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Nucléaire à l'arrêt et yen faible, le cocktail explosif du Japon

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Publié le 12 mai 2013 à 21:03 - Mis à jour le 12 mai 2013 à 21:03

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On pouvait s\'y attendre. Tokyo a annoncé vendredi une réduction de 4,3 % en rythme annuel de son excédent courant en mars en raison de la hausse du montant de sa facture énergétique. Ainsi le Japon commence-t-il à payer les effets du ralentissement de l\'économie mondiale et de sa politique monétaire accomodante. Ce alors que le pays n\'a pas de marge de manoeuvre pour faire baisser sa facture énergétique sinon celle de redémarrer ses centrales nucléaires à l\'arrêt depuis la catastrophe de Fukushima.Le yen faible coûte cherEn ordonnant l\'arrêt pour maintenance des 50 réacteurs nucléaires encore en état de fonctionner dans le pays après la catastrophe de Fukushima, Tokyo a en effet ouvert une Boîte de Pandore. Aujourd\'hui, seuls deux réacteurs ont été autorisés à fonctionner à nouveau et les électriciens japonais ont été contraints de faire tourner leurs centrales thermiques à plein régime pour compenser la baisse de la production d\'électricité. Faisant exploser les importations d\'hydrocarbures.En attendant, le Japon tente de consommer moins. Le pays a importé un peu moins de pétrole et de gaz naturel liquéfié en mars 2013 qu\'à la même période l\'an dernier. Mais la dépréciation du yen causée par la politique ultra-accomodante poursuivie depuis quelques semaines par la Bank of Japan (BoJ) sous l\'impulsion du Premier ministre nippon Shinzo Abe est venue accélérer l\'augmentation de la facture. Depuis novembre, le yen s\'est déprécié de 25 % par rapport au dollar et a passé la barre symbolique des 100 yens pour un dollar. Son plus bas depuis quatre ans.Les exportations ne repartent pasLe problème, c\'est que dans le même temps, la baisse de la valeur du yen n\'a pas suffit à doper les exportations de l\'archipel. Elles ont presque stagné en mars en ne progressant que de 0,3 %. Le gain de compétitivité offert par un yen déprécié a permis de les faire progresser à destination des États-Unis, dont l\'économie est elle aussi inondé par un afflux massif de liquidités en provenance de la Fed, la banque centrale américaine. Mais le ralentissement en Chine et en Europe est venu plomber les effets de la politique monétaire de la BoJ.Au final, la balance commerciale du Japon, historiquement habitué aux excédents commerciaux, a enregistré un déficit de 219,9 milliards de yens (1,7 milliards d\'euros). Elle était quasiment à l\'équilibre l\'an dernier à la même période. Sans reprise en Europe, accusée par les États-Unis de plomber l\'économie mondiale en raison des politiques de consolidation budgétaire considérées comme excessives, les effets du yen faible sur les exportations risquent d\'être minimisés, même si la BoJ compte sur un redémarrage de la Chine dans les mois à venir. La fonte de l\'excédent courant est inquiétante pour le financement de la dette publiqueCertes, les comptes courants restent dans le vert grâce au solde toujours largement positif du compte des revenus, qui reflète les rendements des investissements japonais à l\'étranger. L\'anticipation d\'un afflux de liquidités provoqué par la BoJ a notamment favorisé l\'appétit des investisseurs japonais à l\'étranger. Le solde du compte des revenus a d\'ailleurs fortement progressé en mars.Mais la fonte continue de l\'excédent courant depuis plusieurs années et qui s\'accélère avec l\'affaiblissement du yen sur le marché des changes a de quoi inquiéter. La balance des transactions courantes est en effet un indicateur très fiable pour mesurer la bonne santé d\'une économie par rapport au reste du monde. Pour l\'heure, le Japon est toujours épargnant net, ce qui lui permet de financer sa dette publique sans risque. La dette publique japonaise est d\'ailleurs détenue à 93% par des résidents. Mais avec la réduction continue de ce bas de laine accélérée par la politique inflationniste menée par la BoJ, le Japon pourrait perdre rapidement ce statut de privilégié. Faisant peser un risque nouveau sur le financement de sa dette publique abyssale qui, en représentant 230% du PIB japonais, est la plus élevée au monde. D\'autant plus que celle-ci devrait progresser de manière importante avec la mise en place d\'un plan de relance par la commande publique sans précédent.Le Japon attend son cercle vertueuxPour se sortir de ce mauvais pas, la BoJ disait fin avril espérer \"l\'enclenchement d\'un cercle vertueux entre la production, les revenus et les dépenses, porté par les commandes publiques et les exportations\". Autrement dit, selon elle, l\'effet des commandes publiques record que va passer Tokyo devrait être amplifié par l\'inflation censée faire fondre l\'épargne et favoriser la consommation en berne depuis des années.La BoJ voit par ailleurs dans le renchérissement des produits importés un moyen de favoriser l\'achat de produits japonais par les résidents et de favoriser in fine la production locale. Elle compte aussi sur un improbable rebond de la demande chinoise pour favoriser ses exportations. Or la croissance chinoise a plutôt tendance à se tasser. Reste la question du ralentissement en Europe. Peut-être le ministre des Finances japonais se ralliera-t-il à l\'opinion des États-Unis, pour qui la consolidation budgétaire qui a cours en zone euro pénalise la reprise mondiale, lors du G7 des Finances ce week end au Royaume-Uni.Ce qui est sûr, c\'est que la question de la balance commerciale est cruciale pour l\'avenir du financement de la dette publique japonaise et sur ce plan, la reprise du nucléaire ne suffira pas. Car le mouvement de fonte de l\'excédent courant avait déjà court avant la politique inflationniste de la BoJ et l\'arrêt des réacteurs nucléaires. En 2012, le solde excédentaire des transactions courantes représentait 1,5% du PIB nippon, contre 4% en 2008. En favorisant la baisse du yen dans un contexte de ralentissement généralisé, le Japon, bien que renouant avec la croissance, joue avec le feu.LIRE AUSSI Le Japon prépare une révolution culturelle de son modèle économique

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