Rome est contrainte de privilégier la rigueur budgétaire sur la croissance

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« L'Italie sort de la crise mondiale, mais ses problèmes structurels restent à résoudre ». Le diagnostic de Mario Draghi, le gouverneur de la Banque d'Italie, est formel : l'Italie souffre d'une dette souveraine affolante (120 % du PIB, soit 1.843 milliards d'euros en 2010), de déficits publics largement au-dessus des normes européennes (4,5 % du PIB en 2010), et d'une croissance atone, encore revue à la baisse par le gouvernement mercredi à 1,1 % pour 2011 après avoir espéré 1,3 %.Pour éviter à la troisième économie de la zone euro le sort peu enviable de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal, obligés de demander l'aide de leurs pairs, le ministre de l'Économie et des Finances Giulio Tremonti place clairement la rigueur budgétaire en tête des priorités de l'éxécutif. Dans son programme de stabilité transmis mercredi à la Commission européenne, il s'engage ainsi à atteindre quasiment l'équilibre budgétaire d'ici quatre ans (? 0,2 % de déficit en 2014), après avoir fait passer dès 2012 le déficit sous le plafond des 3 % du Pacte de stabilité européen. De plus Rome s'engage à introduire, à l'instar de Berlin et bientôt Paris, dans sa constitution « l'obligation de discipline budgétaire » qui interdirait de dépasser ces 3 % de déficits. En cela le cabinet de Silvio Berlusconi se conforme aux décisions du Conseil européen du mois dernier, qui contraignent les pays membres de la zone euro à réduire « d'un vingtième par an » leur excès de dette publique (par rapport à la valeur de référence d'endettement maximal de 60 % du PIB). Sur le papier, l'État italien devrait réduire de pas moins de 46 milliards d'euros par an son endettement, soit pratiquemment 3 % de son PIB annuel ! Selon Mario Draghi, « la réduction de la dette qu'on nous demande de mettre en place n'est pas dramatique si nous avons une croissance de 2 % par an ». Scénario catastropheCe scénario est cependant peu probable avant plusieurs années d'après Clemente de Lucia, économiste chez BNP Paribas, estimant que « la rigueur, bien que moins sévère que dans les pays périphériques en raison de déficits moindres en Italie, risque de pénaliser la croissance ». Déjà Rome n'espère qu'une croisance de 1,5 % en moyenne par an entre 2012 et 2014. Le chômage ne devrait que peu reculer à ce rythme : Clemente de Lucia s'inquiète de sa stabilisation autour de 8,2 % jusqu'en 2013 et juge « optimiste » l'objectif d'équilibrer le budget en 2014. Et le « Plan national de réformes » annoncé mercredi, allant d'une réforme fiscale à des aides à la recherche, semble peu à même de doper la croissance vers les 2 %. Néanmoins, le scénario catastrophe de la faillite de l'État italien plombé par sa dette, un temps envisagé, tend à s'éloigner. À l'inverse du Portugal par exemple, la note de l'Italie n'a pas été dégradée depuis le début de la crise de la dette souveraine. La cure d'austérité de 25 milliards d'euros, adoptée l'été dernier, semble avoir rassuré les investisseurs. Sylvain Rolland

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