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Le roman de 2012 : octobre gris pour DSK

La Tribune

Publié le 13 janvier 2011 à 22:24 - Mis à jour le 13 janvier 2011 à 22:24

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Dimanche 9 octobre 2011. Dominique Strauss-Kahn leva la tête. Le ciel de Paris s'assombrissait et il n'était même pas midi. « On dirait la fin du monde », se dit l'ancien directeur général du FMI, avant de s'abriter sous les arcades de la place des Vosges. Il tenait à la main « Le Journal du dimanche ». La une était barrée d'un titre unique - « Primary Colors » - avec une mosaïque de photos des prétendants à l'investiture socialiste. Un clin d'oeil au champion venu d'Amérique. Mais DSK trouvait le trait un peu épais, le coup de pouce un peu voyant.Partout en France, des bureaux de vote avaient éclos à 8 heures et, selon les décomptes nerveusement fournis par Jean-Christophe Cambadélis, la participation était importante pour ce premier tour des primaires. Ce qui ne veut strictement rien dire, pesta l'ancien ministre de Lionel Jospin, en époussetant sa veste. Le candidat malheureux de 2002 l'avait appelé le matin même et DSK n'en avait pas été revigoré pour autant. Il y avait même vu le premier présage funeste d'une longue journée.Dans la foulée, il avait renversé du café sur son iPad et avait loupé une marche dans l'escalier. Il était donc sorti à pas de loup, et s'apprêtait à regagner son appartement avant que le déluge en formation ne crève les nuages. Quand il franchit la porte, toujours prudemment, Anne Sinclair lui tendit le téléphone : « C'est Martine... »Même jour mais un peu plus tard. À Boulogne. Ségolène Royal chantonnait un air de Julien Clerc en disposant des roses rouges dans un vase. Elle piqua quelques anémones dans le bouquet éclatant. Son téléphone portable vibrait sans discontinuer sur la console de l'entrée mais la présidente de Poitou-Charentes s'accordait encore quelques minutes de pause avant de « plonger dans le chaudron ». Après tout, cela faisait plus de quatre ans qu'elle attendait ce moment. Elle n'était plus si pressée. D'énormes gouttes de pluie s'écrasaient sur la baie vitrée qui donnait sur le jardin noyé dans l'obscurité. Ségolène Royal rejoignit ses plus proches collaborateurs qui patientaient sur les canapés du salon, en blaguant. Les premiers chiffres étaient surprenants. Mais bons.Mercredi 12 octobre. Le débat télévisé entre les trois finalistes des primaires socialistes débutait dans une heure à peine. Sans surprise, TF1 avait raflé le marché. Arnaud Montebourg, arrivé en retard rue de Solferino, rejoignit Martine Aubry dans son bureau. Tout le staff de la première secrétaire était déjà installé devant un vaste écran plat. Les journalistes étaient cantonnés dans une tente dressée dans la cour mais, pour l'instant, ils n'étaient pas nombreux, préférant sans doute le studio télé où devait avoir lieu l'ultime confrontation entre Dominique Strauss-Kahn, Ségolène Royal et François Hollande.Martine Aubry était souriante. Un sondage à paraître le lendemain dans « Le Parisien » donnait une avance presque confortable à DSK. Le premier tour - un million d'électeurs quand même ! Ce qui faisait paradoxalement le bonheur d'Arnaud Montebourg, sèchement éliminé - avait pourtant fait l'effet d'un coup de tonnerre. Ségolène Royal était arrivée en tête, avec 36 % des voix, devant l'ex-patron du FMI, qui s'était retrouvé à égalité stricte avec François Hollande, chacun ayant réuni 28 % des voix.Les autres candidats s'étaient partagé les 8 % restants... Benoît Hamon, le porte-parole du parti, fit son entrée, un plateau de sandwichs dans les bras.Au même moment, Dominique Strauss-Kahn patientait dans un lourd fauteuil de cuir tandis que la maquilleuse faisait voleter son pinceau. À ses côtés, François Hollande pianotait sur son téléphone en attendant son tour. « T'as vu, je suis passé devant toi, c'est un signe non ? » plaisanta DSK. « On ne fait pas de la téléréalité ! » répliqua le député de Corrèze, rieur. « Et Ségolène, elle est où ? » demanda l'ancien directeur général du FMI. « À côté, répondit doucement François Hollande, elle est déjà prête. »Dimanche 16 octobre. Claude Bartolone fronça les sourcils. La foule massée devant la rue de Solferino était apparemment hostile. Le président du conseil général de Seine-Saint-Denis remonta le col de son manteau et s'avança vers le groupe le plus compact, qui empêchait toute entrée ou sortie du siège du Parti socialiste. Un jeune, cagoule violet vif, enfoncée sur la tête, l'interpella : « Faites les choses dans les règles cette fois ! Ne volez pas la victoire ! » Les premières « sorties des urnes » étaient disponibles depuis quelques minutes. Claude Bartolone réussit à négocier son passage. Dans l'escalier qui menait au bureau de la première secrétaire, il croisa Jean-Christophe Cambadélis, long manteau noir et mine lugubre. « Tu y crois, toi ? » lança Claude Bartolone. « C'est un cauchemar », répondit le député strauss-kahnien. Une voix de femme les fit s'interrompre. À l'étage, Martine Aubry s'accouda à la rampe : « Alors la carpe et le lapin, on est mal ? » Les deux compères, qui avaient porté la maire de Lille à la tête du PS en novembre 2008, se regardèrent, interloqués. « On dirait que ça te fait plaisir ! » s'exclama Jean-Christophe Cambadélis. « Non, mais je ne vais pas pleurer non plus », rigola la première secrétaire.Une ombre se glissa derrière « Barto » et « Camba ». Laurent Fabius, puisque c'était lui, était en proie à une colère froide. Et même glacée. « On a vraiment choisi le mauvais cheval. Tu aurais dû y aller Martine. » « Il fallait le dire à Dominique ! » riposta la maire de Lille. « Je me suis sentie un peu seule en juillet quand j'ai essayé de lui expliquer que le retour serait compliqué ! Aucun d'entre vous n'a pris le Marrakech Express pour aller lui mettre les points sur les ?i? ! » Laurent Fabius était blême : « Tu sais ce qui se dit Martine ? Que tu as négocié avec Ségolène sur le dos de Dominique ! » « Tout le monde a négocié avec tout le monde ! Dominique et Ségolène, Ségolène et François, François et Dominique, tout le monde », explosa Martine Aubry. « Et puis, ça suffit maintenant, c'est terminé ! » Sous les lampions multicolores de la salle de restaurant où ses fidèles s'étaient réunis dès la fin de l'après-midi, Ségolène Royal restait songeuse. Les confettis jetés à son arrivée jonchaient le sol. Elle avait eu Dominique Strauss-Kahn au téléphone, brièvement, et François Hollande, plus longuement. Les télévisions retransmettaient en boucle les déclarations des ténors du PS. Pas un bémol, pas une fausse note. Un journaliste campé devant l'Élysée annonça que Nicolas Sarkozy avait sabré le champagne en apprenant que son adversaire de 2012 serait celle de 2007. Des sifflets accueillirent le reportage. La bataille commençait.Hélène Fontanaud Vendredi prochainOctobre brun, Sarko contre Marine.

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