« La valorisation de La Poste pourra atteindre 5 milliards »

Quel a été l'impact de la crise en 2009 pour l'État actionnaire??Il a été très fort à double titre?: d'abord, si on prend l'ensemble du portefeuille en consolidé, on constate une baisse du chiffre d'affaires, une diminution des dividendes et une réduction de la taille complète du portefeuille?; nous n'avons pas procédé à des opérations de cessions, alors qu'habituellement, sur un plan budgétaire, on prévoit chaque année une provision de 5 milliards d'euros de cessions d'actifs. En fait, pour résumer, l'exercice 2009 a été marqué par une gestion de prudence, de soutien, avec des résultats que l'on sait générés par la crise.Les dividendes perçus par l'État actionnaire reculent de 26 %?: vous vous attendiez à une telle baisse??Non, mais qui s'attendait à la crise?? Comme les autres actionnaires, on a été frappés par la brutalité de la crise, et ça s'est ressenti sur les distributions de dividendes. La filière automobile a perdu beaucoup d'emplois en France ces dernières années. Le gouvernement, avec les états généraux de l'industrie et l'aide financière aux constructeurs, a-t-il inversé ce mouvement de désindustrialisation??Le secteur automobile était massivement en surcapacité. L'avenir le dira. Je n'ai pas envie de donner un jugement définitif pour deux raisons?: la France a des groupes de dimension mondiale qui ont vocation à fabriquer et à vendre en France mais qui ne produiront pas probablement dans les cinq années qui viennent de la même façon qu'ils ont produit dans les cinq dernières années. Le mode de fabrication va évoluer.Quelles seront les modalités d'entrée de la Caisse des dépôts au capital de La Poste??Le processus se termine. Il y a quelques semaines, j'ai trouvé un accord de principe avec la direction générale de la Caisse des dépôts. J'espère que la Commission de surveillance l'approuvera et que la Commission des participations et transferts le jugera approprié. Les modalités de fixation de la valeur ont été justement définies puisqu'elles prévoient une valeur globale de 4,3 milliards d'euros payable en deux fois en fonction de la réalisation du plan stratégique. Elles prévoient également un complément de valorisation qui pourrait aller jusqu'à 700 millions d'euros si les prévisions du business plan sont dépassées, ce qui porterait la valorisation de La Poste à 5 milliards d'euros. La Caisse des dépôts disposera de 26,32 % du capital de La Poste et de trois administrateurs. Un pacte d'actionnaires liera l'État et la Caisse des dépôts. Nous souhaitons tous les deux être associés au suivi du plan stratégique de La Poste et à son contrôle.Avez-vous un calendrier plus précis de l'augmentation de capital d'Areva??Avant la fin de l'année. Les négociations continuent. Nous étudions par ailleurs une proposition d'EDF qui souhaite augmenter sa participation au capital. C'est une option. Tout n'est pas encore stabilisé ni en termes de prix, ni en termes de calendrier.Avez-vous des inquiétudes d'actionnaire sur le dossier difficile entre EDF et Constellation??Ils sont dans une phase de négociations qui n'est pas évidente et dans laquelle la communication constitue une dimension non négligeable. Les autorités françaises regardent le dossier de près.Quelle est la place du territoire français dans la stratégie des chefs d'entreprises publiques??Je leur ai écrit au mois de juillet et voilà ce qu'ils m'ont répondu. Ils considèrent que l'investissement des entreprises publiques sur le territoire français va augmenter de 14 % entre 2009 et 2010. De même, ces entreprises ont fait progresser de 4 % leur valeur ajoutée entre 2008 et 2009 dans l'Hexagone. Enfin, autre chiffre intéressant, leur activité de recherche et développement toujours réalisée sur le territoire français a progressé de 19 % entre 2008 et 2009. Non seulement ce chiffre montre que nous avons des entreprises bien situées dans la chaîne de valeur au niveau de la R&D mais il me donne aussi un argument supplémentaire pour aller voir mes amis parlementaires en leur disant de ne pas triturer le crédit d'impôt recherche, qui est manifestement un des outils utilisés par les entreprises pour localiser sur le territoire français l'un des morceaux de la chaîne de valeur le plus critique.Partagez-vous l'analyse faite par François Baroin, selon qui le bouclier fiscal est devenu « un symbole d'injustice »??Si vous regardez le bouclier en technique fiscale, c'est un mécanisme de plafonnement qui a toute sa légitimité s'il est utilisé sans abus, sans excès. La fiscalité ne doit pas être confiscatoire. Cela étant posé, le président de la République l'a indiqué mardi aux parlementaires, le projet consiste en 2011, une fois passée la loi de finances, à se poser calmement la question de savoir comment on maintient la compétitivité de la France dans un paysage fiscal déséquilibré. L'idée, c'est d'essayer de rééquilibrer, vis-à-vis notamment de nos partenaires allemands.Et donc de retoucher la fiscalité du patrimoine, ou aussi l'impôt sur le revenu??Il faut regarder en profondeur la fiscalité du patrimoine, tous les éléments. Le paysage est ouvert, l'horizon est large. Il faut regarder quels objectifs on a, sur le plan économique et sur le plan social, et voir comment on redessine, quelle assiette on prend... Mais je ne peux pas vous donner le détail d'une réforme fiscale qui va se discuter pendant la première moitié de l'année 2011. Propos recueillis par Michel Cabirol, Éric Chol, Hélène Fontanaud et Sophie Rolland

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 0

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

Il n'y a actuellement aucun commentaire concernant cet article.
Soyez le premier à donner votre avis !

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.