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Le néo-libéralisme, "une relique barbare"

La Tribune

Publié le 15 janvier 2013 à 22:02 - Mis à jour le 15 janvier 2013 à 22:02

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18 juillet 2026

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Les dogmes - comme les préjugés - font des ravages sur la société et, devrait-on rajouter, sur les économies. L\'austérité et l\'orthodoxie budgétaire ne sont-elles pas considérées comme des vérités révélées par ceux-là même qui partent du principe - intouchable - selon lequel les récessions et le chômage élevé sont les prix à payer pour atteindre le sacro-saint équilibre des comptes publics ? Confortés par l\'immense majorité des économistes et par le petit milieu académique, la quasi-totalité de nos responsables politiques et économiques n\'ont effectivement d\'yeux que pour cette doctrine néo-libérale. Et n\'ont que mépris pour les néo-keynésiens et autres progressistes qui opèrent une distinction nette entre le budget d\'un Etat souverain...et les cordons de la bourse d\'un ménage. Appliqués bêtement et à la lettre, les dogmes sont souvent cruels et destructeurs.Qu\'à cela ne tienne : nos politiques, comme nos élites intellectuelles, imposent la rigueur avec la même allégresse que les apothicaires d\'antan pratiquaient les saignées. O tempora, O mores : nos nouveaux charlatans prescrivent aujourd\'hui encore et toujours plus d\'austérité à des citoyens d\'ores et déjà étouffés par la récession ! Il est tout de même remarquable que ces fanatiques aient davantage consolidé leur emprise sur notre système, alors même que c\'est leur croyance néo-libérale qui a précipité nos économies dans l\'abîme. Tout en consacrant la corruption et le capitalisme sauvage au rang de divinités.Obama, la gauche française... tout le monde y passeN\'est-il pas navrant que ceux-là même qui se réclamaient, hier encore, pour la croissance et pour l\'emploi se soient mus aujourd\'hui en ardents défenseurs du « sang et des larmes » ? Du credo de la règle d\'or, inlassablement et religieusement récité par l\'actuel exécutif « socialiste ». Aux conséquences dramatiques des réductions des dépenses budgétaires sur une économie française condamnée fatalement à se contracter. En passant par l\'acte de contrition, dérisoire de servilité, consenti par le gouvernement (« Il est de notre devoir d\'inverser la tendance », selon Pierre Moscovici, Ministre de l\'économie et des finances, évoquant le 27 décembre dernier dans le Handelsblatt allemand l\'engagement français de réduire le déficit public à 3% en 2013). Le lavage de cerveaux entrepris par la secte néo-libérale est couronné de succès - globalement -, puisque même la gauche française lui emboîte le pas.Puisque même l\'homme le plus puissant de la planète - le Président américain - se plie à ses exigences : pour avoir cédé progressivement sur pratiquement toutes ses positions face aux Républicains dans la résolution de la falaise fiscale. Le Président Obama et son administration ne sont-ils pas désormais réduits à trouver des artifices insensés afin de financer leurs programmes sociaux ? La Trésorerie US évoque ainsi très sérieusement de mettre en circulation pour près de 1\'000 milliards de dollars en pièces de platine, qui lui permettraient de contourner légalement le plafond de la dette américaine ! En conséquence, aujourd\'hui, tout est accompli.\"Plus les débiteurs paient, plus ils doivent\"Effectivement, à l\'instar des fanatiques religieux, les néo-libéraux refusent catégoriquement de se soumettre à l\'évidence selon laquelle une nation souveraine, qui émet une monnaie souveraine (c\'est-à-dire librement échangeable sur les marchés), n\'est nullement soumise à des créanciers qui feraient monter les enchères sur ses frais de financement. Une nation souveraine et des dirigeants dignes de ce nom peuvent - et doivent - dépenser plus que leurs recettes ne leur permettent, si leur objectif est bien de juguler la récession.Le citoyen meurtri sait-il seulement qu\'une banque centrale n\'aurait qu\'à appuyer sur un bouton afin de créditer des comptes, créer de la monnaie et, ce, dans le double but de ressusciter