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Redresser la compétitivité : impératif !

La Tribune

Publié le 11 octobre 2012 à 21:03 - Mis à jour le 11 octobre 2012 à 21:03

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18 juillet 2026

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Depuis les travaux de la commission Attali en 2010, jamais un rapport commandé par le gouvernement n'aura été autant attendu. Prévue pour le milieu du mois d'octobre, la publication des conclusions de Louis Gallois sur le coût du travail et la compétitivité sera en effet l'un des faits marquants de cette première partie de quinquennat de François Hollande. Le gouvernement reprendra-t-il finalement à son compte les principales projections de ce texte rédigé par un fin connaisseur du monde des entreprises, en particulier de l'industrie?Le commissaire général à l'investissement a en effet déjà eu une longue vie de grand patron, autrefois aux manettes de la Snecma, d'Aérospatiale, de la SNCF et d'EADS... Jusqu'à présent, que ce soit dans le collectif budgétaire de l'été ou dans le projet de loi de Finances 2013, l'exécutif s'est abstenu de prendre des mesures en matière de compétitivité, dans l'attente de ce fameux rapport. Ses recommandations devraient, à n'en pas douter, avoir l'effet d'un électrochoc.Car une chose est sûre : il y a urgence et ce rapport tombe à pic. Certes, la France n'échappe pas aux difficultés structurelles et conjoncturelles qui frappent la zone euro. Mais il y a plus grave. En matière de compétitivité, le pays décroche. Le 5 septembre, le World Economic Forum de Davos a décidé de sortir la France du top 20 des pays les plus compétitifs. Tout un symbole. Nous nous désormais au 21e rang, sur 144. Elle recule de trois places par rapport à 2 011 et de six par rapport à 2010! Notre voisin helvétique reste à la première place. L'Allemagne, notre principal partenaire et concurrent à l'export, se maintient à la sixième place. Plusieurs facteurs expliquent cette « dégradation » qui, on l'espère, n'en appellera pas d'autres... Outre une confiance plus limitée qu'auparavant dans les institutions publiques, les 15 000 décideurs interrogés ont une nouvelle fois pointé les rigidités du marché du travail, rigidités qui empêchent les entrées et les sorties et qui se traduisent par une envolée du chômage. Actuellement de 9,7%, le taux de chômage de la population active atteindrait 11 % en 2013, selon l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).Cette photographie subjective est-elle un tableau fidèle de la réalité? La compétitivité française est-elle si mal en point? Se résume-t-elle au seul coût du travail dont la mesure est complexe, ce qui rend les comparaisons internationales délicates? Évidemment non. Le déficit commercial record de 71 milliards d'euros en 2011, symbole de ce décrochage, a bien d'autres causes.Le coût du travail n'explique pas toutDeux séries d'éléments explicatifs peuvent être avancées : les facteurs extérieurs, sur lesquels la France n'a pas de prise, et les facteurs internes. Pour les premiers, l'OFCE relève que, depuis 2001, « la France a connu une lourde chute de ses parts de marché, principalement pour deux raisons : d'abord la perte de compétitivité-prix des exportations françaises consécutive à l'appréciation du taux de change effectif nominal de la France, c'est-à-dire de la valeur nominale par rapport à un panier de monnaies, comparable à celle observée au début des années 1990, et ensuite, l'engagement d'une politique de réduction drastique des coûts de production par l'Allemagne. Ainsi, engagée depuis 2002 dans une thérapie visant l'amélioration de l'offre par la restriction des revenus et des transferts, l'Allemagne a vu ses coûts salariaux unitaires diminuer en niveau absolu, mais aussi relativement à ses autres partenaires européens, dont la France. Cette politique expliquerait 30% des pertes de parts de marchés françaises enregistrées au cours des deux dernières années ».Les facteurs intérieurs sont, eux, plus nombreux. Publiée en août, une étude de l'institut Bruegel rappelle la corrélation entre la taille et la performance d'une entreprise : plus celle-ci est importante, plus elle peut être structurée et disposer de moyens pour investir dans la R&D, faire de la veille économique, supporter les coûts des prospections sur les marchés étrangers, etc. La France compte 4.600 entreprises de taille intermédiaire dont les effectifs varient entre 250 et 5.000 salariés. En Allemagne, on en recense plus de 10.000.Autres sources de handicap : les retards accumulés par l'économie française dans le domaine de l'innovation. Et cela en dépit de la multiplication des dispositifs publics de soutien et les milliards dépensés (lire aussi page 18). À lui seul, le crédit impôt recherche (CRI) mobilise plus de 4 milliards d'euros d'argent public. Dont profitent de grands groupes mondialisés. Car en raison de leur petite taille, beaucoup de PME peinent encore à conduire une véritable stratégie de R&D.Ce sont ces retards qui expliquent en grande partie les difficultés du made in France à monter en gamme, seule façon d'affronter les produits des pays à bas coûts, à l'instar de l'Allemagne. Conséquence : un commerce extérieur largement déficitaire. Mais, comment monter en gamme, sans une main-d'œuvre de plus en plus hautement qualifiée? Pour cela les dysfonctionnements de notre système de formation professionnelle sont également criants.Trop de salariés sont peu formés et peu qualifiésSur les 35 milliards d'euros dépensés chaque année dans ce domaine, la part dépensée en formation directement par les ménages