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Qui peut bien vouloir racheter une banque grecque ?

La Tribune

Publié le 12 août 2012 à 21:02 - Mis à jour le 12 août 2012 à 21:02

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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"Le bon sens a de l’avenir", dit le slogan du groupe Crédit Agricole. Et là, le bon sens consistait à arrêter les frais. Sa filiale grecque Emporiki sera donc vendue. Mais qui peut bien en vouloir ?Un déficit collecte / crédit encore important"Quel que soit l’acheteur, il ne voudra payer qu’un montant très limité pour une banque fraîchement recapitalisée, mais qui comprend toujours beaucoup de risques", explique Benoît Petrarque, analyste chez Kepler Capital Markets, à Bloomberg.Même si Emporiki a vu ses encours de crédits diminuer et ses dépôts augmenter ces derniers mois, le "déficit collecte / crédit" est encore significatif : en 2011, les crédits nets ont représenté 19 milliards d’euros contre 11,6 milliards d’euros de dépôts. Et les crédits douteux représentent 33% de l’encours de crédit brut d’Emporiki Bank, soit 7,3 milliards d’euros.Après un résultat net part du groupe négatif de 1,2 milliard d’euros en 2010, le groupe Emporiki a accusé une perte de 1.7 milliard d’euros en 2011. Au premier trimestre 2012, Emporiki Bank affichait une perte de résultat de 905 millions d’euros et un produit net bancaire en baisse de 15,6% sur un an.La filiale grecque compte par ailleurs 1,3 million de clients, 4100 employés et 337 points de vente à fin 2011, selon le document de référence de la banque verte.Trois candidats à l’achatTrois repreneurs sont pourtant sur les rangs. Et les candidats à l’achat sont… les trois plus grandes banques grecques : Eurobank, National Bank of Greece et Alphabank. Pas parce qu’elles en ont les moyens, mais parce que le Fonds hellénique de stabilité financière (FHSF) les y aidera. Sauf que ce fonds serait quasiment à sec depuis qu’il a servi à recapitaliser quatre banques grecques à hauteur de 18 milliards d’euros, et parmi elles les trois banques citées. Le processus de vente d’Emporiki devrait donc attendre le renflouement du FHSF par le Fonds européen de stabilité financière (FESF)."Ces offres sont en cours d’analyse par Crédit Agricole S.A. et aucune décision stratégique n’a été arrêtée à ce jour. Ces offres sont également sous réserve des autorisations réglementaires habituelles, de l'accord du FHSF et de la revue de la Commission européenne au titre des aides d'Etat", précise Crédit Agricole dans un communiqué."Une des plus importantes privatisations jamais réalisées"Si Crédit Agricole se déleste de cette filiale, il ne dansera pas pour autant le sirtaki… Car cette sortie de la Grèce a un coût.Emporiki constituait l’une des premières acquisitions de la banque verte à l’étranger et "l’une des plus grandes et des plus importantes privatisations jamais réalisée dans notre pays", avait déclaré le ministre grec des Finances de l’époque, Georges Alogoskoufis.En 2006, bien que seul candidat à l’achat, Crédit Agricole avait même relevé son offre d’achat de 23,50 euros à 25 euros par action à la demande du ministre des Finances pour rafler la mise, ce qui valorisait Emporiki à 3,3 milliards d’euros.Au final, Emporiki aura coûté au Crédit Agricole plus de dix milliards d'euros depuis 2006, en comptant le coût d'acquisition, les pertes comptables et les augmentations de capital.Recapitaliser Emporiki avant de la céderEt ce n’est pas fini : avant de livrer Emporiki en pâture aux banquiers grecs, Crédit Agricole devra recapitaliser sa filiale. Ce, à hauteur de 3 milliards d’euros environ selon le Figaro (2,5 milliards d’euros réclamés par le Trésor grec au titre de la recapitalisation, auxquels s’ajoutent 600 millions d’euros d’exposition en capital de la banque verte). Sans quoi le FHSF mettra son veto à la cession : "le Fonds hellénique de stabilité financière a décidé quatre critères d’éligibilité pour que la vente soit menée, notamment qu’Emporiki soit recapitalisée et entièrement financée", déclarait le 3 août une source proche du dossier à Reuters. En janvier dernier, Crédit Agricole a encore injecté 2 milliards d’euros dans sa filiale grecque, et était exposé à hauteur de 1,3 milliard d’euros en capital à Emporiki Bank après cette augmentation de capital. A fin mars 2012, cette exposition est passée à 600 millions d’euros. Le financement apporté par Crédit Agricole SA à sa filiale a diminué, mais il atteint encore 4,6 milliards fin mars 2012, contre 7,8 milliards d’euros fin septembre 2011 et 5,5 milliards d’euros fin décembre.Le dépôt de trois offres fermes pour le rachat d’Emporiki a été timidement accueillie par les marchés : le titre clôturait ce jeudi en hausse de 0,71%, le CAC en hausse de 0,54%.Le plus tôt sera le mieuxLe calendrier de la cession n’a pas été précisé par la banque, mais le plus tôt sera le mieux, dans un contexte où la sortie de la Grèce de la zone euro n’est toujours pas écartée. Pour le Crédit Agricole, se délester de sa filiale pendant une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro aurait en effet des conséquences financières bien plus importantes que dans les conditions actuelles. L’agence de notation Standard & Poor’s a abaissé ce mercredi 8 août la perspective de la note de la dette grecque à "négative" et estimé que le gouvernement grec "aura du mal à faire de nouvelles économies" et à remplir les conditions posées au déblocage d’une nouvelle aide. Il revient aujourd’hui aux experts de la troïka (FMI, Union européenne et BCE) la tâche d’examiner le programme économique du nouveau gouvernement. Sachant que leur rapport, attendu mi-septembre, déterminera l’octroi ou non à la Grèce de la prochaine tranche de prêt de 31,5 milliards d’euros prévue dans le deuxième plan d’aide.Dans un entretien au quotidien grec Ethnos dimanche 5 août, le ministre des Finances Yannis Stournaras déclarait que "les prochaines semaines seraient cruciales pour la survie du pays, car des choix différents de ceux que la logique impose pourraient nous conduire à un efaillite et à sortir de la zone euro".Les dates clés d’Emporiki Bank2006 : Acquisition d’Emporiki Bank.2009 : Présentation du plan de restructuration et de développement d’Emporiki.Juillet 2011 : Crédit Agricole SA annonce le succès de l’offre publique de rachat des actions d’Emporiki Bank qui porte sur les titres non directement détenus par Crédit Agricole SA ou par Sacam International, soit environ 4 % du capital social.Septembre 2011 : Emporiki Bank annonce le retrait de ses actions de la cote de la Bourse d’Athènes.Janvier 2012 : Afin de permettre à sa filiale Emporiki Bank de respecter les ratios réglementaires en fin d’année, Crédit Agricole SA a réalisé une avance complémentaire de 1,6 milliard d’euros, portant le montant de son avance à 2 milliards d’euros, convertis en augmentation de capital le 24 janvier 2012.14 juin 2012 : Emporiki Bank of Greece annonce le transfert de ses participations dans Emporiki Bank en Roumanie, Bulgarie et Albanie à Crédit Agricole SA.9 août 2012 : Crédit Agricole SA indique avoir reçu des offres fermes de la part de plusieurs acteurs bancaires grecs portant sur l’acquisition de la totalité du capital d’Emporiki Bank of Greece SA.

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