Pourquoi les autorités chinoises s'attaquent plus fermement à la corruption

 |   |  972  mots
 Le gouvernement vient de rendre public un certain nombre de mesures nouvelles de lutte contre la corruption, dont la presse s\'est fait largement l\'écho. Ainsi, l\'administration d\'Etat de la radio, du cinéma et de la télévision (SARFT), vient-elle d\'enjoindre aux dirigeants des radios et télévisions de s\'associer aux efforts de Xi Jinping et de bannir l\'exposition ostentatoire du pouvoir et des privilèges. Un communiqué publié sur le site Internet de cette administration explique notamment que « certaines radios et télévisions ont diffusé des messages publicitaires incitant à la pratique des cadeaux avec des slogans comme « un cadeau pour les leaders » ou « rendez hommage à vos supérieurs ».Ces messages concernaient des montres de grandes marques, des timbres de prix ou des pièces de monnaies et médailles rares, en or et en argent. « Ces publicités transmettent un système de valeur incorrect et peuvent créer une atmosphère sociale nuisible » affirme la SARFT qui a donc demandé aux radios et télévisons de cesser de diffuser ces publicités. Certes, rien n\'est très précis encore sur le type de messages explicitement visé, mais cela donne une idée de la façon dont les autorités chinoises veulent publiciser, auprès de l\'opinion, la détermination qu\'elles affichent en matière de lutte contre la corruption, même si en mettant l\'accent sur la pratique des cadeaux, elles touchent un point sensible en Chine où faire des cadeaux est partie intégrante d\'une relation d\'affaires solide. La télévision diffuse même des programmes entiers pour guider les téléspectateurs dans l\'art difficile de faire le cadeau le plus approprié à son patron, des sites Internet rendent le même service. Il ne sera donc pas aisé de faire disparaître rapidement cette pratique.Les produits de luxe particulièrement visésCette initiative des autorités s\'ajoute à une série d\'autres, parmi lesquelles il faut retenir la nouvelle réglementation édictée en juin 2012 interdisant de façon très explicite aux services gouvernementaux d\'acheter des produits de luxe ; et la publication en décembre 2012 par la Commission militaire centrale de 10 règles éthiques prohibant notamment les banquets luxueux et la consommation d\'alcool. Ces différentes mesures ajoutées au ralentissement du taux de croissance de l\'économie ont d\'ailleurs provoqué un net ralentissement des achats de produits de luxe. Les alcools, le tabac et les montres constituent plus de 70% des cadeaux échangés entre relations d\'affaires. Sur le long terme, le marché des produits de luxe entre dans une phase de stabilisation, qui pourrait durer environ deux ans.Lutter contre la corruption pour stimuler l\'activité économiqueQuel objectif poursuit le gouvernement ? Pour en avoir discuté ces jours-ci avec mes interlocuteurs chinois, le but recherché est celui de l\'efficacité économique. Xi Jinping veut faire de la lutte contre la corruption un stimulus de l\'activité. La corruption entraîne une augmentation sensible du coût de transaction, pour reprendre une formule chère aux économistes. Ces vingt dernières années, ce sont les « Marchands » qui se sont enrichis en Chine, et les « Administrateurs » (autrement dit les Mandarins de la Chine impériale) n\'ont pas voulu être rejetés au second plan et ont donc imposé leur participation au partage de la richesse. Mais aujourd\'hui, cette élévation du coût de transaction risque de décourager les entrepreneurs privés.Certains d\'entre eux choisissent d\'ailleurs de vendre leurs entreprises et de s\'installer à l\'étranger, notamment aux Etats-Unis et au Canada. Si ceux qui partent obéissaient à une stricte rationalité économique, ils ne partiraient jamais, compte tenu du potentiel de développement de la Chine dans les années qui viennent. S\'ils partent, c\'est qu\'ils estiment que le coût de continuer à travailler et à vivre en Chine risque de devenir trop élevé, et cela concerne aussi bien la corruption que la pollution ou la sécurité alimentaire.Les  normes anti-pollution se durcissentEn mettant en avant la lutte contre la corruption, et de façon aussi massive, les autorités chinoises veulent lancer un message aux entrepreneurs privés afin qu\'ils continuent de faire prospérer leurs affaires à partir du territoire chinois, dans des conditions meilleures, et mieux protégés contre les « Administrateurs ».Un autre exemple de cette volonté d\'améliorer « l\'attractivité » de la Chine pour ceux qui estimeraient que la vie est plus agréable ailleurs, est l\'attitude des autorités en matière de lutte contre la pollution de l\'air. Cela faisait longtemps que le Ministère de la protection de l\'environnement peinait à imposer aux compagnies pétrolières d\'Etat de nouvelles normes en matière de carburants. Or, le 6 février, le gouvernement a indiqué que les nouveaux standards (notamment sur le contenu en soufre du diesel et de l\'essence) seraient obligatoires d\'ici la fin 2014 et que d\'ici 2017, une nouvelle réglementation, imposant un taux de soufre extrêmement bas, entrerait en application. Ce n\'est pas rien.Le secteur pétrolier d\'Etat n\'avait de cesse que de mettre en avant le coût trop élevé de ces nouvelles normes pour en reculer la mise en œuvre. Il a donc été mis en demeure de les mettre en œuvre. C\'est le signe que le gouvernement semble décidé à imposer davantage ses vues aux grandes entreprises d\'Etat, une attitude en ligne avec ce que l\'on avait pu entendre dans les coulisses du XVIIIème congrès, en novembre 2012.>> Retrouvez tous les articles bu blog la Chine et la Transformation du Monde

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :