Les États craignent la tutelle de Bruxelles

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Le renforcement de la coordination budgétaire en Europe ne sera pas un long fleuve tranquille. Pour éviter de revoir une dérive à la grecque, la Commission européenne a jeté un pavé dans la mare, mercredi, en proposant une évaluation a priori des politiques budgétaires des pays avant leur discussion par les parlements nationaux, avec possibilité de recommander une révision du projet. Pour Bruxelles, il s'agit de la contrepartie naturelle du mécanisme d'aide de 750 milliards d'euros mis en place pour les pays européens en difficulté. « Si les États ne veulent pas d'une union économique, ils doivent oublier l'union monétaire », a déclaré le président de la Commission, José Manuel Barroso.Bruxelles demande aussi la mise en place d'un mécanisme renforcé de surveillance macroéconomique, « afin d'éviter qu'un État membre ne se retrouve dans la même situation que la Grèce ». La Commission souhaite la constitution d'un « tableau de bord » qui comprendra des indicateurs reflétant l'évolution de la balance des paiements courants, de la position extérieure créditrice nette, de la productivité, du coût du travail, de l'emploi, des taux de changes effectifs ainsi que la dette publique et privée. La Commission pourrait en conséquence être amenée à faire à un État membre des recommandations sur le fonctionnement interne de son marché du travail, de son marché des biens et des services, ou sur la politique de crédits. En outre, la règle d'endettement de 60 % du PIB devra être scrupuleusement respectée sous peine d'une procédure pour déficit excessif.L'annonce de ces mesures a soulevé un tollé dans plusieurs pays européens, inquiets de voir Bruxelles remettre en cause leur souveraineté fiscale. D'ores et déjà, la Suède a indiqué qu'elle n'acceptera pas un contrôle de son projet de budget national avant sa discussion au Parlement. En France, le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, s'est montré réservé sur un mécanisme considéré comme « trop intrusif ». La ministre de l'Économie, Christine Lagarde, a tempéré l'idée de ce contrôle bruxellois, en précisant qu'il s'agirait « simplement d'avoir une indication concernant les directions adoptées et les soldes » en matière budgétaire.de profonds changementsLors de la présentation, José Manuel Barroso, président de la Commission, a souligné que « les pouvoirs des parlements restent intouchables ». Mais l'Allemagne, qui souhaite davantage de rigueur de la part des États, s'est, par la voix de sa chancelière, Angela Merkel, félicitée des propositions, évoquant « un pas important dans la bonne direction ». Le débat ne fait que commencer. Bruxelles évite de parler de « gouvernement économique », un mot qui fâche, mais de profonds changements sont à attendre dans le fonctionnement de l'Union. Le Conseil européen planche lui aussi sur le sujet. Son président, Herman Van Rompuy, qui tiendra une réunion avec les ministres des Finances le 21 mai, doit rendre ses propositions en octobre. R. Ju.

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