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Pourquoi les économistes se trompent ?

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Publié le 12 octobre 2009 à 23:36 - Mis à jour le 12 octobre 2009 à 23:36

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L'un aide les entreprises à prendre des décisions concrètes, l'autre est une économiste de terrain, qui a travaillé du Népal aux banlieues de Los Angeles : les deux lauréats du prix Nobel d'économie 2009 sont des pragmatiques. Une revanche sur les théoriciens, voire les idéologues, qui ont tenté ces dernières années d'imposer leurs vues au reste de la société, en particulier leur croyance dans un marché aux mécanismes infaillibles. Paul Krugman, Prix Nobel de l'économie en 2008, doit s'en réjouir. Dans un long article paru le 6 septembre dans le supplément dominical du « New York Times », il fustige l'angélisme de nombre d'économistes et se demande comment ils ont pu se fourvoyer à ce point.À l'évidence, pour les économistes comme pour les autres, il est difficile de s'extraire totalement de l'environnement dans lequel ils évoluent. « Lors de la sortie de la crise de 1929, le marché s'était de nouveau vu paré à l'époque de toutes les vertus, l'efficience en premier lieu », explique Paul Krugman. Reflet de la confrontation de l'offre et de la demande, les prix ne pouvaient qu'être justes et les bulles spéculatives des chimères. D'autant que l'être humain était lui aussi considéré comme fondamentalement intelligent et rationnel. Ces concepts ? efficience des marchés et rationalité des agents économiques ? ont certes été remis régulièrement en cause depuis les années 1930, à la faveur des crises qui ont émaillé l'histoire économique mondiale. Mais qu'on les appelle néoclassiques, monétaristes ou autrement, les tenants de ces théories réapparaissent à chaque reprise de l'activité. Pourquoi ? « Parce que ces théories ne manquent pas de charme », répond Paul Krugman. « Séduisantes, elles laissent penser que les hommes, dernièrement les mathématiciens, qui justifient leurs concepts par de savants calculs sont particulièrement brillants », poursuit-il. Et surtout, ces théories sont lucratives. De fait, si les marchés ont toujours raison concernant le prix des actifs, « la seule action que doivent mener les capitaines d'industrie, pour leur bien comme celui de l'ensemble de l'économie, c'est d'en doper les cours ». Lucratives également parce que les forts en maths ont vite compris qu'ils pouvaient faire une carrière autrement mieux rémunérée à Wall Street qu'à l'université? Bref, ces théories ont l'avantage d'en satisfaire plus d'un. Les autres, comme Robert Shiller, auteur du livre « les Esprits animaux », qui prêchaient dans le désert avant la crise lorsqu'ils avançaient que le monde, pour le moins imparfait, était surtout mû par des forces complexes comme l'irrationalité des hommes, « se voyaient même répondre par les promoteurs de la grandeur des marchés que la source du chômage était liée à l'absence d'incitation, voire à des individus qui ne voulaient pas travailler ! », s'étrangle Paul Krugman. Mais maintenant que Milton Friedman est déboulonné et John Maynard Keynes réhabilité, combien de temps va durer la nouvelle mode de la « finance comportementale » ? La reprise économique ne va-t-elle pas marginaliser à nouveau les esprits critiques ? Lysiane J. Baudu

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