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Dettes souveraines : l'Europe risque une « décennie perdue »

La Tribune

Publié le 14 décembre 2010 à 10:48 - Mis à jour le 14 décembre 2010 à 10:48

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18 juillet 2026

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En vagues successives après des crises douloureuses, les pays d'Amérique latine dans les années 1980 et ceux d'Asie de l'Est après 1997 ont appris à améliorer leur politique économique et à développer un cadre durable pour gérer la dette du secteur public. Aujourd'hui, c'est au tour de l'Europe.La débâcle de la dette d'Amérique latine il y a près de trente ans constitue l'un des précédents les plus marquants. En août 1982, le Mexique a créé une onde de choc en se déclarant incapable de servir sa dette. Il évaluait alors son déficit budgétaire à 11 % du PIB et empruntait encore sur les marchés financiers internationaux, mais à un taux majoré. Les banques croyaient que les pays où elles se trouvaient ne pouvaient pas devenir insolvables. Après le Mexique, l'Argentine et le Brésil ont à leur tour sombré dans une crise de la dette.L'insolvabilité de l'Amérique latine aurait conduit à l'effondrement du système bancaire des grands pays industrialisés et les aurait précipités dans une deuxième Grande Dépression. 90 % de la capitalisation des grandes banques américaines était alors exposée aux risques de la seule dette mexicaine. La solution finalement adoptée semblait brillante à l'époque, car elle évitait un défaut de paiement formel des grands pays emprunteurs d'Amérique latine. Elle combinait trois éléments : une aide internationale immédiate par l'intermédiaire du FMI, un plan d'austérité impopulaire imposé par les programmes du FMI et un financement supplémentaire apporté par les banques. Il a fallu attendre cinq ans pour qu'il y ait une diminution institutionnalisée de la dette latino-américaine, quand cela ne risquait plus de menacer la stabilité des banques. C'est seulement alors que des prêts pour de nouveaux projets ont été à nouveau accordés.Face à la crise, l'Europe adopte la même tactique que les pays en développement lors de la « décennie perdue » des années 1980 : gagner du temps. C'est la même combinaison d'aide internationale, de mesures d'austérité fortement impopulaires (qui pourraient déclencher un mouvement de protestation important) et d'apparente absolution des banques quant à leur responsabilité dans les problèmes qu'elles ont créés. Comme leurs aînées des années 1980, les grandes banques européennes ont pris un risque gigantesque face à ce qu'elles imaginaient à tort être une dette sans danger. Une décote substantielle immédiate de la dette souveraine des pays vulnérables de la zone euro serait tellement destructrice qu'elle amorcerait un nouveau cycle de panique bancaire. Reconnaissant le problème, les banques peuvent tenir en otage leur pays hôte. C'est pourquoi la crise est devenue un défi pour le Royaume-Uni, l'Allemagne et la France. L'initiative franco-allemande présentée à Deauville début novembre, qui comportait une éventuelle restructuration des dettes après 2013, visait à éviter le choc immédiat dû à une décote de la dette. Mais l'annonce anticipée d'une possible diminution des dettes a provoqué une forte incertitude. Une solution à long terme suppose la capacité de diminuer une dette quand elle atteint un niveau excessif. Mais il faut aussi établir une garantie en béton pour une partie de son encours de manière à supprimer les inquiétudes liées à une annulation complète.Un mécanisme efficace pour faire face à la banqueroute d'un État serait une contribution majeure en faveur d'une bonne gouvernance mondiale et de la résolution du problème des marchés des dettes souveraines, en suspens depuis longtemps. Ce thème a été largement discuté dans les années 1990 et au début des années 2000. Ainsi la vice-directrice du FMI, Anne Krueger, première directrice générale adjointe du FMI, a proposé un mécanisme de restructuration de la dette souveraine qui aurait permis d'imposer une réduction générale de la dette aux créanciers. Cela aurait mis fin aux clauses d'action collective qui sont un obstacle à la résolution à long terme des défauts souverains. Si l'Europe pouvait montrer comment un tel mécanisme fonctionne dans le pire scénario, l'incertitude serait moindre et les marchés seraient rassurés. Et à long terme, nous disposerions d'un modèle crédible au niveau international pour faire face aux dettes souveraines. (*) Auteur de « The Creation and Destruction of Value : The Globalization Cycle ».Copyright Project Syndicate.Par Harold James Professeur d'histoire et d'affaires internationales à l'université de Princeton (*)

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