L'Australie se rue sur l'or africain

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Métaux précieux D'ici deux ans, la majorité de l'or extrait par les compagnies australiennes sortira de mines situées à l'étranger. Le continent a encore produit 7,1 millions d'onces (240 tonnes) en 2008 et certains projets géants tel celui de Kalgoorlie, dans le sud-ouest du pays, devraient à terme lui permettre de coiffer les États-Unis et l'Afrique du Sud, pour se caler confortablement au deuxième rang mondial, juste derrière la Chine. Pourtant, l'or australien ne fait plus recette auprès de ses compagnies et nombreuses sont les « juniors » parties chercher fortune ailleurs ces dernières années. « Le domaine minier est bien connu et déjà largement contrôlé en Australie. Les opportunités y sont donc rares », commente Peter Rudd, analyste chez Citigroup. Faute de filons à exploiter sur place, les compagnies ont donc pris leur expertise sous le bras pour multiplier les investissements à l'extérieur. Lihir et Newcrest exploitent du côté de la Papouasie ? Nouvelle-Guinée et de l'Indonésie, pendant que OceanaGold est aujourd'hui le premier producteur de Nouvelle-Zélande et s'apprête à démarrer de nouveaux gisements aux Philippines. La destination favorite des compagnies australiennes est pourtant plus lointaine et surtout plus exotique depuis Sydney, puisqu'il s'agit de l'Afrique de l'Ouest. «?Le futur grand du marché aurifère?», estiment en c?ur les spécialistes australiens et canadiens. La région produit actuellement près de 6 millions d'onces par an, « elle devrait atteindre les 8 millions d'ici trois ans », reprend Peter Rudd. Du Niger à la Guinée, en passant par la Mauritanie, la Côte d'Ivoire, le Burkina Faso, le Sénégal, le Mali et surtout le Ghana, les Australiens sont présents dans tous les pays producteurs de la région. Rien que ces derniers mois, Lihir s'est installé sur le gisement ivoirien de Bonikro, pendant que Mineral Deposits a jeté son dévolu sur le Sénégal et que Resolute Mining démarre au Mali. « Encouragées par l'assainissement en marche de l'économie et la plus grande stabilité politique de la région, les compagnies australiennes n'hésitent plus, quelle que soit leur taille ou leur puissance financière, à venir tenter leur chance en Afrique », constate Roger Donnelly, économiste en chef de l'Efic, la Coface australienne. coûts inférieursLes opportunités y sont plus nombreuses pour des coûts largement inférieurs. «?Il est moins cher de démarrer un projet en Afrique que de lancer l'extension d'un gisement en Australie », confirme Warwick Grigor, spécialiste chez BGF Equities, qui organise justement des visites d'investisseurs sur place. Les dépenses liées à l'exploration et à la main-d'?uvre sont beaucoup plus avantageuses qu'en Australie, avec des délais d'obtention des permis généralement plus courts. « Plutôt que de perdre leur temps ici, les compagnies se sont projetées sur d'autres domaines miniers pour profiter à plein des retombées du boum actuel », estime encore Roger Donnelly. Les sommets atteints ces dernières semaines par les cours confortent leur choix. nLa série de records historiques des cours de l'or, qui a conduit le prix de l'once à culminer à 1.123 dollars jeudi sur le Comex, est tirée par un sursaut de la demande des banques centrales et des investisseurs qui achètent directement sur le marché et au travers de fonds cotés (ETF). Ce sont les stocks accumulés depuis des siècles (près de 150.000 tonnes) qui donnent toute sa profondeur à ce marché, qui reste néanmoins influencé par les extractions annuelles des mines. Les grands projets miniers continuent, malgré les récents records des prix, à souffrir d'un manque d'investissement et la production mondiale plafonne à 1.800 tonnes (2008), quand elle atteignait encore 2.500 tonnes en 2003. Les groupes miniers et leurs investisseurs préfèrent se concentrer sur les zones les plus prometteuses car peu prospectées, et où la main-d'?uvre reste la moins chère. L'Afrique répond à ces deux exigences. Cette partie du monde pourrait donc rapidement prendre la deuxième place sur le podium des producteurs mondiaux derrière la Chine qui s'est hissée à la première place en 2007. C. T.

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