Très haut débit : et si la fibre optique s'arrêtait à la porte des logements ?

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Et si l\'on réduisait un peu la facture du déploiement de la fibre optique en s\'arrêtant à la porte des logements ? C\'est la dernière tentation des opérateurs télécoms et une piste regardée avec bienveillance par les pouvoirs publics, qui ont estimé à 20 milliards d\'euros le coût de ce grand chantier, hors celui du raccordement final du client (voir les annonces du président de la République le mois dernier). Ce dernier kilomètre ou dernier mètre pourrait coûter environ 10 milliards d\'euros supplémentaires. « Entre un quart et un tiers des coûts de déploiement de la fibre se situent sur la partie privative. Ce surcoût est un vrai handicap, tant en zone urbaine que rurale », a fait valoir Laurent Laganier, le directeur de la réglementation d\'Iliad-Free, ce mercredi lors d\'une audition de tous les opérateurs devant la commission du développement durable du Sénat (voir la retransmission en différé).Un crédit d\'impôt pour subventionner le raccordement des particuliers ? « En vrai, la fibre à l\'intérieur du logement appartient au propriétaire. S\'il veut jouer à la corde à sauter avec ou la casser avec son aspirateur, on ne peut l\'en empêcher », a-t-il lancé. « L\'équipement du logement a vocation à rester à la charge du propriétaire du logement. Une piste pourrait être un crédit d\'impôt comme mécanisme subventionnel transitoire du raccordement final », a suggéré le représentant de Free. Il propose une autre piste : « On pourrait réutiliser le cuivre », celui du réseau téléphonique traditionnel utilisé par l\'ADSL, à l\'intérieur des logements, avec un boîtier spécifique du type « dispositif terminal d\'intérieur », ou bien « le câble coaxial (du réseau câblé) dans la partie terminale, comme le fait Swisscom. » Double avantage donc pour l\'opérateur qui diminuerait son coût de déploiement ou ferait ensuite supporter par le client final le raccordement ultime si ce dernier le souhaite.Eric de Broeck, le directeur des affaires juridiques de France Télécom, lui a emboîté le pas : « Le coût du raccordement final est un vrai sujet et peut représenter des sommes considérables, en moyenne 400 euros par foyer, qu\'il faut multiplier par 30 millions » de ménages, soit 12 milliards d\'euros. D\'ailleurs, « aux Etats-Unis, quand on parle de prises FTTH (fiber to the home, c\'est-à-dire la fibre jusqu\'à l\'abonné), la fibre s\'arrête au pavillon, elle le touche mais n\'y entre pas. Il faut explorer cette piste de réutilisation du câblage interne, en coaxial (réseau câblé) ou en cuivre », a-t-il plaidé. Même s\'il y a forcément de la déperdition en matière de débit...Free ne veut « pas enterrer trop vite le cuivre » « Les opérateurs sont très intéressés par les solutions de fiber-to-the-door (FTTD), qui vont jusqu\'au palier d\'un immeuble ou jusqu\'au pied d\'une maison, sur lesquelles travaillent certains équipementiers comme Huawei et aussi Alcatel-Lucent », explique un haut fonctionnaire bien au fait du dossier. Le coût de raccordement serait alors bien inférieur, autour de 250 euros par prise (par foyer). Autre avantage : « Ce n\'est pas la peine de prendre rendez-vous avec l\'occupant du logement, il faut changer la Box, mais sans rentrer chez le client, cela augmenterait fortement le taux de transformation. Car on estime à 40% le taux d\'échec (de refus) quand l\'installateur vient avec sa perceuse faire des trous dans le mur pour poser la fibre au domicile, des réticences qui peuvent être compréhensibles », explique ce bon connaisseur du sujet. Bercy semble donc envisager ce glissement du FTTH vers le FTTD avec bienveillance, d\'autant qu\'il pourrait s\'agir d\'une étape intermédiaire. Aux yeux de Free, « on enterre le cuivre un peu vite. Il est loin d\'être mort. Il y a des technologies d\'amélioration