Le Nobel d'économie 2009 choisit l'homme contre le marché

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Peut-on organiser une communauté humaine autrement qu'avec un marché ? C'est le dilemme des économistes contemporains, après la faillite spectaculaire de Lehman Brothers et la panique bancaire qui l'a suivie, à l'automne 2008 et au début 2009. Faillite qui était jugée hautement improbable par tous les économistes, dirigeants d'entreprises et banquiers, en vertu de l'inaltérable efficacité des marchés. Le jury du prix Nobel d'économie a fourni hier un début de réponse à cette question imposée par la crise, en récompensant Elinor Ostrom, une Américaine de 76 ans qui enseigne à l'université d'Indiana, et Oliver Williamson. Oui, une société peut se réguler autrement que par l'échange marchand, explique Ostrom dans ses travaux, car les individus peuvent être motivés par la protection du bien commun, et non pas seulement par le gain ou la crainte de la sanction. Théorie fondée sur l'observation d'associations d'usagers qui gèrent des ressources rares comme les poissons des lacs. Quant à Williamson, enseignant à Berkeley, en Californie, il a travaillé lui aussi sur des institutions non marchandes, celles de la gouvernance des entreprises en particulier, en montrant qu'elles pouvaient être plus efficaces que le marché où subsistent conflits, désaccords et « asymétries ».propriété mal géréeDe façon tout à fait symptomatique, Elinor Ostrom n'est pas une économiste, mais une diplômée de sciences politiques. Un aveu que l'économie, pour trouver une nouvelle légitimité, doit emprunter au moins autant aux autres sciences humaines qu'aux mathématiques? Le Comité Nobel, pour justifier son choix, a expliqué que les deux lauréats « veulent comprendre des organisations qui ne sont pas des marchés » et montrent comment « ces institutions résolvent des conflits ». À propos d'Ostrom, le Comité dit encore qu'elle a remis en cause « l'idée classique selon laquelle la propriété commune est mal gérée et doit être prise en main par les autorités publiques ou le march頻.Ces contributions sont récompensées alors que la gestion des biens communs mondiaux (climat, ressources rares, océans) est devenue une question politique essentielle. Le sommet de Copenhague, qui se déroulera en décembre prochain, réunira ainsi la communauté mondiale sur les enjeux climatiques, pour prolonger les engagements pris à Kyoto en 1997. Jusqu'ici, la régulation de ces biens communs emprunte à la fois au marché ? les crédits carbone, avec la Bourse ETS ? et à l'intervention publique. Ces travaux brutalement mis en lumière permettront peut-être d'élargir le champ de la pensée et celui de l'action. n

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