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Le prix Nobel, symbole

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Publié le 12 octobre 2009 à 23:36 - Mis à jour le 12 octobre 2009 à 23:36

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Le prix Nobel d'économie ne doit rien à l'industriel Alfred Nobel, qui avait oublié cette discipline dans le panthéon de l'intelligence qu'il prétendait constituer. C'est la Banque de Suède qui a comblé cette lacune en 1968, en créant, pour son 300e anniversaire, un prix d'économie géré par la Fondation Nobel, qu'elle a doté de 10 millions de couronnes suédoises (un peu moins de 1 million d'euros). Une centaine de personnalités sont retenues dans la compétition chaque année. Le lauréat ? ou les lauréats, puisque trois personnes peuvent se partager le prix ? doivent avoir apporté une contribution scientifique et intellectuelle décisive, et être vivants au moment de l'attribution.Contrairement aux autres prix Nobel, cette distinction est très controversée ? tout comme l'économie elle-même ? parce que l'idéologie et le « zeitgeist », l'esprit des temps, y jouent un rôle prépondérant. Il serait donc vain de chercher une quelconque cohérence dans l'histoire des quarante ans de Nobel d'économie. Il arrive même que le comité prestigieux couronne simultanément des travaux parfaitement contradictoires. Ainsi, en 1974, les deux Nobel concomitants Friedrich von Hayek et Gunnar Myrdal se détestent, l'un étant la figure de l'école libérale de Vienne, anti-keynésienne, l'autre revendiquant au contraire l'héritage de l'économiste britannique.Dans les années 1970 et 1980, le Nobel récompense plutôt des théoriciens libéraux car c'est l'humeur qui prévaut dans la société et chez les académiques. À commencer par l'autrichien Hayek, mais aussi et surtout l'américain Milton Friedman, distingué en 1976. Friedman, père du monétarisme, avait écrit son ouvrage majeur « Capitalisme et Libert頻, en 1962, pour promouvoir le libéralisme économique et critiquer l'État providence. Il est également l'un des modernisateurs de la théorie quantitative de la monnaie, qui sert toujours de fondement à l'action des banques centrales. Friedman restera une trentaine d'années à l'université de Chicago, qui sera sous son influence le phare de la pensée économique mondiale. Ses théories serviront de matrice intellectuelle à l'action de chefs d'états éminents comme Ronald Reagan, élu président des États-Unis en novembre 1980, de Premier ministre comme Margaret Thatcher au Royaume-Uni (mai 1979) ou Brian Mulroney (septembre 1984), au Canada. Les « Chicago boys » ont également conseillé le général Pinochet pour faire de la dictature chilienne le laboratoire de leurs théories économiques. Plusieurs Nobel d'économie proviendront de l'école monétariste de Chicago : George Stiegler (en 1982), Gary Becker (en 1992), Robert Lucas (en 1995). Le cycle libéral des Nobel s'achève en 1997, avec la nomination de deux experts de mathématiques financières, Merton et Scholes. Ce dernier sera le conseiller du hedge fund LTCM, qui fera une faillite retentissante en 1998, après la crise des marchés émergents.L'année d'après, le jury opère un virage sur l'aile, instruit par la première crise financière moderne : il couronne Amartya Sen, un indien inconnu qui travaille sur l'économie du bien-être. Une sorte de mea culpa après avoir encensé les deux illusionnistes de LTCM. Après le krach de 2000, un nouveau gage est donné aux antilibéraux, avec la récompense attribuée à Joseph Stieglitz, l'un des rares économistes plus appréciés en France qu'aux États-Unis, grâce à ses harangues contre le capitalisme mondialisé. En 2008, juste après la faillite de Lehman Brothers, c'est Paul Krugman qui recevra la distinction suprême, officiellement pour ses travaux sur le commerce international, en réalité parce qu'il avait été l'un des premiers à pointer le retour de l'« économie de la dépression », après le krach asiatique qui annonçait la crise de 2008-2009.François Lenglet

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