Prendre le pouvoir au Pays basque
La Tribune
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Les rivalités, quelles qu'elles soient, sont toujours exacerbées et annonciatrices d'excès en tout genre. Entre Biarritz et Bayonne, séparés d'une poignée de kilomètres, la suprématie, ou la défaite, se vit tous les jours, chez le boulanger, chez le voisin. Tout le long de la départementale 260, la BAB (Bayonne-Anglet-Biarritz) comme on dit là-bas. À Aguiléra et à Jean-Dauger, les stades de Biarritz et Bayonne. Lieux de guerre oubliés le temps d'un week-end.Aujourd'hui, le champ de bataille sera déplacé en territoire neutre. Neutre mais basque comme le sont Biarrots et Bayonnais. Ce sera San Sebastian, davantage terre de foot que de jeu à quinze mais qui dispose de ce que les Français n'ont pas : un grand stade. Biarritz accueille aujourd'hui. Les rouges seront plus nombreux que les bleus dans les tribunes. L'esprit malin des dirigeants biarrots y voit une façon pour Biarritz d'être plus basque que Bayonne au c?ur du Pays basque espagnol alors que les Bayonnais répètent à l'envi le contraire depuis des années : « Les Biarrots auraient mieux fait de délocaliser ailleurs, estime Pierre Dospital, ancien pilier de l'Aviron bayonnais. Il faut placer ce match sur la finale du Pays basque, sur une question de suprématie locale. » Il y a trois ans, des supporters bleus ont escaladé le mur du siège du Biarritz Olympique Pays Basque pour y enlever le « y » de pays. Trois lettres, pas mieux. Biarritz Olympique Pas Basque. Pour Bayonne, au moins c'est clair. Depuis, le « y » est l'un des signes de ralliements de l'« aficion » bayonnaise.Cette délocalisation derrière la frontière est une affaire juteuse pour le BO. La recette est estimée entre 500.000 et 600.000 euros pour ce match alors qu'une rencontre normale à Aguiléra en rapporte moins de la moitié. un trône à prendreIl ne faut donc pas prendre les Biarrots pour des enfants de ch?ur ou des canards sauvages. Leur président, Serge Blanco, aurait même refusé de faire une caisse commune. Alors que Bayonne a déjà joué deux fois dans l'enceinte basque, certains supporters de l'Aviron refusent de faire le voyage à Anoeta pour ne pas gonfler les caisses de l'ennemi biarrot car le match retour se tiendra à Bayonne, dans un stade plus petit que celui de San Sebastian. Ambiance ambiance : « Je comprends les gens qui vont à Anoeta et je comprends ceux qui ont décidé de ne pas y aller. Si l'Aviron gagne, on se dépêchera de rentrer avec les supporters qui ont fait le déplacement pour fêter ça à Bayonne », précise le président bayonnais Francis Salagoïty.Cette ranc?ur trouve l'une de ses origines en 1995 lorsqu'une victoire bayonnaise sur son voisin a envoyé le BO en deuxième division. Ennemi éternel même si depuis quelques années, avec le professionnalisme et l'arrivée de joueurs non basques, le derby a perdu un peu de valeur mais pour les joueurs seulement : « À notre époque, c'était le match à ne pas perdre, note Dospital. On pouvait perdre tous les autres mais pas celui-là. Il n'y a pas la prise de conscience et la pression qu'on avait à notre époque. » Même si l'importance est moindre à la fin, le verdict sera implacable, « il y aura le roi du Pays basque qui va sortir », conclut Dospital.
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