du cuivre qui sont sous-estimées, au moins sur la partie terminale », a fait valoir au Sénat son représentant.L\'extinction du cuivre remise en question ? Or de nombreux acteurs, des collectivités locales en particulier, prêchent pour une extinction du cuivre, c\'est-à-dire une bascule totale du réseau traditionnel au nouveau, dont la date devra être fixée, à l\'issue d\'une expérimentation en cours à Palaiseau. « Il n\'y a pas d\'incitation plus forte au déploiement de la fibre que l\'extinction du cuivre », a plaidé Olivier Henrard, le nouveau secrétaire général de SFR, au Sénat mercredi, une perspective « bien plus efficace que d\'éventuelles sanctions » en cas de non-respect des engagements des opérateurs. Cette extinction qui peut s\'apparenter à « une expropriation », a souligné le représentant de France Télécom, doit s\'opérer à un rythme « raisonnable et mesuré » selon Didier Casas, le secrétaire général de Bouygues Telecom qui relève que « l\'abandon brutal et proche du cuivre peut poser des problèmes », juridiques et opérationnels. Mais aussi sociaux pour France Télécom, dont de nombreux salariés sont en charge de sa maintenance. « Cette discussion sur la fermeture du cuivre n\'est engagée nulle part ailleurs en Europe et n\'est d\'ailleurs pas encouragée par Bruxelles. Personne ne parle de fermer les réseaux câblés par exemple », a observé Eric de Broeck. En revanche, l\'Australie a prévu de basculer totalement vers la fibre fin 2014. L\'extinction du cuivre est-elle doucement remise en cause ? La mission Très haut débit gouvernementale a affirmé qu\'elle constituait un point stratégique et essentiel pour assurer la visibilité d\'investissement des opérateurs et des collectivités pour les réseaux d\'initiative publique.« Vraie fibre » contre technologies hybridesPour les puristes, prolonger la vie du cuivre et envisager des déploiements hybrides est une hérésie : on revient au vieux débat entre « vraie fibre » (jusqu\'à l\'abonné, de bout en bout), promettant des débits de 100 mégabits par seconde voire plus, et très haut débit avec de la fibre, typiquement celle des réseaux câblés comme Numéricable, plutôt de l\'ordre de 30 Mégabits. Ironie de l\'histoire, il y a quelques mois les opérateurs télécoms déployant de la fibre ne cessaient de dénigrer l\'offre de Numericable comme n\'étant pas de la vraie fibre. Même le gendarme des télécoms, l\'Arcep, qui a longtemps fait comme si Numéricable n\'existait pas dans le paysage, a fini par reconnaître que le câblo-opérateur était en tête en nombre de foyers raccordés et en abonnés (635.000). « C\'est un débat qui rappelle ceux de l\'empire byzantin. La Commission européenne a reconnu le seuil de 30 Méga. Il y a deux définitions : 30 Mégabits pour le très haut débit sur les réseaux câblés et plus de 100 méga pour le FTTH, la fibre jusqu\'à l\'abonné », a fait valoir Jean-Ludovic Silicani, le président de l\'Arcep, auditionné lui aussi mercredi au Sénat. La veille, Antoine Darodes, le directeur de la Mission très haut débit gouvernementale, a d\'ailleurs déclaré, lors d\'un petit-déjeuner sur ce thème, que « Numericable est l\'opérateur leader en très haut débit, sur le marché de gros et sur celui de détail. » Le câblo-opérateur estime de son côté que le tarif du dégroupage, payé par les alternatifs à France Télécom pour utiliser le cuivre, est « trop bas pour inciter à l\'investissement dans la fibre. » Il suggère de l\'augmenter, ce qui au passage handicaperait ses concurrents... SFR a une autre idée : affecter une partie des sommes du dégroupage pour financer le très haut débit. C\'est effectivement une des pistes explorées par le gouvernement (une sorte de taxe sur le dégroupage pour alimenter un fonds national de financement de la fibre). Ce sera arbitré en juin, dans le cadre du projet de loi de finances 2014.  

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