Le coup d'Etat permanent au Medef

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Laurence Parisot, présidente du Medef depuis 2005, achève son second mandat en juillet prochain. Les statuts de l\'organisation patronale limitant le nombre de mandats à deux, elle ne peut légalement pas se représenter à sa succession.Sauf que, et c\'est un secret de Polichinelle, Laurence Parisot, probablement flattée par les néons de la scène et épouvantée à l\'idée de se retrouver à la tête de sa \"petite\" entreprise, l\'IFOP, veut se représenter. Les statuts l\'en empêchent ? Qu\'importe ! Laurence Parisot envisage, rien de moins, que de changer les statuts du Medef.Cette décision, qui pourrait se caractériser comme un \"abus de pouvoir\", ou un coup d\'Etat, est surtout une très mauvaise nouvelle.Son bilan est médiocre. Certes, avec un gouvernement qui n\'a toujours pas compris ce qu\'était une entreprise et qui a difficilement intégré ce qu\'était un entrepreneur, la tâche n\'est pas facile. Mais il reste que jamais les chefs d\'entreprises n\'ont eu aussi mauvaise presse, jamais ils n\'ont été aussi peu écoutés par le pouvoir en place et jamais ils n\'ont été tant haïs par l\'opinion publique.En pleine tourmente économique, avec un gouvernement dépassé, il est pourtant, urgent de restaurer l\'image des chefs d\'entreprises et de les faire, à nouveau, peser dans le débat politique.Ensuite, la perspective d\'une modification des statuts, pour confort personnel, envoie un signal à contre-courant des valeurs que cette organisation prétend porter. Comment, alors que le Medef est censé être le « gardien du temple » de la gouvernance des entreprises, notamment au travers du code AFEP-Medef sur la gouvernance d\'entreprise, Laurence Parisot peut-elle réellement envisager ce genre d\'action ?Enfin, disons-le, Laurence Parisot est le symbole du capitalisme français \"cartelisé\" : le capitalisme des conseils d\'administration. Il suffisait de participer à l\'université du Medef, en septembre dernier, pour le constater. La table-ronde vedette réunissait, outre Gerhard Schröder et Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE, Baudouin Prot, président de BNP Paribas, et Jean-Dominique Sénard, patron de Michelin. Deux entreprises respectables, mais dont Laurence Parisot siège aux conseils d\'administration... De plus, Laurence Parisot est récemment entrée au conseil de direction de Sciences Po dont Michel Pébereau est le président. Est-ce là un hasard ? Où sont les PME innovantes ? Où sont les entreprises exportatrices ? Où sont les pépites de l\'internet ? Où sont les entrepreneurs de demain ? A tous ces titres, le silence de l\'UIMM, le \"faiseur de rois\" du patronat, et des grands patrons français est éloquent.Forts de ce constat, quatre anciens présidents du Medef [Ernest-Antoine Seillière, Denis Kessler, Jean Gandois et Yvon Gattaz] ont d\'ailleurs envisagé de publier une tribune afin de lui barrer la route. Sous la pression de leurs pairs des grandes entreprises du CAC 40, ils ont finalement renoncé. Nous, nous ne renonçons pas.Nous ne renonçons pas à avoir, en France, une grande organisation patronale représentant tous les chefs d\'entreprise et tous les secteurs économiques. Nous ne renonçons pas à avoir un patronat qui fasse entendre sa voix. Nous ne renonçons pas à avoir des représentants patronaux qui appliquent, à eux-mêmes, les règles de gouvernance qu\'ils veulent fixer aux autres. Nous ne renonçons pas à avoir un renouvellement de génération au sein des représentants des patrons français.Nous ne renoncerons donc pas à tout faire pour que Laurence Parisot ait la chance de pouvoir retrouver, très prochainement, la gestion de sa propre entreprise.Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, d\'entrepreneurs, d\'économistes et de professeurs d\'universités.

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