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Irlande : pourquoi il faut renégocier

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Publié le 15 mars 2011 à 10:59 - Mis à jour le 15 mars 2011 à 10:59

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Nicolas Sarkozy a reçu le nouveau Premier ministre irlandais avec une douche écossaise lors du sommet européen de ce week-end. En poste officiellement depuis à peine quelques jours, Enda Kenny a eu le droit à « des mots durs » de la part du président français. Toujours poli et mesuré, il a lui-même qualifié l'échange de « vigoureux ».Enda Kenny réclame une renégociation du plan de secours du FMI et de l'Union européenne, signé voilà seulement quatre mois. Mais Nicolas Sarkozy et Angela Merkel répliquent qu'il n'en est pas question sans un geste de l'Irlande. En particulier, ils souhaitent que le pays arrête son « dumping fiscal » et augmente son taux d'imposition sur les sociétés, actuellement de 12,5 %. Une telle hausse aiderait au passage à une meilleure intégration économique des différents pays de la zone euro. « Personne ne demande à l'Irlande d'avoir un taux d'imposition moyen qui soit comparable à celui de l'Europe, mais il est difficile de demander aux autres pays de sauver l'Irlande quand ce dernier est déterminé à garder le plus bas taux d'imposition d'Europe », explique Nicolas Sarkozy. Le problème est qu'il s'agit essentiellement de bluff de la part du président français. D'abord parce que le taux d'imposition n'a rien à voir avec la crise irlandaise. Il est peut-être injuste, mais c'est un autre sujet. Ensuite, Enda Kenny sait que l'Irlande est paradoxalement en position de force dans ces négociations. Le petit pays - 4,5 millions d'habitants - fait partie de la zone euro, et les leaders français et allemands ne le laisseront jamais se retrouver en situation de défaut de paiement - cela risquerait de provoquer une panique chez les investisseurs qui ont de l'argent dans les autres pays de la zone euro, en particulier au Portugal et en Espagne.Dès lors, la seule solution est d'aider l'Irlande. Pas de lui mettre la tête sous l'eau. Dans l'intérêt de l'ensemble de la zone euro, l'objectif est que le pays se redresse le plus vite possible.Or, les conditions imposées par l'Union européenne et le FMI lors de la signature du plan de secours de 67,5 milliards d'euros sont effectivement « punitives », pour reprendre l'expression d'Enda Kenny. C'est vrai en particulier pour le taux d'intérêt de 5,8 %, ce qui représente presque 3 % de plus que le prix auquel l'Europe emprunte. Bruxelles - donc la France et l'Allemagne - cherchent ainsi à faire des bénéfices sur le dos de l'Irlande avec ce plan de secours. À quoi bon ? Une telle condition risque d'être tellement lourde que l'Irlande n'arrivera sans doute pas à redresser ses comptes, et devra faire appel à un nouveau plan de secours dans un an.Il en va de même du plan d'économies de 15 milliards d'euros sur quatre ans que l'État irlandais a lancé en même temps qu'il recevait l'aide internationale. À l'échelle d'un petit pays comme l'Irlande, c'est énorme : cela représente environ 10 % du PIB. Un tel plan pourrait sans doute être logique pour un pays qui dépensait n'importe comment. Mais ce n'était clairement pas le cas pour l'Irlande.L'ancien Tigre celtique a entamé la crise avec un budget à faire pâlir d'envie le Trésor français : son niveau de dette était de 25 % du PIB en 2007. Le problème était ailleurs, dans une énorme bulle immobilière - les prix ont baissé de presque 50 % depuis leur pic. Cela a mis à genoux les banques (lesquelles étaient responsables de la bulle en prêtant trop facilement). Depuis, l'État les a secourues, mais la facture ne cesse d'augmenter. Le déficit irlandais vient de là.Le plan imposait même une condition étrange, aussitôt annulé par le gouvernement : une baisse du salaire minimum. Celle-ci n'a pourtant rien à voir avec le déficit du pays. Une telle mesure était censée relancer la compétitivité du pays. Mais avec une consommation intérieure en berne, on voit mal comment elle aurait aidé le pays à se relancer. Lancer des plans d'austérité pour faire face à la crise bancaire est absurde. C'est faire payer aux fonctionnaires et aux chômeurs les erreurs des banques. La vraie solution à la crise irlandaise consiste donc à tout faire pour aider ce pays. Le premier geste devrait être une baisse du taux d'intérêt : 1 % de moins réduirait la facture d'environ 600 millions d'euros par an. Cela serait un premier pas, mais clairement insuffisant.La meilleure solution se trouve au niveau des banques. Le gouvernement irlandais a fait en 2008 l'erreur de garantir leurs créditeurs. Il y a actuellement 21 milliards d'euros d'obligations « seniors » garanties. Cette somme doit être renégociée.Ce sont ces discussions qui seront délicates, parce qu'elles risquent en permanence de provoquer une panique chez les marchés financiers. Raison de plus pour ne pas passer trop longtemps sur les conditions du plan de secours. Celles-ci sont beaucoup trop dures, et il faut alléger au plus vite.L'analyse

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