des 0,1% les plus riches de 32% et ceux des 0,001% les plus riches de 43% ! Pétition pour l'impôtUne évolution qui s'explique évidemment par la forte progression des revenus du patrimoine sur la période mais aussi par celle des revenus d'activité. Les salaires des 0,01% les plus riches ont ainsi progressé de 51% en huit ans tandis que ceux de 90% des Français progressaient de seulement 4%. « La France semble donc connaître le même type d'évolution des très hauts revenus que celle observée dans les pays anglo-saxons », conclut Camille Landais. Or, les Etats-Unis et le Royaume-Uni semblent aujourd'hui désireux de corriger ces excès. « Des pays comme les Etats-Unis et le Royaume-Uni sont clairement dans une logique d'équité », estime Philippe Durand. Certains contribuables très riches estiment qu'ils ne sont pas suffisamment imposés. A l'automne 2009, de riches allemands ont ainsi lancé une pétition réclamant la réintroduction d'un impôt sur le patrimoine afin d'aider l'Allemagne à renflouer ses caisses. Aux Etats-Unis, le milliardaire Warren Buffet a fait campagne pour Barack Obama en expliquant qu'il n'était pas normal qu'il soit, en proportion, moins imposé que sa secrétaire. Taxe à 80% Fut une époque où les Etats-Unis appliquaient une fiscalité qui serait aujourd'hui jugée confiscatoire. Lorsque Franklin Rossevelt, le père du New Deal, arrive au pouvoir en 1932, le taux marginal d'imposition sur les revenus est de 25%. En trois étapes, il le fait passer à 63% en 1932, 79% en 1936 puis 91% à partir de 1941, un niveau qui sera maintenu jusqu'en 1965, où il est ramené à 77%. Les très hauts revenus américains ont donc été taxés à 80% en moyenne pendant un demi siècle !Un retour à une fiscalité aussi lourde est elle envisageable ? « La fiscalité est évidemment un instrument efficace pour corriger les inégalités mais l'environnement économique a beaucoup évolué depuis la Grande Dépression des années 1930 et la fin de la seconde guerre mondiale», met en garde Philippe Durand. « Les hauts revenus, et surtout les grandes fortunes, ont aujourd'hui la possibilité de se délocaliser très facilement », rappelle-t-il.

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