une économie et de protéger sa population des affres des marchés financiers. Qui a pris la peine d\'expliquer au chômeur en fin de droit qu\'un pays à la monnaie souveraine peut entretenir des budgets déficitaires sur des périodes extrêmement longues, sans impact négatif sur sa croissance économique ? Le salarié se battant au quotidien pour assurer la subsistance de sa famille serait en effet outré d\'apprendre que l\'austérité (qu\'il est le premier à subir) ne fait qu\'aggraver le ralentissement économique. Car, comme le disait l\'économiste Irving Fisher, dans le cadre d\'une récession : « plus les débiteurs paient (leur dette), et plus ils doivent (de l\'argent) ».Une nation ne fonctionne pas comme un ménageUne nation et un ménage doivent donc appliquer des stratégies diamétralement opposées dès lors que leurs revenus s\'effondrent : Tandis que la diminution des dépenses de l\'individu a un effet négligeable sur l\'économie de son pays, la réduction du train de vie du secteur public a un impact désastreux sur le secteur privé comme sur la consommation. Tout autre stratégie est donc vouée à l\'échec, en dépit des déclarations empreintes de commisération des doctrinaires néo-libéraux qui expliquent que l\'économie de l\'Union européenne s\'aggrave pour n\'avoir pas opté pour encore plus de rigueur, et pour ne pas l\'avoir prescrite suffisamment tôt !C\'est donc deux visions du monde qui s\'affrontent : saigner encore plus un patient plus ou moins moribond ou renvoyer dos à dos les néo-libéraux et leur « superstition », selon le Nobel d\'économie Paul Samuelson qui qualifiait en ces termes cette posture consistant à s\'entêter à vouloir équilibrer le budget d\'un pays.Non : les Etats-Unis, la Grande Bretagne et le Japon - qui disposent d\'une monnaie qu\'ils peuvent imprimer quand et comme bon leur semble - n\'ont pas subi d\'escalade des frais de financement de leur dette publique. Non : le niveau du chômage aux Etats-Unis, ayant mis en place de multiples stimuli, n\'atteint de loin pas les paliers catastrophiques de la moyenne de l\'Union européenne. Oui : la reprise de l\'économie US et la diminution de son chômage auraient été nettement plus spectaculaires si ces stimuli avaient été plus généreux, ainsi que le préconisaient les néo-keynésiens. Et enfin oui : en dépit de ces injections de liquidités et malgré la création monétaire massive (avec les programmes QE 1, QE 2, QE 3 combinés à l\'opération « Twist »), le déficit budgétaire américain a été réduit ces trois dernières années à un rythme sans précédent depuis la fin de la Seconde guerre mondiale ! Les économies budgétaires signées par la Président Obama permettront même de réduire drastiquement la dette fédérale américaine qui devrait retomber à 83% du P.I.B. à l\'horizon 2022 !Un vrai choix de sociétéAprès avoir enflé de multiples bulles spéculatives depuis le milieu des années 80, l\'idéologie néo-libérale ravage donc aujourd\'hui l\'Europe, en imposant à travers le continent le feu de l\'austérité et la folie destructrice des équilibres budgétaires. Il faut donc refuser tout net ces programmes insensés d\'économies, comme il est impératif de s\'opposer à toute réduction des dépenses sociales, dont l\'efficacité est systématiquement démentie par la réalité. Car l\'Etat doit au contraire se montrer généreux et investir dans son économie - c\'est-à-dire augmenter ses déficits ! - tant que perdure ce contexte récessionniste.En fait, derrière ce débat technique, se dissimule une bataille autrement plus significative : un vrai choix de société. L\'économie doit devenir un système social au service du citoyen. Et l\'argent un simple instrument mis à disposition de ce système, qui doit être dosé avec pour seule préoccupation la prospérité collective. Voilà pourquoi, aujourd\'hui, le néo-libéralisme n\'est rien moins qu\'une « relique barbare » !*Michel Santi est un économiste franco-suisse qui conseille des banques centrales de pays émergents. Il est membre du World Economic Forum, de l\'IFRI et est membre fondateur de l\'O.N.G. « Finance Watch ». Il est aussi l\'auteur de l\'ouvrage \"Splendeurs et misères du libéralisme\"

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