Le retour des régimes spéciaux

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Les bons sentiments ne font pas de la bonne politique. Ainsi la négociation sur la pénibilité des carrières, annoncée lundi par Nicolas Sarkozy, risque fort de déboucher sur l'une de ces usines à gaz pour lesquelles la France a développé un penchant et un savoir-faire unique au monde. L'idée du chef de l'État est simple : lorsqu'un salarié effectuait un travail pénible, il doit partir à la retraite plus tôt que les autres. Noble projet, destiné à flatter le tropisme égalitaire des Français. Et, accessoirement, à acheter les syndicats. Une fois les applaudissements retombés, une question se fait jour : comment évaluer la pénibilité d'un métier ? Un sondage fait sur le lieu de travail ? La France entière serait en retraite anticipée. Le nombre d'arrêts de travail pour maladie ? La France entière serait en arrêt de maladie. La seule mesure « objective » est l'espérance de vie des différentes catégories professionnelles. Pourtant, de nouveaux problèmes surgissent. Ce sont les instituteurs qui vivent le plus longtemps. Mais un enseignant travaillant dans un quartier difficile n'a-t-il pas un métier au moins aussi difficile qu'un conducteur de travaux ? À suivre cette étrange logique, on mettrait à la retraite anticipée les Français du Nord-Pas-de-Calais ? ils meurent plus tôt que les autres ?, tandis que l'on ferait travailler jusqu'à 70 ans les Franciliens et les Alsaciens, dont l'espérance de vie est supérieure à la moyenne. Enfin, la pénibilité s'atténue avec les innovations. Mais, en général, les bénéficiaires d'un avantage sont un peu durs de la feuille. Les conducteurs de locomotive à charbon avaient ainsi obtenu une retraite avantageuse. Leurs descendants, conducteurs de trains électriques, en ont profité de façon abusive. Et on ne leur a aménagé ce régime privilégié qu'au moyen de grasses subventions, qui vont encore peser sur les comptes pendant des décennies. Ainsi va la France : elle termine à peine sa réforme des régimes spéciaux, après quinze années de grèves et de déficits, qu'elle s'apprête à en créer de nouveaux.flenglet@latribune.frpar François Lenglet

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