ne dépasse pas les 4%. Ce chiffre grimpe à 35% en Allemagne! Maintes fois remise en cause, la gestion tripartite de la formation professionnelle est également à revoir, notamment pour permettre une simplification du système. Car se former est un vrai parcours du combattant. Il faut faire un bilan de compétences, élaborer un projet professionnel, dénicher la formation adéquate, repérer un prestataire puis, enfin, l'étape la plus dure, trouver le financement. En Allemagne, chaque demandeur d'emploi dispose d'un chèque formation à dépenser selon son désir. Il peut ainsi faire son marché et faire jouer la concurrence entre les différents prestataires. En France, du fait de la complexité et de l'opacité du système, ce sont les prestataires qui dictent la loi.Conséquence de ces dysfonctionnements : 300.000 offres d'emploi ne trouvent pas preneur. Mais pas seulement. Trop de salariés sont peu formés et peu qualifiés. Ils coûtent cher aux entreprises, même peu payés. Les gouvernements successifs ont donc mis en place des allégements de charges pour réduire leur coût pour les entreprises. Même si ce coût est, aujourd'hui, inférieur à celui observé en Allemagne, comme le révèle une récente étude du Trésor. Mais ces allégements, il faut les financer d'une façon ou d'une autre : si on ne réduit pas les dépenses, il faut bien augmenter les recettes (impôts, taxes, cotisations, etc.), ce qui, au bout du compte, pèse sur la compétitivité-prix globale des produits français.Au-delà des recommandations de Louis Gallois, l'État pourra- t-il, à lui seul, déclencher ce choc de compétitivité? Impossible. Les gouvernements successifs ont loué l'efficacité des écosystèmes allemands reposant sur la solidarité entre les Länder, les entreprises et les banques régionales.« la chasse en meute » et la solidarité...L'État fédéral allemand est-il obligé d'imposer à tous ces acteurs de jouer collectif? Rarement. En revanche, c'est trop fréquent en France. Pendant que les ministres du Commerce extérieur pressent les grands groupes français d'emmener leurs fournisseurs tricolores dans leurs bagages à l'étranger pour chasser « en meute », les entreprises allemandes le font couramment.Cela explique, en partie, l'excédent commercial de nos voisins : 158 milliards en 2011. Idem pour les délais de paiement. Avec la dégradation de la conjoncture, ceux-ci s'allongent au-delà de la limite maximale des 60 jours, au détriment des fournisseurs qui voient leur trésorerie s'assécher. D'où des frais financiers à la hausse et des pertes de temps à négocier avec les banquiers. Et quand c'est en pure perte...« Les PME sont encore considérées comme des sous-traitants alors que ce sont elles qui apportent la plupart des technologies de rupture », regrette André Choulika, le président de France Biotech, l'association qui défend le développement de l'industrie des biotechnologies et des sciences de la vie. Pour combattre cette absence de solidarité, l'exécutif multiplie les médiations, notamment dans le domaine du crédit et des relations interindustrielles. Selon nos informations, lors de la présentation prochaine de son plan PME, Arnaud Montebourg annoncera la nomination d'un médiateur des marchés publics. Selon l'institut COE Rexecode, cette capacité « à travailler ensemble » doit être améliorée, notamment pour « permettre des négociations décentralisées sur les salaires, la durée du travail et l'emploi au sein des entreprises ». Les partenaires sociaux auront donc largement leur mot à dire. Et dans ce contexte particulièrement pénalisant, les changements seront d'autant plus difficiles que la France ne peut pas compter sur une amélioration de la conjoncture européenne et mondiale.La France attire les investissements étrangersHeureusement, le tableau n'est pas totalement noir. Comme le souligne le World Economic Forum, ce n'est pas par hasard que l'Hexagone reste une terre d'accueil privilégiée des investissements directs étrangers (IDE) : la qualité de ses infrastructures, de sa main-d'œuvre et l'excellence de son système de santé sont reconnues. Reste qu'il faudra mettre en place les outils et les réformes qui permettent aux entreprises françaises, en particulier industrielles, d'affronter les concurrents étrangers avec de solides arguments, et pas seulement sur les prix.D'ici la fin de l'année, les négociations en cours des partenaires sociaux, dans le cadre de la Grande conférence sociale, pourraient déboucher sur une « flexi-sécurité » à la française du marché du travail. Nombre d'experts en attendent beaucoup pour la compétitivité des entreprises. De même, toujours avant la fin de l'année, le gouvernement présentera le « paquet compétitivité » qui devrait comporter, notamment, une modulation du taux de l'impôt sur les sociétés.Un premier vrai bol d'air apporté aux PME. Mais, le gouvernement ira-t-il beaucoup plus loin? Certaines des mesures préconisées par Louis Gallois pourraient bien, en effet, s'avérer très impopulaires.En juillet dernier, l'ex-patron d'EADS avait plaidé pour une hausse brutale de la CSG et/ou de la TVA pour dégager 30 à 40 milliards d'euros afin de financer par la solidarité la politique familiale, tout en allégeant les cotisations sociales patronales... À la fin de l'année, le Haut conseil du financement de la protection sociale - qui prendra en considération le rapport Gallois -, livrera ses scénarios de réforme au gouvernement. Celui-ci n'aura plus qu'à trancher. Mais sans attendre de récolter les fruits des efforts déjà engagés dans le domaine de l'innovation. Là, ce ne sera que la cerise sur le gâteau.

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