Faut-il désigner une star

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Sylvie GoulardOUIUne personnalité connue et respectée, capable de construire un consensus.Cela dépend de ce que l'on entend par « star ». Si l'élection de Tony Blair à la présidence du conseil ne me paraît pas appropriée en ce qu'il n'incarne pas les valeurs fondatrices et identitaires de l'Europe, il faut tout de même un président permanent doté d'un profil très visible. Pour peser face à un président américain, russe ou chinois, il faut en effet quelqu'un qui soit non seulement connu dans le monde entier, qui dispose d'un carnet d'adresses planétaire, mais qui soit aussi respecté pour ses réalisations, en particulier celles qui marquent un engagement fort en faveur de l'Europe. Ainsi, on ne saurait élire un président qui a délibérément ?uvré contre le renforcement des institutions, ou même un leader qui a seulement échoué à faire adopter la Constitution européenne par les citoyens de son pays. Il faut que cette personnalité ait le courage d'incarner une Europe qui s'affirme envers le reste du monde en exprimant la voix de l'Union sur les différentes questions qui font débat, des droits de l'homme aux politiques environnementales, en passant par la régulation économique. Mais, pour qu'il soit légitime aux yeux des citoyens de l'Union européenne, il doit comprendre que la tradition européenne n'est pas celle d'un président à la française enclin à décider seul. Il sera d'autant plus fort qu'il saura faire émerger un consensus en jouant de son autorité morale pour tirer parti au mieux des différentes institutions. Il faut donc quelqu'un qui ait une véritable expérience politique, avec les leaders du monde entier, et qui ait une autorité suffisante pour ne pas être le jouet de quelques chefs d'État de l'Union. Mais, contrairement à ce que disent certains commentateurs, il n'est pas nécessaire d'avoir été un Premier ministre au Conseil européen pour être un bon candidat. Si l'on s'impose de choisir quelqu'un qui appartienne au sérail, on aura nécessairement un choix très étroit. Cette condition-là n'existe pas dans le traité de Lisbonne. Il n'y a donc pas que la liste limitée des anciens Premiers ministres pour occuper ce poste. Il existe en Europe plusieurs personnalités très internationales ayant traité de questions politiques délicates, comme Pascal Lamy, Mario Monti ou Chris Patten. Nous ne sommes pas condamnés à choisir entre le Britannique Tony Blair et le Néerlandais Jan Peter Balkenende. nAlors que les chefs d'État du Conseil européen doivent désigner le 19 novembre le premier président permanent du Conseil, un débat fait rage sur le profil souhaitable pour remplir au mieux la fonction. Donné favori au départ, l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair a fini par susciter de vives critiques pointant le manque de légitimité de l'ancien leader d'un pays qui ne se trouve ni dans la zone euro ni dans l'espace Schengen. Entre l'autorité politique et la légitimité, entre l'expérience des arcanes européennes et la capacité à prendre des décisions, entre les grands pays fondateurs et les nouveaux États membres, le curseur se révèle particulièrement difficile à placer. Dans cette désignation à huis clos, sans programme ni débat transparent, ce sont les logiques d'intérêts nationaux qui auront guidé les obscures tractations. Et occulté la question du bon profil. Propos recueillis par Valérie SegondNONJean-Louis BourlangesLa question du profil souhaitable pour la fonction de président du Conseil européen est quelque peu dérisoire si l'on songe que le président en question ne disposera presque d'aucun autre pouvoir que de présider la réunion du Conseil européen deux fois par semestre. Cette instance n'a d'ailleurs ni moyens administratifs, ni budget, ni même de pouvoir juridique : elle n'est forte que de l'autorité politique des vingt-sept chefs d'État ou de gouvernement qui la composent. Ce poste a été initialement conçu par les adversaires d'une commission forte, à savoir Chirac, Blair et Aznar. Puis relancé par Valery Giscard d'Estaing, qui y a projeté un fantasme présidentialiste à la française. Le projet s'est immédiatement heurté à l'opposition des défenseurs de la Commission, Allemagne et Benelux en tête, qui ont tout fait pour vider la fonction de tout contenu. Le président du Conseil européen aura donc fort à faire pour exister car il se heurtera à une triple concurrence : d'abord, celle des États, qui continueront de présider par rotation semestrielle la quasi-totalité des Conseils des ministres ; ensuite, celle du président de la Commission, qui conserve ses 20.000 fonctionnaires, a la haute main sur le budget et garde ses pouvoirs juridiques. Sans oublier qu'il est auréolé de la double légitimité que lui donnent sa désignation par les États et son investiture par le Parlement. Enfin, celle du haut représentant pour les Affaires étrangères. La véritable innovation du nouveau traité, c'est d'ailleurs le renforcement des pouvoirs de ce dernier, qui va désormais porter trois casquettes aujourd'hui séparées : celle de président du conseil des ministres des Affaires étrangères, celle de vice-président de la Commission en charge de l'action internationale et enfin celle de haut représentant telle qu'elle est aujourd'hui exercée par Javier Solana. Ce sera donc lui, et non le président du Conseil européen, qui sera le « M. Affaires étrangères » de l'Union. Le grand mensonge de Lisbonne, c'est d'avoir prétendu simplifier et unifier l'exécutif alors qu'en réalité il est désormais éclaté en quatre pouvoirs concurrents. Je crains que le Premier ministre belge, Herman Van Rompuy, personnalité tout à fait remarquable pressentie aujourd'hui pour présider le Conseil européen, soit nettement surdimensionné pour un poste aussi évanescent. nIl aura fort à faire pour exister face à une triple concurrence au sein même de l'exécutif.

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