Le débat sur le coût du travail monte en puissance dans la zone euro

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L'ajustement de l'emploi pendant la crise ayant été insuffisant par rapport à la chute de l'activité, un ajustement sur les salaires est-il envisageable en France et en Europe. Une chose est sûre, le débat sur le coût du travail dans la zone euro existe, comme en témoignent l'exemple irlandais, où le gouvernement a décidé d'abaisser le salaire minimum, et le cas français où le traitement des fonctionnaires est gelé pour 2010 et un coup de pouce au Smic au 1er janvier est écarté (lire ci-dessus). Dès son arrivée au ministère de l'Industrie, Éric Besson s'est emparé de cette question, initiant une concertation « sur le différentiel de coût du travail dans l'industrie entre la France et l'Allemagne », en lien avec le ministère et les partenaires sociaux. Ils livreront leurs conclusions « dans les prochains mois ». Les chiffres fournis récemment par COE-Rexecode alimentent le débat. Augmenter le taux d'emploiSelon l'institut, le coût horaire de la main-d'oeuvre a crû d'environ 30 % en France entre 2000 et 2008, tiré en partie par les hausses du Smic liées à l'harmonisation des rémunérations minimales. Il n'a progressé que de 15 % outre-Rhin, marqué en partie par la politique de modération salariale mise en place pour remédier aux pertes de compétitivité post-réunification. Engagées par le gouvernement Schröder, les lois Harz encadrant le marché du travail ont permis de faire baisser le coût du travail et d'augmenter le taux d'emploi. Si l'on compare la France à d'autres pays, le tableau se précise : les coûts progressent plus rapidement en Espagne ou aux Pays-Bas, mais légèrement moins vite en Italie. Selon la dernière enquête d'Eurostat actualisée par COE-Rexecode, à 33,2 euros fin 2009, le coût horaire de la main-d'oeuvre française est désormais supérieur au coût allemand (30,6 euros) pour l'ensemble de l'économie. Les coûts étaient à peu près équivalents il y a dix ans. La moyenne de la zone euro est, elle, de 28,2 euros. En revanche, dans le seul champ de l'industrie manufacturière, le coût du travail reste légèrement supérieur en Allemagne, à 35 euros par heure, contre 33,8 euros en France (et 29,9 euros en moyenne dans la zone euro). Les économistes justifient cette montée du débat. « Comme elles ne peuvent utiliser l'arme du taux de change pour gagner des points de compétitivité, les économies de la zone euro ont peu de leviers à leur disposition. La modération salariale en fait partie », explique Clemente de Lucia, chez BNP Paribas. Cette réduction du coût du travail ne permettra pas aux pays de la zone euro de concurrencer les émergents. Il faudra énormément de temps avant que les hausses de salaires déjà constatées en Chine par exemple rognent la compétitivité prix de ses produits. En revanche, cette baisse des coûts salariaux peut permettre d'être un peu plus compétitifs au sein même de la zone euro. Faut-il voir dans cette tendance une absence de coopération économique entre ses membres ? Michel Didier, chez COE-Rexecode, écarte cette hypothèse. « La stagnation ou la baisse des salaires dans le privé en Europe ne sont pas le fruit d'une volonté politique de battre le petit voisin. Cet ajustement se déroule au niveau micro-économique. Dans certains pays, les entreprises n'ont que ce moyen pour tenter de survivre », explique-t-il. Fabien Piliu

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