Aurélie Filippetti prend le parti des producteurs contre Rémy Pflimlin

Violente. Telle a été la déclaration faite par Aurélie Filippetti à l\'égard de Rémy Pflimlin, le patron de la télévision publique. La ministre de la Culture a déclaré sur RTL avoir « des interrogations sur la stratégie de France Télévisions ». En ligne de mire, la réorganisation des soirées de France 3. Le groupe a prévu d\'allonger la durée du Soir 3, avec comme conséquence directe la suppression de plusieurs cases consacrées à la création, notamment deux documentaires et des films. Aurélie Filippetti n\'a pas hésité à endosser l\'habit de directrice des programmes. « On nous annonce l\'éventualité d\'une suppression de \'C\'est pas Sorcier\', l\'une des belles émissions. Là aussi, j\'estime qu\'annoncer que l\'on fragilise une émission de qualité qui a fait ses preuves, ça ne me semble pas de bonne politique », a-t-elle asséné sur les ondes. « L\'une des missions du service public c\'est de défendre les producteurs, la production audiovisuelle et cinématographique en France », a-t-elle fait valoir. Avec ces déclarations, la ministre prend le parti des producteurs, qui se sont publiquement plaints des modifications de la grille de la 3. De fait, non seulement France Télévisions met en musique un vieux projet - l\'allongement du journal - mais en plus le groupe va économiser plusieurs millions d\'euros par an sur sa grille. Le syndicats des producteurs indépendants (SPI) s\'est donc ému de cette situation. N\'hésitant pas à évoquer l\'atteinte à « la diversit頻, ils ont aussi assuré que c\'était « dans cet espace que la diversité parvenait à s\'exprimer et à se renouveler ».Rémy Pflimlin doit arbitrer entre les salariés du groupe public et les producteursL\'émotion exprimée sur les soirées de France 3 témoigne d\'un bras de fer global et malsain entre les salariés du groupe audiovisuel, dont les effectifs vont être réduits, et les producteurs privés. France Télévisions devra faire l\'an prochain environ 150 millions d\'euros d\'économies, selon le niveau final qu\'atteindra la redevance. A l\'échelle du groupe, cela ne représente qu\'entre 3 et 5% du budget, mais cela suffit pour le faire plonger dans le rouge. Qui fera les frais de ces économies? Rémy Pflimlin, qui doit rendre début 2013 un nouveau « contrat d\'objectif et de moyens » (COM), fixant la stratégie du groupe, rendra en partie son arbitrage.Aurélie Filippetti donne son avisSur cet épineux sujet, Aurélie Filippetti, a donné son avis : « Je veux que France Télévisons nous présente un plan stratégique, avec des missions de service public qui soient claires en matière de soutien à la création, d\'augmentation des programmes à destination des enfants et notamment les programmes éducatifs », a ordonné la ministre, qui oublie quand même que c\'est au gouvernement de fixer la « mission » et au groupe de l\'exécuter.Historiquement, les producteurs ont table ouverte La ministre affaiblit sérieusement Rémy Pflimlin face aux producteurs. Du bout des lèvres, le président du groupe public les avait récemment prévenus qu\'eux aussi devraient se serrer la ceinture. Historiquement, les producteurs privés, qui bénéficient d\'un financement en chiffre pourcentage du chiffre d\'affaires déjà supérieur à celui des chaînes privées, sont très bien lotis par le service public. Rémy Pflimlin est même allé encore plus loin à la rentrée 2011 en s\'engageant en plus sur des planchers (60 millions d\'euros par an dans le cinéma et 420 millions d\'euros dans la création, soit, pour mémoire, 100 millions d\'euros de plus qu\'en 2005!). Autant dire que les producteurs n\'ont pas l\'habitude qu\'on leur refuse grand chose. Mais les temps changent. A France 2 par exemple, les producteurs d\'émissions de flux ont reçu leur lettre leur demandant des économies substantielles.La CGT monte au créneauC\'est dans ce contexte que Rémy Pflimlin a vu arriver un allié de circonstance. La CGT, qui a lancé un préavis de grève pour le 18 décembre, a publié un communiqué dénonçant les propos de la ministre. « La charge de la Ministre de la culture survient deux jours après celle des producteurs privés qui montent au créneau après que le PDG Pflimlin ait osé toucher à leur chiffre d\'affaire et à leur profit. Le ministère de la culture serait-il sous l\'influence de ce puissant lobby ?», s\'interroge le syndicat. Avant, quand même, d\'enfoncer le patron «prêt à tout pour rester à sa place en commençant par un social prévoyant la réduction de 10% des effectifs d\'ici 2015 (1.000 postes)». Salariés du groupe public, contre producteurs privés, la guerre ne fait que commencer.

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